La cruauté de l’un est la cruauté de l’autre

De l’explosion des recherches en éthologie, en éthologie cognitive, parfois relayées en anthropologie, plus souvent en sociologie, les découvertes des différents génomes animaux et leur peu de différences structurales avec celui de l’humain, il en ressort ces dernières années qu’il faut repenser la place de l’animal : de faire-valoir, faire-voir, garde-manger, aide de camp … à un être qui a aidé à construire notre propre condition humaine. ‘Qu’on le réifie pour se débarrasser du souci qu’il nous cause ou qu’on l’humanise pour le doter de droits, dans les deux cas on passe étrangement à côté de lui, on nie sa réalité et tout aussi gravement on nie la nôtre’. Éditorial de Joseph Macé-Scaron.

Le problème c’est qu’on construit l’animal à partir de l’humain, dans le sens l’humain est en haut l’animal au mieux est à côté, or l’un et l’autre sont au même niveau dans un ensemble plus vaste qu’on appelle Nature ou vie ou biodiversité ou… le mot qui vous convient. Évidence vous me direz, non, ça serait si beau si cela était une évidence entrée dans les moeurs, ainsi on ne pourrait plus lire des témoignages tels que :

Quand j’ai fait mes études de médecine, on nous apprenait que l’animal ne souffrait pas et on nous faisait faire des opérations sans anesthésie. L’animal criait et lorsqu’on s’élevait contre ça on nous répondait qu’il s’agissait d’un réflexe. p 115 entretien avec Boris Cyrulnik– Matignon, Karine-Lou. Sans les animaux, le monde ne serait pas humain. Espaces Libres. Albin Michel

Ou des règlements municipaux tels que CO-2008-523 sur ‘Le contrôle des animaux’ de la ville de Longueuil.

Article 37. Le fait qu’un chien se trouve dans une place publique, un parc, un terrain de jeux, une piste cyclable sauf pour la traverser, un marché public, un espace de verdure ou tout autre endroit du même genre constitue une nuisance.

Il est à se questionner sur cet ‘animal qui vit habituellement auprès de l’homme pour l’aider ou le distraire, et dont l’espèce est, depuis longtemps apprivoisée’ (Cf. Règlement CO-2008-523), sur la capacité de cruauté humaine envers des ‘frères’, cruauté pris dans le sens de non-respect des besoins fondamentaux de l’animal et cette impassibilité à la souffrance Autre, il est à se demander si cette cruauté n’est pas en fin de compte précurseur d’une violence nettement plus sourde : celle du quotidien entre humain?

Je suis convaincue que la cruauté envers les animaux (vous savez la litanie des petites horreurs quotidiennes : le collier étrangleur, l’ignorance des signes extérieurs de communication qui brime l’animal dans son expression…) et l’impassibilité envers les souffrances d’autrui (l’exclusion des ‘étranges’, l’indifférence crasse qui brille à tous les niveaux des relations….) se reflètent l’une l’autre comme les deux faces d’une même médaille.

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