La violence est un cycle qui se perpétue

Il ne peut y avoir de devoirs envers les animaux qu’en relation avec nous-mêmes (Emmanuel Kant, Leçons d’éthique) ……
Il ne peut y avoir de violence envers les animaux qu’en relation avec nous-mêmes.

Quelle est l’utilité de ces images, ces vidéos des violences faites aux animaux diffusées en boucle dans les médias sociaux? Est-il nécessaire de diffuser les images 360degrés d’un chien battu à mort, lacéré et encore en vie? À quoi sert l’exploitation systématique de ces images abjectes reprises inconsciemment par tous? Est-il nécessaire de regarder et de s’époumoner contre cette ultra-violence sans réfléchir a minima à ça : et qu’en est-il de la violence que nous portons en nous, nous humains?

En fait, en montrant la violence sur d’autres, à d’autres, nous nous gardons d’admettre le potentiel violent que nous hébergeons. Or, nous ruisselons sous les formes les plus subtiles de la violence au quotidien, les petits gestes, les attitudes, les comportements qui ne paient pas de mine, ils n’ont pas le grandiloquent des actes qu’on nous donne à voir dans ces médias. Oui, ces gestes quotidien ont bouleversé la vie. Ils sont tout sauf banals. Tous marquent LA violence, n’est qu’à penser:

  • Combien engueulent et frappent leurs chiens parce qu’il vient de bouffer les pieds de la table? …. Reconnaître les signes de la violence là dans ce quotidien, reconnaitre que les auteurs de violence font du mal ou menacent les animaux domestiques afin d’intimider et contrôler leurs victimes
  • Combien frappent leur chien – par ex dans des cours d’agilité – en leur criant dessus : Il me niaise (fait vécu)…. Reconnaître les signes de la violence là dans ce quotidien, reconnaitre la violence d’une personne qui donne des coups de pied à un animal, le lance, ou le blesse, reconnaître que cette personne a démontré qu’elle est capable de violence (La connexion entre la violence faite aux humains et aux animaux)
  • Vous en avez d’autres…. La violence n’est pas petite ou grande, et sûrement pas ordinaire. Elle est.

La frontière entre humains et animaux est poreuse. Le langage, le rire, le mensonge, le sens moral, l’intentionnalité, le second degré, les structures politiques, l’utilisation d’outils… sont quelques unes des caractéristiques que l’on pensait strictement humaines.
Cette porosité pose problème, car c’est elle qui structure la cohabitation entre les deux groupes et qui détermine la place de chacun. Or voilà les animaux sont des choses. Ils n’ont pas de place.
À trop montrer des images de violences absolues sur les animaux, on renforce leur statut de choses. Tant que le droit ne revisitera pas le statut animal pour les considérer comme des êtres sentients, la violence se poursuivra et prendra de l’ampleur. Pour, la philosophe Blandine Kriegel, ‘la violence c’est la force déréglée qui porte atteinte à l’intégrité physique ou psychique pour mettre en cause dans un but de domination ou de destruction l’humanité de l’individu’.

Or en agressant sauvagement un animal, on ne met absolument pas en cause son essence : il n’en n’a pas ! Or en diffusant des images de cette violence subie, on renforce le système administratif, social, politique actuel. Mieux vaut descendre dans la rue pour une reconnaissance d’un statut juridique différent de l’animal ET analyser la violence qu’on porte en soi. C’est une illusion de croire que l’on pourra éliminer la violence seulement en changeant le régime politique ou en changeant le système social.

De plus, existe-t-il une certaine forme de complaisance à regarder ces images? Faut-il les montrer pour démontrer ce que c’est? Nous frisons la banalité à trop en regarder.
Je pense sincèrement que ces images détournent l’objectif louable de communication, un peu comme dans les années 1980, dans les collectes de fonds des organisations humanitaires, on ne montrait que des enfants rachitiques en Éthiopie. Ça a marché un temps, la bonne conscience des nantis étaient un peu bousculée, mais ça a vite fait feu. Nous devenons engourdis d‘en voir, nous devenons masses brutales et insensibles.

La violence est un cycle qui se perpétue. … et poursuit son propre suicide.

Pour aller plus loin :
http://www.caacq.ca/pdfs/abus-article.pdf
« The Animal Abuse-Human Violence Link », Progressive Animal Welfare Society (PAWS)

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