Un animal à mes côtés depuis l’aube de l’humanité

L’histoire du chien s’est donc écrite avec celle des civilisations humaines. Les sociétés égyptiennes et assyriennes attribuent au chien, molossoïdes ou miniatures, un statut d’auxiliaires de chasse, de gardien et de compagnon d’agrément, parfois guérisseurs ou de bouillottes pour les nuits froides. En Égypte, des fresques représentant des chiens décorent les tombes des hommes. À Cynopolis, si un chien vient à mourir, les habitants de la maison dans laquelle il a vécu se rasent la tête et le corps, jettent la nourriture en signe de deuil. Dans la culture gréco-romaine, quand il ne fait pas office de poubelle, de chair à canon ou de viande sur pattes, le chien est apprécié en tant que compagnon des enfants, des aveugles, des mendiants mais aussi pour agrémenter la vie des gens aisés. À Rome, le chien détient le privilège de participer aux grands jeux du cirque et c’est dans l’arène qu’il combat les ours et les lions. Héros civilisateur pour les Murut du nord de Bornéo, il est en revanche l’animal honni en Inde car supposé symboliser pour les élites de la société hindoue les roturiers peu respectueux des traditions.

Qu’on ne s’étonne donc pas si, aujourd’hui encore, le chien reste le support rêvé de toutes les identifications et projections. Le chien est devenu un membre de la famille à part entière. Au point que l’on se bat désormais pour sa garde au cours d’un divorce. « L’animal remplit des fonctions ou rôles d’agent de sécurité, de substitut, de médiateur, de béquille physique ou affective, tout en étant le réceptacle des émotions, affects, fantasmes, projets du possesseur et de ses proches, souligne Hubert Montagner.

Karine-Lou Matignon, Sans les animaux, le monde ne serait pas humainLe second registre concerne l’exhibition ou l’organisation de la mise en scène d’un être ‘potiche-miroir’ qui valorise le narcissisme symbolise ou confère un pouvoir et des fonctions sociales ». À l’abri des mots nous tentons de communiquer avec lui pour mieux nous parler à nous-mêmes. Le résultat est souvent dramatique car cet animal, dont on a oublié la véritable nature au point de brouiller tous ses repères par nos manques affectifs, devient l’élément familial perturbé, celui qui déprime, s’ulscérise, se mutile oui agresse. C’est lui qu’on médicalise. Pour preuve, le chiffre d’affaires annuel du marché américain des psychotropes vétérinaires frôle désormais le milliard de dollars.

Karine-Lou Matignon,  Sans les animaux, le monde ne serait pas humain. p 101-102

 

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