Où sont les Tom Negro de ce monde ?

La brutalité exercée sur les bêtes est inéluctablement appelée à se reverser un jour sur les hommes, s’habituer à violenter les animaux équivaut à se préparer à des actes criminels sur l’espèce humaine. C’est William Hogarth, peintre anglais, qui l’a affreusement démontré dès 1751. Le graveur, dessinateur et caricaturiste des mœurs (1697-1764) pensait que les comportements violents et imprévisibles infligés aux animaux se reversaient systématiquement sur les hommes…
De là sont nées les diverses sociétés de Prévention de la Cruauté à l’égard des Animaux, à leurs commencements le bien-être animal ne faisait pas partie de l’équation, ce qu’il convenait de circonvenir c’était la violence du peuple, comme l’œuvre de William Hogarth ‘Les quatre âges de la cruauté’ l’a illustrée. L’artiste s’en prend avec virulence aux brutalités de son temps ….
Chacune des gravures représente une étape dans la vie de Tom Negro. Dans la première, lors de son enfance dans l’un des quartiers les plus misérables de Londres, celui-ci s’amuse à martyriser un chien, plus loin des enfants torturent un oiseau, d’autres brutalisent des chats. Le spectacle se passe sur la place publique sous l’œil intéressé et amusé des badauds. Dans le 2e âge de la cruauté, Tom Negro, adulte, exerce le métier de cocher et brutalise un cheval tombé à terre. Il met en scène des adultes sadiques qui jouissent de leurs méfaits : mouton assommé à coup de masse…
Dans la troisième il est arrêté après avoir sauvagement assassiné sa maitresse. Dans la quatrième gravure, intitulée ‘la récompense de la cruauté’, le corps de Tom Negro loin de mériter la sépulture d’un bon chrétien, est dépecé pour une dissection dans un amphithéâtre : un chien, passant par là, dévore son cœur qui gît parmi ses entrailles.
Par leur très large diffusion, ces gravures, vendues 1 schilling, contribuèrent très largement à répandre l’idée selon laquelle la cruauté des enfants à l’égard des animaux prépare les actes criminels de l’âge adulte.

Cette série de gravures est à l’origine d’un puissant stéréotype qui ne cesse de hanter les militants de la protection animale :

d’ailleurs dans ses débuts, la RSPCA – Société Royale Pour la Prévention de la Cruauté à l’égard des Animaux – n’a pas encore pour objet la protection de l’animal. Le scandale auquel les militants entendent remédier n’est pas encore la souffrance de l’animal, mais bel et bien la cruauté dont font preuve ceux qui, après s’être exercés sur les bêtes, menacent de se tourner vers les hommes. Si les couches supérieures de l’establishment britannique sont convaincues de la nécessité d’œuvrer au plus vite, c’est bien parce qu’elles craignent que les classes laborieuses après s’être accoutumées au sang des bêtes puissent menacer un bon ordre social exempt de violence. L’un des mobiles de l’organisation des sociétés se dédiant à la prévention de la cruauté – en général et non seulement à l’égard des animaux – se fonde sur une peur sociale, ‘peur d’une révolution imminente d’une société de plus en plus dominée par une foule barbare et brutale, bref la peur de l’anarchie’ (voir Christophe Traïni, p 40-41)

Pour aller plus loin
Christian Talin. Anthropologie de l’animal de compagnie
Christophe Traïni. La cause animale, 1820-1980, essai de sociologie historique

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