Vous voyez un chien se faire violenter, comment réagir?

Quels seraient les bons comportements humains dans ce genre de circonstances. Voici un début d’échanges avec Jean Lessard, éducateur canin.

Jean Lessard
Et si on posait la question à propos d’humains ? « Vous voyez un enfant se faire violenter. Comment réagir ? » Et même là, pas besoin de dramatiser: « Vous voyez une personne se faire violenter. Comment réagir ? » Quels seraient les bons comportements dans ce genre de circonstances ? Tenter d’arrêter physiquement la personne violente ? Appeler à l’aide ? La police ? Lui crier d’arrêter ?

Dessin David MyriamSandraetlechien
En fait, il y a plusieurs réactions possibles: certains vont user de la force, d’autres tenter de parlementer avec l’agresseur, d’autres appeler la police… Ensuite il y a les normes civiques ‘que faire si vous êtes témoin d’une agression’. Là on parle d’un humain qui – selon mes valeurs à moi- violente un chien en lui collant un morceau de bois dans les cotes et en le plaquant à terre pour lui signifier que sauter sur un autre chien c’est pas convenable. Moi ma réaction en tant qu’humaine est de réagir à la violence que je vois et à laquelle j’assiste, seulement voilà je me rends compte de deux choses: j’interprète le geste de l’autre humaine comme une agression, une violence à l’encontre de son chien et deuxio j’interviens en lui disant en gros que ça ne se fait pas que son chien va rien comprendre, bref j’interviens en lui plaquant mes propres valeurs,  mes propres croyances. Bref j’agis avec violence. Donc ce n’est pas vraiment approprié. Toi comment tu ferais?

Jean Lessard
Un canidé ne plaque jamais un congénère au sol. Celui qui tente de se faire le plus petit possible devant un autre le fait par lui-même, de son propre gré. Plaquer un chien au sol, (Mon chien veut-il dominer? ), c’est lui dire que nous avons l’intention de le tuer. Il faut informer les gens le plus possible; il faut renseigner les propriétaires de chiens quant à ces fausses croyances. Le Dr David Mech, qui a élaboré la théorie du mâle Alpha et la hiérarchie de dominance se rétracte aujourd’hui (youtube: Alpha wolf ?). Il précise que les études qui ont amené ces hypothèses ont été faites avec des loups captifs et non apparentés. Ce qui ne représente pas la réalité. Bien beau tout ça… Mais ça ne nous dit pas comment intervenir. C’est tellement délicat. Parce que la personne qui plaque son chien au sol est certaine de bien faire. Lui dire que ce n’est pas utile, voire nuisible, la confronte énormément dans ses croyances et peut-être même dans ses valeurs. C’est lui dire: « Vous croyez qu’en dominant votre chien celui-ci vous respectera davantage mais en fait il ne fera que vous éviter davantage et vous brisez votre relation de confiance avec lui. » Ce n’est pas facile à entendre, particulièrement pas quand on est en colère !

Sandraetlechien
Merci Jean… La violence c’est manquer de pouvoir, c’est ce qui arrive quand on ne sait plus quoi faire ou c’est ce qu’on fait avant de ne plus savoir quoi faire. Je me demandais toi avant tout ça avant toutes ces connaissances, ces acquis, ces apprentissages, ces savoirs tu étais comment? As-tu toujours appliqué cette approche? Je me dis qu’il faille partir de là où les gens sont.

