Ce sont nos problèmes, pas les leurs

En dépit de découvertes hyperperfectionnées, mais très limitées – l’espèce canis familiaris a ainsi fait avancer les connaissances sur la narcolepsie, les myopathies ou les dégénérescences de la rétine – les méthodes expérimentales sur les animaux demeurent des approximations de la réalité physiologique humaine et peut-être même des aberrations. Par ailleurs, il faudrait évaluer le nombre d’humains sauvés pour le nombre d’animaux expérimentés.  Il existe certes de grandes ressemblances fonctionnelles entre les hommes et les animaux – la génétique nous l’indique -mais il y a quelque chose de malsain dans les recherches sur les animaux qui semblent, entre autre, reposer sur un raisonnement bancal: parce que l’homme lui reconnait la faculté de souffrir comme lui, alors l’animal peut servir de modèle. En fait, on pose des problèmes à  (cf. Georges Canguilhem) l’animal de laboratoire qu’il ne peut par définition pas résoudre, par ce que ‘ce sont les nôtres pas les siens’. Dans la situation expérimentale, l’animal est dans un environnement anormal qui lui est imposé. Il se trouve dans une situation de contrainte. Quel espace pour la spontanéité dans ces cas là? Quelle sorte de comportements peut-il bien en résulter? Pire quel sens tout cela a pour lui? Quel Umwlet? Car le misérable choix qui est proposé entre, par exemple, un choc électrique pour obtenir un aliment et une absence de choc électrique mais qui prive l’animal de tout aliment, ne constitue pas un comportement c’est-à-dire un débat avec le milieu. C’est pourtant en prenant appui sur ce type d’études que l’on décide des normes techniques des systèmes de contention des animaux (animaux élevés pour la consommation, animaux élevés pour leur fourrure, animaleries de laboratoire etc.) estimant que ces études rendent compte des comportements spécifiques. Aussi en conclut-on que l’animal a manifesté ‘sa préférence’, explique Florence Burgat, dans Liberté et inquiétude de la vie animale (p. 235-236). Et il y a plus : le fantasme d’objectivité est impensable dans un tel dispositif expérimental. Dès lors qu’il y a un homme, de surcroit scientifique et un animal appelé à exécuter une action, il y a construction. Le dispositif scientifique mis en place pour tester  tel aspect induit inévitablement influence de l’homme et de l’animal, donc il y a production d’une nouvelle réalité. Elle se construit par la relation entre deux êtres actifs et qui s’activent mutuellement, dit Vinciane Despret philosophe et psychologue. Les animaux, eux aussi, s’engagent dans l’expérience et dans la relation qui leur est proposée, même s’ils ne peuvent pas l’exprimer. A nous de trouver les dispositifs qui permettent d’entendre leurs réponses. Les animaux nous regardent jusqu’où peut-on aller dans l’expérimentation animale?

Pour aller plus loin:

Vinciane Despret: Animal et humain, d’individu à individu

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