Ne libérez pas les animaux !

Partage d’un extrait du Plaidoyer contre un conformisme « analphabête », paru dans La Revue du MAUSS n°29, premier semestre 2007, 352- 362

Par Jocelyne Porcher

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Le problème est que « libérer les animaux », cela ne veut rien dire, ou, plutôt, cela signifie tout autre chose que ce qui est annoncé. « Libérer les animaux », cela signifie rompre avec eux alors même que l’enjeu vital de nos relations avec les animaux domestiques est au contraire de nous attacher mieux et de faire de nos attachements une œuvre partagée d’émancipation.

Ces courageux « libérateurs » s’inscrivent dans un registre essentiellement éthique et font porter leurs arguments sur la valeur de la vie animale en soi. Ils omettent, avec une constance et une unanimité que nous ne pouvons qu’admirer, de s’intéresser à la relation entre les humains et les animaux, particulièrement à sa dimension affective, en réduisant systématiquement nos liens avec les animaux à des rapports d’exploitation ; ce qui nous empêche de comprendre quelle est la place des animaux domestiques dans le lien social. C’est pourquoi, en dépit de l’abondance de leurs discours, ils ne nous aident en rien à appréhender ce qui est en jeu aujourd’hui dans nos relations aux animaux domestiques ni pourquoi, par exemple, les pouvoirs publics financent le bien-être animal et collaborent avec ardeur, au nom de la raison économico-sanitaire, à la destruction des animaux d’élevage.

Depuis les premiers temps des processus domesticatoires, il y a de cela une dizaine de millénaires, ces animaux vivent, travaillent et meurent avec nous. Ils ont construit avec nous les sociétés humaines. Ils sont constitutifs de notre identité collective et de notre identité subjective. Nous avons besoin d’eux pour être ce que nous sommes, c’est-à-dire des êtres humains. Ils représentent à leur façon, selon le terme des anthropologues mais dans un autre contexte, une altérité constituante.
Il faut le dire, il y a chez certains de nos contemporains une terrible présomption à prétendre vivre sans les animaux domestiques. La revendication de « libération » ne fait que renforcer, en prétendant la réduire, la distance entre les humains et les animaux.

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