Jean Lessard
Bien sûr que non; je ne suis pas né avec ces connaissances. Mes premiers chiens, je les ai traités comme on faisait, comme nos pères et nos grands-pères nous ont appris. Même les livres! Même dans MON premier livre, je parle d’établir une hiérarchie humain-chien. J’étais débutant, plein de volonté et passionné. Aujourd’hui, je ne suis plus débutant. Je suis beaucoup plus formé; j’ai appris beaucoup pendant toutes ces années et auprès des meilleurs. Et je suis toujours aussi plein de volonté et passionné, sinon plus ! Alors, pour revenir à la question: quoi faire ? Ma première réaction a été de cesser simplement d’aller dans les parcs à chiens. Je trouvais cela trop difficile et on ne peut pas y intervenir simplement. Ça devient presque toujours émotif. C’est qu’il y a beaucoup de pseudos spécialistes dans les parcs à chiens. Ou encore, certains propriétaires se sont fait dire qu’il fallait agir de la sorte. Mais voilà que maintenant, j’ai décidé de retourner dans les parcs à chiens ! Mais en tant qu’invité. Avec une causerie s’intitulant Moi et mon chien au parc à chiens. Les gens qui se pointent sont donc intéressés. À ce moment, la discussion est possible. Et ces utilisateurs des parcs pourront intervenir auprès de leurs connaissances et de ceux qui fréquentent le parc.
Voilà la voie que j’ai choisie pour intervenir. Autrement, si je vois quelqu’un qui essaie d’éduquer son chien en lui donnant des coups ou en tirant sur la laisse ou en tentant de l’étrangler, je demande à Bily de me regarder et je lui donne des récompenses. Ainsi, au moins, je prêche par l’exemple. Et c’est souvent efficace; les gens arrêtent et semblent se sentir un peu mal. Peut-être est-ce un premier pas vers une réflexion sur les méthodes d’enseignement ?

Sandraetlechien
C’est certainement un premier pas, il y a urgence de le poser. Car, 
celui qui maltraite l’animal ne doit pas seulement être banni de la cité parce qu’il le fait souffrir, mais parce qu’en le faisant souffrir il souille ce que signifie pour moi être humain.

Merci sincèrement Jean pour cet échange, qui va en appeler d’autres.

Pour aller plus loin:
Moi et mon chien au parc à chiens. Actions et interactions dans les parcs à chiens; quand et comment intervenir?

6 Comments

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  1. Dans une meute …
    Quand un individus agresse et fait un effet de meute
    Toute la meute agresse et violente celui qui est au sol
    Ce genre de problematique
    On règle ca comment ?

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    1. Dominique, il s’agirait d’avoir un peu plus de circonstances, de contextes, de fréquences, de types de chiens, de comment ils vivent, depuis combien de temps vivent-ils en meute, qu’est-ce que l’homme a fait auparavant pour ‘régler’ ses batailles (comprendre quelle habitude a été instituée), où vivent-ils?… Bref de créer un portrait. Merci à vous,

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  2. Très bel échange entre vous deux. Je suis tout à fait d’accord avec Jean. Il faut enseigner au gens qu’il existe autre chose que l’autorité, la dominance et la hiérarchie… Étant dans le domaine depuis 14 ans j’ai aussi passé par ces méthodes qui ne me plaisais pas du tout. J’ai donc continuer à me perfectionner pour en découvrir plus. Les études récentes nous offrent des pensées et méthodes plus positive, ce qui se rapproche beaucoup plus de mes valeurs. Belle initiative de la part de Jean pour ces conférences au parc canin. Nous l’avons invité dans notre coin de pays à Alma, Lac-St-Jean, le 30 juin 2014.

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  3. Bonjour Madame Friedrich,

    Dans un premier temps, j’en profite pour vous remercier pour vos chroniques, et autres plateformes web, que j’apprécie vivement. Par ailleurs, je suis tout à fait d’accord avec plusieurs points dans le présent échange avec M. Lessard, dont j’ai aussi beaucoup de respect pour son travail. S’il est un sujet émotif (non M. Lessard, mais le thème de la violence animale), c’est bien celui-là ! 😉

    J’aimerais vous faire part de certaines nuances découlant de ma réflexion sur notre relation «humain-chien-humain» dans l’environnement, pour alimenter davantage ma pensée et la vôtre peut-être. Je suis aussi d’avis qu’il est très insupportable de voir encore les méthodes abusives des humains envers leur chien ou tout autre animal de compagnie. S’il n’y a aucun doute sur les exemples apportés dans le présent échange et sur la méconnaissance de la souffrance infligée à un chien, il serait aussi sage de définir les paramètres de la dite «maltraitance» pour informer le plus grand nombre de gens sur ce qu’on entend justement par maltraitance. J’enjoins nos spécialistes sur la question d’en définir les contours ou circonscrire le terme pour en faire une définition concise et plus éclairée de la question. Tout étant relatif selon chacun, j’ai bien peur que l’exercice soit périlleux dans la société actuelle et les états de conscience si différents. Mais je réitère, les exemples mentionnés ici font partis de ce que je qualifie aussi de violence et de maltraitance.

