Ce n’était pas juste un animal

S’il est un terrain sur lequel la relation anthropocanine prend tout son sens et le perdre aussitôt, c’est le douloureux moment du décès du compagnon à quatre pattes. La relation tissée au fil des ans,  la complicité de tous les instants, les émotions vraies et les affects sont renversés.  Et…  Déniés. Combien de gens ne peuvent vivre le deuil de leur animal de compagnie sans recourir au regard ahuri des proches : ‘bah voyons ce n’était qu’un chien’. Rappelons-nous ce que Vinciane Despret et Jocelyne Porcher écrivaient dans Être bête (Actes Sud)

Pour quoi ils parlaient à leurs animaux c’est pour ne jamais oublier qu’il y a quelqu’un à l’intérieur…. Constituer un espace ‘devenir avec’… comment parler conduit à peupler…

‘ Perdre un compagnon ou une compagne de vie qui a été près de soi quotidiennement, qui a été là quoique l’on fasse et qu’on lui fasse subir. Perdre une forme d’amour inconditionnel. Ce qui mettait de la joie dans son foyer. Ce qui parfois devenait une raison de vivre. Ce qui nous a éveillé au sens de la responsabilité. Perdre notre animal de compagnie, c’est bien souvent perdre une partie de notre cœur ‘, dit France Carlos dans son ouvrage Deuil animalier. Diplômée du Centre de Relation de Montréal depuis 1997, elle exerce en pratique privée en relation d’aide depuis. Mais c’est en voyant comment ses clients devenaient complètement désemparés lorsqu’ils perdaient leur animal de compagnie qu’elle a compris qu’ils avaient besoin d’une aide plus spécialisée. ‘J’ai ajouté à ma pratique le deuil animalier depuis 4 ans maintenant. Au Québec c’est très peu connu, contrairement au États-Unis où il y a plusieurs livres sur le sujet, des hôpitaux vétérinaires ont sur place leur thérapeutes, des écoles de médecines vétérinaires offrent des services de ligne d’écoute.  Ici au départ les gens ont de la difficulté à consulter à plus forte raison lorsqu’il s’agit du décès de leur animal. Certains de mes clients cachent à leur entourage qu’ils consultent’ témoigne-t-elle. – Le deuil d’un animal c’est quoi? Je résumerais en disant que c’est la perte d’une forme d’amour inconditionnel et c’est ce qui nous manquera le plus, ne plus avoir près de nous cette présence d’un être vivant toujours content de nous voir, qui ne porte aucun jugement sur nous. – Quand on regarde les étapes du deuil de votre livre et les sujets abordés lors de vos consultations, on se demande si le deuil d’un animal aimé est si différent de celui d’un être humain aimé? Où il y a une différence, je dirais c’est au niveau des conséquences.  Perdre un parent, perdre un conjoint n’aura pas le même impact sur notre vie que de perdre notre animal de compagnie.  Par exemple perdre un parent en bas âge nous laissera dans le manque de ce que ce parent aurait pu avoir comme influence sur notre développement.  Perdre un animal c’est perdre un compagnon de vie qui était près de nous depuis parfois plusieurs années, plusieurs heures par jour.  C’est perdre un être vivant pratiquement entièrement dépendant de nous, c’est un changement important dans nos habitudes de vie. Mais au niveau émotif c’est sensiblement la même chose.  Les mêmes émotions seront présentes, la peine, la colère, l’impuissance, la culpabilité, la douleur du manque.  Le deuil se vivra de la même façon. – Il est si difficile de vivre ce deuil, parce que notre société n’en favorise pas l’expression, en quoi? Pour quoi? Pourquoi?

La dernière chose que les personnes endeuillées veulent entendre c’est « c’était juste un animal ».  Pour eux leur animal était plus que « juste un animal ».  J’attribue ce genre de maladresse verbale à la difficulté et parfois même à l’incapacité d’accueillir une personne souffrante émotivement.  Les larmes nous rendent mal à l’aise et bien souvent la réaction est de mettre fin à l’expression des émotions de l’autre afin de ne pas être confronté aux nôtres. Il est aussi difficile pour certaines personnes de comprendre que le lien relationnel soit aussi fort entre le propriétaire et l’animal.  Pour les gens par exemple qui considèrent que le chien est un bien à leur service, ils comprendront difficilement que la personne ait l’impression d’avoir perdu l’équivalent d’un enfant. Dans notre société nous avons de plus en plus de personnes seules, sans conjoint, sans enfants, sans de réels amis, alors pour certaines de ces personnes l’animal devient un compagnon de vie qui prend une énorme place au niveau relationnel.  Perdre leur animal c’est perdre une partie de leur vie. La peur d’être jugé empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent.

1 Comment

Laisser un commentaire

  1. « Six milliards de consciences et combien appartiennent à cette triste engeance, à ce troupeaux de hyènes qui voient des différences entre toutes ces peines, ces torrents de souffrances, animales ou humaines? »

    Rien d’autre à ajouter que ces quelques mots de mon pote Renaud.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s