Toucher c’est ancrer

Vous êtes-vous demandé pourquoi on se touchait quand un événement malheureux ou heureux arrivait? Pourquoi, presque naturellement, on allait porter notre main sur l’épaule de la personne en émotion. Qu’est-ce que ce geste peut-il avoir comme signification pour la personne touchée et pour vous, la personne touchante? Par extension, comment se fait-il que lorsqu’un humain voit un animal, dans la majeure partie des cas, il veut le toucher.

Souvent on veut bien faire, on touche pour rassurer, réconforter, pour apporter son soutien. Toutefois s’est-on jamais questionné sur cette action? Qui plus est avec un animal. Est-ce que finalement ça fait autant de bien qu’on le pense?
Il ne s’agit pas de ce toucher pour saluer, ou serrer la main, il est ici question du toucher pour réconforter. Se réconforter. En ce sens, toucher est un échange d’informations et de données entre le sujet et l’objet. Or cet échange devient violent quand la personne ou l’animal qui est touché ne le souhaite pas. Tous ces gestes de réassurance, à qui font-ils le plus de bien?
Ce que le conscient exprime par les mots, l’inconscient le traduit par le non-verbal et toutes ces manifestations gestuelles qui viennent renforcer ou contredire ce que l’individu éprouve. Souvent la personne qui va toucher une autre qui est en plein désarroi, en grande tristesse, en panique peut-être, ne fait en réalité que se rassurer elle. Elle n’a pas les mots pour dire alors elle va pallier en prenant dans ses bras par ex. Elle n’a absolument aucune idée de ce que la personne en face – et qui de toute évidence est en souffrance – a besoin. Ce qui veut dire que toucher soi disant pour rassurer cette personne ne fait qu’augmenter son trouble.

Contagion des émotions

Toucher n’est jamais un geste neutre, sans portée. Simple en apparence il peut construire et détruire l’individu : dégoût, peur, plaisir, désir sont autant de réactions qui déterminent la qualité de la communication. Et pour l’animal? Le corps du chien, par exemple, est plein de récepteurs tactiles dans l’épiderme. Rares sont les chiens familiers qui ne cherchent pas le contact intime peau contre peau avec l’être humain ou au moins sa proximité en se couchant contre lui à quelques centimètres. Animal et humain « font système », il y a contagion des émotions. Toutefois il est crucial de respecter l’espace personnel du chien avant que la main qui fourrage n’aille trop loin. Dans l’interface de la caresse et de la douleur, il faut savoir que les voies nerveuses du contact et de la douleur sont globalement les mêmes et que, dès lors, un contact prolongé et répété peut devenir désagréable et douloureux.
Toucher une personne pour la rassurer quand elle ne demande rien et toucher un animal poussé par je-ne-sais-quelle pulsion c’est établir une association entre une chose/situation vécue intérieurement et une autre que vous vivez. Quand il y a adéquation, on peut dire que le toucher est agréable et qu’il peut devenir ce qu’en PNL on nomme un ancrage. Or, il peut y voir des ancrages moins agréables.

Se libérer d’un état interne

Le toucher semble être un indicateur de relation. Comme tous les modes de communication, le toucher fait l’objet d’interdits et de recommandations socialement codifiés. Toucher un inconnu est très souvent considéré comme une violation (d’où le fait qu’un tel acte, même accidentel, est suivi d’excuses ou d’échanges réparateurs), en même temps qu’accepter de se laisser toucher c’est accepter la pénétration d’un autre dans sa sphère intime. Or, ces tabous sociaux sautent lorsqu’il est question de caresser un animal. Le toucher est un sens privilégié dans l’interaction entre humains et chiens. Elles sont rares les personnes qui ne demandent pas de voir et caresser un chien, un cheval, un chat. Elles sont rares aussi celles qui caressent sans mot dire. Comment interpréter l’effet de cette caresse? Pourquoi on touche, pour qui on touche? Ainsi il est fondamental de ne pas minimiser la charge émotionnelle (presqu’un électro-choc) que l’animal reçoit, ainsi.
Certains auteurs ont avancé que le contact avec la fourrure d’un animal de compagnie pouvait avoir ce même effet apaisant, rassurant et relaxant qu’avait le toilettage social chez les ancêtres primates. Ainsi, pouvoir toucher la fourrure d’un animal permet la satisfaction de ce besoin essentiel. En tant que focalisateur de l’observation sans nécessairement passer par l’usage de la parole, la caresse est communication. L’interaction avec l’animal est, dès lors, significative. Pour la personne qui touche! D’ailleurs c’est en grande partie sur ces éléments que se base la médiation animale.
Des expériences animales nous ne comprenons celles-ci que dans la mesure où elles correspondent aux nôtres. Pour l’être humain, les effets physiologiques du contact avec l’animal sont corrélés. Il a été prouvé par de nombreuses études que le contact tactile avec un animal n’a que des avantages, c’est un anti dépresseur sans effet secondaire. Pour la personne qui touche. Il serait bon que cela soit le cas pour lui aussi ! Poser notre main sur un chien, le caresser, augmente considérablement son rythme cardiaque à lui. Bref c’est tout sauf agréable.
Pensez-y la prochaine fois que vous voudrez toucher pour aider. Ça peut être très utile pour aider à établir et à réactiver des processus cognitifs associés à des ressources importantes chez la personne qui reçoit. Ça peut aussi agir inversement.
« Bien accueillir l’autre » doit être un souci majeur.

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