Accepter l’anthropomorphisme ne nuit pas à la connaissance des animaux

Observer les animaux c’est forcément se placer à la croisée des sciences, sciences ‘dures’ et sciences humaines.

Dominique Lestel, philosophe enseigne l’éthologie cognitive et la philosophie à l’École normale supérieure aborde la question de l’anthropomorphisme et fait référence à Jane Goodall qui a choqué la communauté scientifique en donnant un nom à chaque chimpanzé qu’elle TELERAMA_B&Hétudiait afin de les identifier individuellement.
Question Télérama : N’était-ce pas en effet projeter sur l’animal des catégories humaines, autrement dit faire de l’anthropomorphisme ?

Réponse de Dominique Lestel

En ce qui oncerne l’article intitulé : ‘L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, certainement et c’est ce qu’on lui a violemment reproché. Bien sûr qu’en donnant un prénom à un animal vous allez lui accorder une signification individuelle qu’il n’a pas forcément, ce qui risque de vous conduire à voir chez lui des sentiments, des désirs, des attentes, que vous ne verriez peut-être pas si vous lui donniez un numéro. Mais je crois préférable d’assumer cet anthropomorphisme tout simplement par ce qu’on ne peut pas l’éviter. Et ce n’est peut-être pas souhaitable. Après tout, nous sommes de fait très proches de ces animaux, voir chez eux des comportements que l’on peut analyser avec des grilles d’analyse humaines n’est pas scandaleux. Il faut être prudent dans l’interprétation, mais je préfère cette attitude au refus par principe de tout signe d’anthropomorphisme, qui, au fond, repose sur la certitude d’une rupture radicale entre l’humain et l’animal, autrement dit se rapproche du créationnisme.
…..
Quand vous étudiez l’intelligence animale, vous êtes confronté à une concurrence sauvage, celle des ‘professionnels’ de l’animal (chasseurs, pêcheurs, éleveurs, dresseurs…) qui en savent souvent plus que vous, mais qui transmettent justement leur savoir sous forme d’anecdotes nimbées d’anthropomorphisme. L’un des défis majeurs de l’éthologie à venir sera précisément de tenir compte de ces observations presque ethnographiques d’une incroyable richesse. La question n’est pas de rejeter l’anthropomorphisme ou l’usage des anecdotes mais d’en mobiliser l’usage de façon rigoureuse.

Pour aller plus loin:

  1. Télérama Hors série : Bêtes et hommes, je t’aime, moi non plus, 2007, P43
  2. Quand Darwin et Kropotkine dialoguent

Observer les animaux c’est forcément se placer à la croisée des sciences, sciences ‘dures’ et sciences humaines.

Dominique Lestel, philosophe enseigne l’éthologie cognitive et la philosophie à l’École normale supérieure aborde la question de l’anthropomorphisme et fait référence à Jane Goodall qui a choqué la communauté scientifique en donnant un nom à chaque chimpanzé qu’elle TELERAMA_B&Hétudiait afin de les identifier individuellement.
Question Télérama : N’était-ce pas en effet projeter sur l’animal des catégories humaines, autrement dit faire de l’anthropomorphisme ?

Réponse de Dominique Lestel 

En ce qui oncerne l’article intitulé : ‘L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, certainement et c’est ce qu’on lui a violemment reproché. Bien sûr qu’en donnant un prénom à un animal vous allez lui accorder une signification individuelle qu’il n’a pas forcément, ce qui risque de vous conduire à voir chez lui des sentiments, des désirs, des attentes, que vous ne verriez peut-être pas si vous lui donniez un numéro. Mais je crois préférable d’assumer cet anthropomorphisme tout simplement par ce qu’on ne peut pas l’éviter. Et ce n’est peut-être pas souhaitable. Après tout, nous sommes de fait très proches de ces animaux, voir chez eux des comportements que l’on peut analyser avec des grilles d’analyse humaines n’est pas scandaleux. Il faut être prudent dans l’interprétation, mais je préfère cette attitude au refus par principe de tout signe d’anthropomorphisme, qui, au fond, repose sur la certitude d’une rupture radicale entre l’humain et l’animal, autrement dit se rapproche du créationnisme.
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Quand vous étudiez l’intelligence animale, vous êtes confronté à une concurrence sauvage, celle des ‘professionnels’ de l’animal (chasseurs, pêcheurs, éleveurs, dresseurs…) qui en savent souvent plus que vous, mais qui transmettent justement leur savoir sous forme d’anecdotes nimbées d’anthropomorphisme. L’un des défis majeurs de l’éthologie à venir sera précisément de tenir compte de ces observations presque ethnographiques d’une incroyable richesse. La question n’est pas de rejeter l’anthropomorphisme ou l’usage des anecdotes mais d’en mobiliser l’usage de façon rigoureuse.

Pour aller plus loin:

  1. Télérama Hors série : Bêtes et hommes, je t’aime, moi non plus, 2007, P43
  2. Quand Darwin et Kropotkine dialoguent

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