    Nous sommes dans un espace-temps très paradoxal selon mes observations, où d’un côté il y a encore trop d’éducateurs qui prônent les méthodes de «dressage» plus «traditionnelles», c’est un peu ironique ici vous aurez compris, et où il y a trop, jusqu’à plus soif, de maltraitance animale infligée par l’humain. De l’autre côté, il y a des gens comme vous, spécialistes dans l’entrainement par renforcements positifs, dont je suis une «fan finie», mais aussi des gens sensibles au bien-être des animaux et/ou parfois trop au point d’en qualifier leurs attitudes de «sensiblerie» (les effets pervers Walt Disney ai-je déjà nommé ailleurs). Toutefois, ce sont souvent ces mêmes personnes qui me font froncer les sourcils par leur propos porteurs d’une agressivité et d’une violence extrême en réponse à la violence. «Prêcher par l’exemple» écrivait M. Lessard…

    Étant moi-même l’heureuse gardienne d’un rottweiler de 130 lbs (mon poids ou presque quoi !), vous comprendrez qu’il y a déjà un bon moment que j’emploie, bien humblement sans votre grande sagesse, des méthodes stimulant son contenu plutôt que son contenant. Je ne pourrais pas de toute façon rivaliser par la force physique avec ce mastodonte. Par ailleurs, il ne fait nul doute dans mon esprit que d’amener vers soi son chien dans un esprit de collaboration plutôt que de confrontation ou d’avilissement est plus profitable et enrichissant pour la relation, en plus de développer une RÉELLE complicité inter espèce.

    Ce n’est donc pas sur ce point que de bonnes âmes m’interpellent lorsqu’on me croise dans la rue ou dans un parc, car il faut dire que les parcs à chien ne sont pas ma tasse de thé. En fait, pour certaines personnes plus sensibles, un phénomène en pleine augmentation, on m’interpelle surtout parce que «nous travaillons» (quel vilain mot!) tout en nous amusant à des activités extérieures qui parfois déplaisent à leur regard plein d’émotivité. Plusieurs activités intérieures aussi, mais ceux-là ils ne les voient pas.

    Un des premiers éléments considéré par mes concitoyens «sensibles» comme un acte de maltraitance c’est la laisse. Oui, oui, la laisse ! Je ne parle pas ici d’étrangleur, mais une laisse attachée à un collier bien ordinaire. Moi personnellement je préfère le halti pour des raisons sécuritaires. Et ils sont nombreux ceux dont la laisse ne fait pas partie de l’équipement d’entrainement quotidien en milieu urbain, à forte densité de population humaine et canine faut-il dire. Question de badiner avec l’actualité, je dirais que c’est un objet ostentatoire à interdire pour certains, alors que je pris fervemment lorsque que je vois un chien traverser la rue sans maitre à vue.

    Deuxième élément, le sac à dos. Il semble dans mon quartier que je sois une bien mauvaise gardienne parce que mon chien porte occasionnellement un sac dos. Quelle honte à moi de lui faire transporter quelque chose sur le dos! Pourtant, il est toujours vide ce sac après plus de 2 ans et je suis encore la porteuse d’eau attitrée… Autre élément, les amusements initiés par l’animal : le tirage de grosse branche dans la gueule par exemple. Si je vous disais que je me suis fait traiter de «méchante maitresse», c’est pour vous éviter les propos disgracieux, parce que je le laissais s’amuser à cette activité. C’est pourtant dans sa nature et non découlant d’une demande humaine… heureusement qu’ils (ces gens) ne voient pas sur quel fémur il gruge et se déplace à la maison tout content de partager sur mes genoux sa passion ou sa mission. En fait, je ne crois pas que c’est pour me démontrer quoique ce soit, mais qu’il a compris que l’os est plus stable quand je le tiens sur mes genoux que lorsqu’il glisse sur le plancher. Pas fou le chien ! 😉

