Être vivant de compagnie

Nos compagnons ne sont pas des réceptacles passifs de sensations mais des sujets actifs, co-constructeurs de leurs propres perceptions. Les chiens ont un cerveau. Il est important par conséquent de prendre en compte le fait qu’ils ont un rapport subjectif et affectif au travail, aux situations quotidiennes, aux mesquineries…

Si les lions pouvaient parler sous la direction B. CyrulnikLes chiens  sont de performants révélateurs de ce que nous exprimons inconsciemment. Si l’homme parle verbalement pour son animal, celui-ci parle non verbalement pour l’humain. Et d’avoir à constamment décrypter le langage, verbal et non verbal, de cet humain, les chiens sont devenus des ‘êtres particulièrement tournés vers l’écoute’, ainsi que le remarque Marie-Christine Mouren-Siméoni, dans Si les lions pouvaient parler.
On dit souvent que la communication entre l’animal et l’homme est une compréhension symbiotique mutuelle. On oublie souvent de rajouter:  Si et seulement si la conception de l’humain se modifie alors l’animal apparaîtra sous un éclairage différent. Car le paradoxe de l’humain c’est que pour aimer l’altérité animale, il doit  la réduire à  ce qu’il peut lui-même concevoir: un chien, c’est un animal presqu’une chose, pas trop consciente… un chien c’est un chien.

Or,  le ‘sentir’ est le fond commun de l’homme et de l’animal. Le premier aura accès au second par un ‘sentir commun’, c’est-à-dire par l’empathie ou la sympathie, respectivement ‘sentir du dedans’ et le ‘sentir avec’, exprime Sandrine Willems dans L’animal à l’âme (p 61).  La réalité est que l’empathie qui s’appuie sur des signes corporels échappant à la conscience fonctionne selon des cercles concentriques dans lesquels les apparences jouent un rôle essentiel. Plus on s’éloigne de ce qui nous ressemble pour aller vers ce qui est différent de nous (homme vers animal), plus la sécurité psychique est mise à l’épreuve. Et plus il faut s’y préparer afin que l’empathie n’en souffre pas trop.

L’empathie ne se réduit pas à prouver ce que l’autre ressent, encore faut-il le lui manifester. Ce qu’on éprouve est inséparable de ce qu’on montre. Dans ‘émouvoir’ il y a ‘mouvoir’  et dans  traiter chacun selon le statut qui lui correspond, il y a sens de la justice. L’exception humaine est précisément ce qui fonde notre responsabilité à l’égard de tous les êtres, vivants ou non, qui ont une valeur morale. Il est important et urgent d’éduquer les humains dès l’enfance au respect de ce qui a une valeur et une essence.  L’animal est un être vivant, un être de compagnie mais non pas un animal de compagnie.

Car aujourd’hui, c’est de l’homme dont souffre essentiellement l’être vivant (pour paraphraser Elisabeth de Fontenay).

 

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