Non à l’éloignement de l’animal des sciences sociales

Avec Dominique Lestel – Origines animales de la culture – nous partageons l’idée que l’éloignement de l’animal des sciences sociales ne peut plus tenir devant l’avancée des découvertes ou face au penser ensemble l’homme et l’animal. En aucun cas il ne s’agit de sociobiologie ou d’annexion d’un champ de réflexion par un autre au profit d’une dérive du tout génétique mais bel et bien d’un travail conjoint, d’un apport méthodologique mutuel, d’ouverture dans une perspective non réductionniste. Les sciences de l’animal se transforment en sciences sociales à partir du moment où l’animal-objet est éliminé, au profit de l’animal-sujet et de l’animal-chose et où l’ambiguité de cette distinction devient problématique. La phrase célèbre de Durkheim selon laquelle les faits sociaux sont des choses est fondatrice des sciences de l‘homme mais aussi des sciences de l’animal. De même que l’homme des sciences sociales est une construction par laquelle le sujet humain peut devenir le sujet d’une science nouvelle, de même l’animal des sciences de l’animal est une construction par laquelle le sujet animal peut devenir le sujet d’une science inédite en l’occurrence une zoologie culturelle pour les mêmes raisons qu’il existe une anthropologie culturelle. Cette transformation est très claire chez des ornithologues comme Amotz Zahavi ou chez les primatologues comme Frans de Waal, Richard Wrangham ou Shirley Strum. P 307-308 …..

Les sciences de l’animal peuvent ainsi prétendre occuper une place au sein des sciences sociales élargies aux organismes sociaux en général et ne peut plus seulement se restreindre à l’humain. Elles peuvent de surcroît en revendiquer l’une des premières places. Elles sont en effet dans une bonne position pour aborder l’une des questions centrales des sciences sociales, celle des relations de la phylogénèse des organismes, de l’histoire culturelle des populations et de l’histoire individuelle des sujets. Certaines sociétés animales sont constituées d’ethnies animales, mais ces peuples animaux ne sont pas nécessairement superposables aux ethnies humaines. Il ne s’agit pas pour autant de rejeter l’animal dans les limites d’une zoologie problématique, mais de développer une authentique ethnologie différentielle. P 309-310

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s