La relation ça prend du temps

Les animaux de compagnie du Québec vivent en moyenne 19 mois auprès de leurs propriétaires avant d’être abandonnés ou mis à mort, selon Christina Nosotti, vétérinaire, dans l’article ‘Une loi sévère s’impose‘. Toutes les explications ont été avancées: achat impulsif, ignorance de ce qu’est un animal, coûts…. Une autre explication réside aussi dans la relation, dans la construction de la relation. Ca prend du temps. Or notre société en est une de l’immédiateté, tout, tout de suite, le chien avec et si possible aucune attente pour le dresser. D’ailleurs, on le dresse, on l’éduque pas. Anthropologie de l'animal de compagnieOr, une relation vivante repose sur une transformation complexe des acteurs et non sur l’échange mécanique de messages, d’objets ou de sentiments. Cette transformation correspond à un apprentissage compris comme un processus relationnel par lequel le propriétaire et l’animal se transforment d’une manière progressive et irréversible. C’est une éducation réciproque. 19 mois le temps commence à faire son œuvre, la relation a-t-elle seulement pu s’établir sur un registre interactif? Il faut attendre la relation, la bâtir, cette attente se construit autour de l’angoisse, de l’insatisfaction, ce qui permet aussi le désir. La relation unique entre l’homme et son animal de compagnie se manifeste par un échange qualitatif d’affects. Elle fait évidemment appel à nos cinq sens, mais également à ce qu’on appelle communément la sensibilité et à notre intelligence. (Christian Talin. Anthropologie de l’animal de compagnie, p. 28) L’attente rend possible l’attention, celle qui est au cœur des activités créatrices, de la joie de vivre. En 19 mois, on a eu le temps de saisir qu’avec un chien la vie est faite d’imprévus, où le présent se libère de nos agendas, où les scenarios volent en éclats, alors le contact déstructurant – celui d’entrer en relation avec une autre espèce – ouvrent sur de belles vertus: la civilité, la  politesse (ça prend de l’attente et de l’attention pour ne pas sombrer dans l’irascibilité quand il s’agit de recommencer l’éducation relationnelle avec son chien). Nos sociétés cultivent l’individualisme au détriment des familles multigénérationnelles, ce qui est réellement  défavorable pour une bonne imprégnation du chien à l’homme. Nos sociétés cultivent l’instantanéité au détriment du lent travail de la constance, bassin de toutes les incubations. La vie c’est l’expression de relations au sein d’un réseau et non pas d’objectifs ponctuels poursuivis par des individus distincts (David Servan-Schreiber, On peut se dire au-revoir plusieurs fois, p. 50) Vive les délais de maturation!

 

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