Le chien en zoothérapie agit-il moralement?

Nous avons encore beaucoup à apprendre sur l’importance de la coopération et sur son rapport avec la justice dans le monde animal. Effectivement, il a fallu attendre ces 10 dernières années pour qu’un propos sur la moralité des animaux ne soit pas systématiquement reçu par un froncement de sourcils sceptique et un rire méprisant. La tradition a fait de la moralité l’apanage de l’homme, jusqu’à y voir la définition même de notre humanité. Certains scientifiques continuent de rejeter avec véhémence l’idée que nous pourrions partager cette qualité avec d’autres êtres. Pourtant, de plus en plus de biologistes, de neuroscientifiques, de philosophes et d’éthologues commencent à penser que la moralité serait une stratégie largement adaptative ayant évolué chez bon nombre d’espèces. Je ne dis pas que le comportement moral des animaux est le même que le nôtre. Je pense plutôt que ce qu’on appelle ‘moralité’ est un phénomène biologique très diversifié, nécessaire à toute vie en société. Les composants de base de la moralité – la coopération, l’empathie, l’équité, la justice et la confiance – sont un héritage de nos ancêtres, au même titre que les émotions.

Sous sa forme la plus élémentaire, la moralité peut apparaître comme un comportement prosocial : un comportement dont l’objectif est d’augmenter le bien-être des autres. La moralité est un phénomène intrinsèquement social : elle se manifeste dans les interactions entre les individus comme une sorte de toile ou de tissu qui maintient la tapisserie compliquée des rapports sociaux. Avec le temps, le mot ‘moralité’ en est venu à désigner simplement le fait de connaître la différence entre le bien et le mal, entre être bon et être mauvais.  Chez les animaux, la moralité renvoie à une gamme extrêmement variée de comportements sociaux. Il s’agit d’un ensemble de règles édictant la manière d’agir au sein d’une communauté, assimilé par chacun de ses membres. Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance. Mais il ne se limite pas à ces divers éléments. La moralité possède à la fois les composants émotionnels ou affectifs et des composants cognitifs.
Marc Bekoff . Les émotions des animaux, p. 167-168-169

Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance
Le comportement moral comprend la coopération, la réciprocité, l’empathie et l’assistance

Il reste certe encore beaucoup de recherches à faire sur la manière dont les animaux respectent la moralité et en définissent les règles.

Mais,si la moralité est une stratégie adaptative, le chien qui demeure auprès des hommes depuis des millénaires et désormais qui oeuvre conjointement à un intervenant en thérapie assistée par l’animal, fait-il montre de moralité ? Fait-il montre d’un comportement dont l’objectif est d’augmenter le bien-être des autres?

1 Comment

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  1. Intéressant!

    La réponse potentielle à cette question présuppose une condition de base: le partenariat de l’animal en contexte de zoothérapie s’établit sur la base d’un choix du moins «libre» puisqu’il peut s’avérer difficile de le rendre «éclairé». Sans cette condition, difficile pour l’observateur de juger d’une moralité présente ou absente, non!?

    En effet, comment voir de la collaboration, de l’empathie, de la réciprocité ou de l’assistance… Ingrédients d’une moralité… dans le cas où l’animal est contraint? Sans liberté, sans autonomie, voire sans les prémisses d’une autodétermination quelconque, comment choisir d’aller vers l’Autre pour apaiser ou aider?

    En zoothérapie, le danger guette! L’animal, pour la noble cause, est aisément contraint. La laisse physique ou la «laisse mentale» que peut constituer, par exemple, le conditionnement outrancier à émettre des comportements spécifiques ou inhiber le mode d’être, l’expression naturelle, n’invite pas au libre arbitre. Ladite «laisse» donc, qui impose le contact ou force à un simulacre de relation, peut biaiser nos observations quant à la moralité ou non de l’animal en cause. Arthur-le-poméranien, entraîné à rester coucher, impassible sous la pression trop profonde des caresses d’un Monsieur Tremblay devenu rouge, tendu et tremblant d’une émotion «contenue de peine et de misère» au contact de ce chien qui lui rappelle le sien… Arthur-le-poméranien «branché sur le 220 de l’énergie affective» de Monsieur Tremblay, ce qui n’est pas chose aisée à tolérer… Arthur à qui l’on a appris à ne pas sauter au sol… Est-ce par égard à Monsieur Tremblay qu’il reste là? Peut-être. Pour ma part, compte-tenu du contexte, je ne saurais en juger.

    La question de «moralité» est d’importance donc, particulièrement en ce qu’elle nous invite à observer, dans un premier temps, notre propre pratique. Elle nous invite à nous la servir à nous-mêmes, en premier lieu, cette question…

    Et cette collaboration, cette empathie, cette réciprocité ou cette assistance… Ingrédients d’une moralité dont nous, Animaux-Humains, nous targuons… Dans quelle mesure en faisons-nous preuve à l’égard de nos pairs-partenaires à «poils, cuir, écailles ou plumes»?

    La choisissent-ils cette «job»? Y trouvent-ils leur compte pour vrai?

    Emmanuelle Fournier Chouinard
    Psychologue TAA, enseignante en zoothérapie
    (418) 815-4296
    duloupberger@hotmail.com

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