    Finalement, et j’ai bien peur de vous chagriner, il n’est pas rare de voir les gens maugréer sur tous les sports tractés ou les promenades de vélo au parc ! Pauvre chien qui a la langue étirée… «pis la grosse (BIP) qui se fait tirer». Si j’avais un chihuahua j’y comprendrais bien des choses, mais c’est un rottweiler de 4 ans et demi qui est trotteur naturel et puissant comme un bœuf, chien de travail par excellence. Loin de moi de faire des courses et de l’épuisement, personnellement, avec tout son potentiel non encore exploité, j’ai un peu trop peur d’embrasser un arbre mal placé sur ma trajectoire d’humaine. Et nous savons pertinemment que ces activités ne peuvent se réaliser sans effort commun humain-chien. J’ai presque peur de sortir avec une trottinette des neiges devant tant d’émotivité ! Vous voyez…

    Je considère donc aussi qu’il est très délicat d’aborder les gens en les confrontant dans leurs croyances, valeurs et pratiques qui dans certaines circonstances s’avèrent justes, sauf pour les gens ayant moins de connaissances sur les besoins de certains animaux ou certaines races particulières comme je constate régulièrement. Il me semble plus approprié que monsieur et madame tout le monde, comme moi, de «prêcher par l’exemple» comme le mentionne M. Lessard, plutôt que de faire la leçon à qui mieux-mieux. En somme, mon souhait le plus grand serait que l’éducation se fasse en abondance à travers vos enseignements comme spécialiste et non par des pseudos «bonne conscience».

    Tout comme la violence conjugale ou familiale, à des actes barbares à l’égard des animaux dénoncerais-je ? Sans aucun doute, mais comme tout est relatif à la conception de notre «rapport au monde» et à notre «rapport à soi», le discernement est de mise. Enfin, je crois.

    Au plaisir de croiser la plume.

    Brutus Belzébuthementvôtre !
    Maryse Larivière
    Sociologue

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    1. Merci beaucoup vraiment merci pour toutes ces pistes de réflexion Maryse-Brutus-Belzébuth;-), concernant la maltraitance animale, j’avais écrit un texte il y a quelques années et je me permets de le re-soumettre ici, c’est un début comme un autre de réflexion encadrée par les règlements juridiques: http://www.sandraetlechien.com/2011/la-maltraitance-animale-ca-commence-ou/.
      Oui, la relation ça prend du temps et du travail et oui nos animaux travaillent. Or notre société en est une de l’immédiateté, tout, tout de suite, le chien avec et si possible aucune attente pour le dresser. D’ailleurs, on le dresse, on l’éduque pas. Or, une relation vivante repose sur une transformation complexe des acteurs et non sur l’échange mécanique de messages, d’objets ou de sentiments. Cette transformation correspond à un apprentissage compris comme un processus relationnel par lequel le propriétaire et l’animal se transforment d’une manière progressive et irréversible. C’est une éducation réciproque.
      Il est difficile de reconnaître notre souffrance pour le monde et les animaux si nous nous en croyons fondamentalement séparés. Au fil des siècles, en Occident, nous en sommes venus à penser que nous étions faits d’une matière meilleure que les animaux, les plantes, les roches, les arbres, l’eau….les autres humains.
      Je me permets de vous partager un texte de Marguerite Duras:

      Révoltons-nous contre l’ignorance, l’indifférence, la cruauté, qui d’ailleurs ne s’exercent si souvent contre l’homme que parce qu’elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons-nous, puisqu’il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu’il y aurait moins d’enfants martyrs s’il y avait moins d’animaux torturés, moins de wagons plombés emmenant à la mort les victimes de quelconques dictatures si nous n’avions pas pris l’habitude de fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en route vers l’abattoir, moins de gibier humain descendu d’un coup de feu si le goût et l’habitude de tuer n’étaient l’apanage des chasseurs. Et dans l’humble mesure du possible, changeons, c’est-à-dire améliorons s’il se peut la vie –

      Il est donc préférable qu’un soulèvement des consciences précède l’institution d’une législation dans la mesure du possible. Ça veut dire que le public doit prendre la mesure des intérêts des animaux à défendre et obtenir leur appui pour. Une fois le soutien obtenu, la loi suivra en dépit de certains intérêts industriels.
      Soyons subversifs et sensibilisons l’opinion publique pour obtenir son soutien!Bon temps des fêtes à vous

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