Pour l’amour des animaux

‘J’ai toujours vécu avec des animaux’, ‘Pour l’amour des animaux’…, sous ce drap se cache une bien sombre face de l’humanité. Il est totalement faux de penser que j’agis moralement ‘pour l’amour des chiens’.  Un chien a-t-il besoin d’un humain pour vivre? L’humain a, bel et bien, besoin du chien.
Sinon pourquoi y en aurait-il autant? Parce que les animaux de compagnie offrent une sensation de plénitude, de fusion avec l’univers. Ils renvoient une image gratifiante de l’humain : Ils nous trouvent toujours aimables! ‘L’amour des animaux est un amour égoïste. L’animal valorise l’homme, qui est au centre de son attention, de son univers, et qui a sur lui un pouvoir de vie ou de mort. Je suis convaincu que nous n’aimons pas tant l’animal lui-même que sa dépendance à notre égard’, explique Jean-Baptiste Jeangène Vilmer  dans Éthique animale. JeangeneVilmerJB_EthiqueAnimale_C1pEn effet, n’avez-vous jamais pensé à ça : je décide de la nourriture de mon chien, je décide qu’il aime ça, je suppose qu’il aime ça car il mange tout, mais s’il mangeait tout parce qu’il avait juste faim? J’ai un pouvoir sans fin sur lui… ou presque. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dans une entrevue au Devoir en juin 2009, avançait :

Pour renforcer son contrôle, le maître se construit à travers essentiellement deux comportements: le dressage et le maternage. Le dressage permet à l’homme de satisfaire son besoin d’autorité, en assujettissant et en dominant l’animal, que des spécialistes, des professionnels peuvent même lui livrer «clés en main» comme une voiture prête à être conduite. Le maternage, qui s’exprime à travers une avalanche d’affection, de nourriture excessive (il y a une confusion courante entre affection et nourrissage) et de soins divers, revient à considérer l’animal comme un enfant. Il est même créé pour cela: nos animaux de compagnie sont sélectionnés pour conserver des caractères infantiles à la fois dans leur comportement (néoténie) et leur morphologie (pédomorphisation), c’est ce qui nous fait «craquer» puisque c’est ce qui répond à notre besoin de maternage.

L’animal de compagnie n’est autre qu’un objet narcissique, une sorte de miroir qui nous renvoie l’image d’un être supérieur, qui vient combler la solitude ou la frustration. C’est aussi, pour beaucoup d’humains, un objet symbiotique avec lequel on n’a pas de limites. Ainsi, tout ce qui est vécu par l’animal passe dans l’humain et inversement. En ce sens le psychiatre et professeur Pierre Guyotat a raison, l’animal est un objet transactionnel ou transitionnel. Il fonctionne dans un groupe comme un bien d’échange et surtout comme un objet à tout faire : à caresser, à torturer, à suralimenter, à interpeller…

Notre psychisme peut assigner un autre rôle à l’animal. Plus retors. Le service le plus éminent qu’il nous rend, c’est certainement ce sentiment de puissance sur un environnement dont on ne connaît plus les limites et les évolutions, sur ce petit morceau de nature à la maison qui ‘sert de rédemption à la culpabilité d’exploiter sans vergogne d’autres animaux: toute cette affection, cette compassion, cet amour que nous déversons sur les uns sert peut-être à nous donner l’illusion de compenser le mal que nous faisons aux autres’, dit Jean-Baptiste Jeangène Vilmer.

Mais dans tous les cas, l’animal de compagnie exprime l’homme.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s