Comment humains et animaux peuvent s’accomplir et être heureux ensemble?

Quelle est la place que nous voulons accorder aux animaux dans notre société? Les recherches scientifiques internationales démontrent leurs intelligences, leurs compétences sophistiquées et leurs sensibilités … Ce ne sont plus des machines. Les animaux sont, comme nous, des êtres doués d’émotions, de savoirs, de savoir-faire, de cultures pour un certain nombre d’entre eux, de… La liste est de plus en plus longue de ce que sont les animaux. Et de qui ils sont. Nos certitudes sur le propre de l’homme volent en éclat, la vision du monde dans laquelle l’homme tiendrait le haut de l’échelle ne tient plus la route de l’évolution. Qui est l’être humain désormais? Que lui reste-t-il en propre? Quand on y regarde de plus près, ce que les éthologues, les primatologues etc. permettent c’est de s’interroger sur l’animal pour mieux comprendre l’Homme.

L’enjeu vital auquel l’être humain est confronté dans ses relations avec les animaux c’est de s’attacher mieux et de faire de ses attachements une œuvre partagée d’émancipation. Or, les animaux de compagnie du Québec vivent en moyenne 19 mois auprès de leurs propriétaires avant d’être abandonnés ou mis à mort [1]. Toutes les explications ont été avancées: achat impulsif, ignorance de ce qu’est un animal, coûts…. Une autre explication réside dans la relation, dans la construction de la relation. Ça prend du temps. Or notre société en est une de l’immédiateté, tout, tout de suite, le chien avec et si possible aucune attente pour le dresser. D’ailleurs, on le dresse, on ne l’éduque pas. Or, une relation vivante repose sur une transformation complexe des acteurs et non sur l’échange mécanique de messages, d’objets ou de sentiments. Cette transformation c’est un apprentissage, c’est un processus relationnel par lequel le propriétaire et l’animal se transforment d’une manière progressive et irréversible. C’est une éducation réciproque.

Il faut attendre la relation, la bâtir. La vie c’est l’expression de relations au sein d’un réseau et non pas d’objectifs ponctuels poursuivis par des individus distincts. Alors comment faire? Par où procéder? Ce mouvement de reliance partira de l’homme. À lui d’en être l’instigateur. Parce qu’une relation pleine de complicité et d’harmonie avec l’animal est gage de paix. Parce qu’il y a un propre de l’Homme, en effet. Il se niche dans cette compétence à symboliser, à vivre dans des mondes subtiles, imaginaires parfois. À l’Homme de créer ce lien. Parce que plus on cherche à découvrir l’Autre, humain ou animal, à comprendre son univers, plus on le considère. Parce que l’être humain ne peut gagner la bataille qui consiste à sauver les espèces et l’environnement sans forger un lien émotionnel entre lui, la nature et les animaux. La révolution salutaire dans nos relations aux animaux ne pourra pas venir uniquement de l’extérieur, c’est-à-dire par des réformes des institutions, par des changements économiques et politiques. La mutation viendra de l’intérieur. Par une réforme de la pensée qui ne peut plus être simpliste et binaire et par une intériorisation de soi, un apaisement de soi, fait de conscience et d’accueil.

Ce que les découvertes multidisciplinaires des dernières décennies sur les mondes animaux révèlent c’est que l’être humain n’est pas seul au monde. À force de conditionnement culturel et religieux occidental, il a certes perdu le sens du lien.  Vivre le lien c’est se poser la question : comment pourrait-on voir le monde comme autre chose qu’un lieu qui existe seulement pour lui? Car derrière le chien, il y a un humain et plus souvent qu’autrement les problèmes du chien sont des problématiques d’humain. Projeter sur son animal ses comportements et ses attitudes et ses attentes et ses qualités (rarement ses défauts) c’est de la violence.  Il ne faut pas se leurrer : l’animal est un être aux aguets. En niant, reniant, condamnant, abandonnant l’irréductible altérité animale, l’humain passe à côté de tout un univers d’émotions et d’agencements propres. Et c’est justement ce qui fait que l’attachement à l’animal est si particulier : l’humain souffre de ce qu’il voit de lui dans le regard de cet autre. C’est à une grande et profonde évolution que la relation à l’animal nous appelle. Car je vois en l’autre quelque chose que je n’aime pas de moi, qui dort en moi et que j’ai besoin d’accueillir.

Notre santé psychique et physique ne peut être assurée que par un minimum de contacts sains avec soi et avec les animaux. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir vivre dans une province qui soit la meilleure province au monde en ce qui concerne le bien-être de l’animal. Cela commence par vous. Par moi. Soyons nous-mêmes, chacune et chacun les porteurs de ce changement de comportement et amenons-nous les uns et les autres à cultiver notre imaginaire afin de nous amener, individu par individu puis comme société, à considérer les espèces animales avec bienveillance et équité. Cela commence par se connaître soi, intimement, se reconnaitre soi intimement avant d’ouvrir à l’autre. Certes il y a beaucoup de chemins à parcourir. Au Québec, nous vivons une époque d’analphabétisme émotionnel et relationnel dans nos liens avec les animaux. Pour établir les bases de respect envers le monde animal, il s’agit de s’éduquer. Et peu importe que ce soit possible ou non, il s’agit d’agir comme si tout est possible. Et ça l’est. En ce sens, chacun d’entre nous est responsable de porter cette vision. On ne créera pas cette société bâtie sur la reconnaissance de la sensibilité de l’Autre avec nos haines, nos anciennes manières de penser, nos ignorances d’hier.

La question animale touche à toutes les sphères de la vie en société. Le droit. Ainsi au Québec, nous avons opté pour un changement de statut juridique, en Europe, des scientifiques, des philosophes, des intellectuels appellent à la création d’un secrétariat d’état à la condition animale. Elle touche aussi l’éducation, la médecine, la politique et au travail sur soi. Nous connaître. Nous guérir et entreprendre un compagnonnage avec cet animal. La présence guérit. La présence à soi. Avec l’humilité revient aussi le sentiment de reconnexion, de liens… Nous rappeler notre ascendance, nous souvenir d’où l’on vient, c’est nous permettre de nous réconcilier avec nous-mêmes.

[1] http://www.cyberpresse.ca/debats/opinions/201112/09/01-4476403-une-loi-severe-simpose.php

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