Miam-miam mangeons un chien!

Dans certaines civilisations, le chien est un mets très prisé des gourmets. Les Aztèques élevaient des chiens pour les vendre au marché. C’est encore le cas en Corée et dans certaines régions de Chine. Un des plats préférés des banquets de cérémonie chinois est le chow-chow de neuf mois, engraissé au riz, rasé, bouilli puis frit à l’huile. Les Vietnamiens affectionnent particulièrement les chiens roux à langue noire qu’ils conditionnent en saucisses.

Voilà la cynophagie n’est pas l’apanage des peuples barbares, sous-développés. Il n’y a pas si longtemps on doutait de l’appartenance à la famille humaine des peuples qui s’adonnaient à ces pratiques et pourtant…. Pourtant, toutes ou presque les civilisations ont mangé, mangent, mangeront du chien. Lors de la conquête de l’Amérique, les missionnaires faisaient preuve de zèle civilisateur en obligeant les « sauvages » à renoncer à ces coutumes. Consommer du chien est en France un tabou qui, pourtant, supporte de nombreuses dérogations. Il a été retrouvé, dans certaines nécropoles gauloises, des restes de chiens qui avaient été consommés, alors que d’autres, qui n’avaient pas été dépouillés, étaient manifestement des animaux de compagnie. Pendant le siège de Paris de 1594, on faisait bouillir d’énormes marmites de chats et de chiens que l’on distribuait aux pauvres. Au cours de la guerre de 1870, la viande était vendue à 2,50 F le kilo, rue Saint-Honoré à Paris. Et on en consommait encore pendant les deux guerres mondiales. Le chien servira de nourriture et sa viande subira les inspections sanitaires du IIIe Reich à partir de 1943.

Mais c’est Jacqueline Milliet qui explique la raison de cette pratique culturelle qui n’est pas uniquement basée sur le respect ou le non respect d’un interdit alimentaire mais relève plutôt des processus domesticatoires en vigueur dans les sociétés humaines. Mais quelques soit la société on ne mange pas du chien mais on mange un chien!

Pour nous, le chien représente le compagnon à quatre pattes et nous serions enclins à penser que la cynophagie n’est qu’une pratique de barbares. Car ce qui nous révulse c’est que le chien a un statut particulier: non seulement il est entré dans nos maisons, il partage nos repas et nous entretenons des relations affectives avec lui. En tant de guerre, ces notions sociale, territoriale, affective sautent. Là la logique de survie prend le relais:  il est en effet plus facile de dissoudre le conflit moral né du paradoxe de la viande en rapprochant les animaux des choses (et peut-être de l’animal-machine de Descartes), ce qui rend leur ingestion moins embarrassante.

Il est facile de fustiger les mangeurs de viande canine. Pour se donner cette bonne conscience, le carnivore humain démentalise les animaux de boucherie alors même qu’il anthropomorphise les animaux de compagnie.

Pour aller plus loin:

Touche pas à mon toutou

Milliet Jacqueline. Manger du chien ? C’est bon pour les sauvages !

Comment concilier le goût pour la viande et l’amour des animaux

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s