Attribuer des intentions

C’est le propre de l’homme de s’entourer d’un grand nombre d’espèces animales et cela parce qu’elles lui permettraient de déployer plus pleinement non seulement sa pensée mais aussi ses affects (Sandrine Willems, L’animal à l’âme, p. 161). Au lieu de rompre avec l’animal, faire alliance semble être une norme dans l’histoire.

Tous les propriétaires d’animaux savent que l’animal leur répond, en ce sens ils considèrent que leur animal comme une personne. Car le propriétaire lui attribue des processus de pensée (il se souvient, il déduit, il comprend, il croit…) donc forcément cet animal a une personnalité (il a une histoire particulière, des goûts, préférences, etc.), qui permet la réciprocité (l’animal contribue à la relation autant que le maître y contribue, il joue sa partie) et lui donne une place dans la famille, dans le groupe.

L’animal est un signifiant. D’autant plus que ce qui nous rapproche de lui, c’est le fait que nous partageons en commun la peur, la douleur, la recherche du plaisir, le désir de compagnie… Que l’animal soit ou pas un vrai sujet importe peu, il y a un lien, un lien qui crée de l’intention.

Cette capacité d’attribuer des intentions aux autres voire de comprendre l’autre comme un être qui vous prête des intentions, c’est précisément le ressort du fait d’élever. Tous les parents humains l’apprennent à chacun de leurs enfants. Le psychiatre spécialiste des enfants Daniel Stern constate en observant les interactions entre les parents et les jeunes enfants que très souvent les parents s’adressent à l’enfant comme s’il était intentionnel alors que celui-ci n’a pas encore acquis cette compétence et se situe dans ce qu’on appelle une ‘zone de développement proximal’. Or le fait d’anticiper que l’enfant soit doté d’intention c’est justement ce qui mène l’enfant à l’intentionnalité. C’est ce qui permet d’élever effectivement des petits d’humains en petits humains.

Ne doit-on pas alors envisager que cette longue histoire de sélection qu’est la domestication a favorisé – chez les animaux domestiques et les animaux d’élevage –  cette compétence particulière le fait de faire confiance ou l’intelligence de faire plaisir (comme pourraient avoir été sélectionnés la possibilité de l’attachement à l’humain) ?

Et qu’en regardant nos animaux avec intention, ils deviennent intentionnels…

1 Comment

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  1. De la question de l’Intension…

    C’est là où l’Histoire très particulière du Chien, en étroite interaction relationnelle avec l’Humain, invite à Penser son développement d’espèce comme marqué par le sceau de l’Intentionalité bien ancrée ou, minimalement, émergente. Pour vivre en bonne intelligence (au sein du foyer même) avec les primates-à-gros-néocortex que nous sommes, il y a quasi nécessité évolutionnaire de tendre vers les théories de l’esprit.

    Formuler une demande claire, par delà les frontières d’espèces et les singularités de certains aspects du langage… Agir sur l’autre jusqu’à le faire réagir pour qu’il nous aide à solutionner nos problèmes (Ma balle est sur le dessus du frigo et je la veux!)… S’il n’y a pas ici d’intention qui sous-tend le comportement, alors c’est que la définition donner au mot intention est tellement restrictive quelle compartimente à outrance le Réel, nous privant ainsi d’un éclairage pertinent à la Compréhension.

    Si tel est le cas tout de même, alors moi aussi je dis: Si c’est comme ça, de toute façon, on s’en fout!!!

    Humanimalement vôtre,

    EFC

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