C’est la relation qui compte

Les 50 dernières années ont vu fleurir nombre d’études mesurant – prééminence des méthodes quantitatives – les effets de la thérapie assistée par l’animal. Dans l’histoire de la recherche sur les interactions avec l’animal à but thérapeutique et/ou éducatif, très peu d’études échappent au travail de codage, comptage, analyse multi variée, définition de corrélations, de liens significatifs. Pourquoi? Les enjeux en étaient de généralisation. Car les scientifiques des années 1960 et plus se méfiaient – à juste titre – de l’engouement populaire et médiatique autour de la zoothérapie et surtout ils voulaient éviter que ce soit l’inclinaison de tel médecin pour les animaux qui favorise la mise en place de projets thérapeutiques. Donc les recherches ont tourné autour de ‘l’animal peut-il être thérapeutique?’ avec une hypothèse à tester et un modèle de recherche défini. Les scientifiques tels que Alan Beck et Aaron H. Katcher en sont les plus grands protagonistes, eux qui trouvent que «les travaux inspirateurs de Levinson et des Corsons s’appuient sur des observations assez simples non issues de protocoles expérimentaux ».  Ainsi, les deux chercheurs – et dans leur lignée plusieurs centaines d’autres – ont visé la constitution d’un champ scientifique autonome. Au fil des ans, on a mesuré, on a décrit sans s’enflammer des résultats, on a pesé, on a observé les signes (aspect grandement documenté) pour constater que la TAC avait des effets indirects mais des effets quand même sur la santé humaine.

Or, pour Dr Joël Dehasse, Vétérinaire comportementaliste diplômé, les preuves scientifiques ne sont pas suffisantes et ne s’accumulent pas.  Le spécialiste européen (D-ECVBM-ca) dit :
Actuellement, il n’y a aucune étude vraiment scientifique sur le sujet – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’effet – mais que la médecine scientifique ne s’y arrêtera pas. Publier des résultats positifs avec statistiques comme preuves est un bon début, mais certains scientifiques ont tendance à ne publier que leurs résultats positifs et pas leurs expériences avec résultats négatifs. Dès lors on ne prouve plus grand chose et, surtout, on ne peut pas généraliser les résultats d’une étude. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller de l’avant en zoothérapie, avec respect pour l’animal.

Aujourd’hui, le monde scientifique se questionne sur la pertinence des méthodes quantitatives pour traiter de la TAC, car comme le précise Jérôme Michalon, ces études ont oublié une variable essentielle dans leurs études statistiques : l’influence des variables ‘relation’ et ‘perception’ vis-à-vis de l’animal. Celle-là même que le Dr Dehasse juge trop utilisée. Les méthodes quantitatives produisent des preuves de l’existence d’une relation mais elles ne montrent pas les mécanismes en œuvre dans la TAC. C’est un peu comme si on démontrait les effets d’un médicament sans savoir ce qui est actif pour le corps humain.
Or, c’est la nature de la relation entre l’humain et l’animal qui produit des effets. C’est la voie que semblent vouloir emprunter les nouvelles recherches qui induisent presqu’obligatoirement une approche multidisciplinaire : jusqu’à maintenant les recherches faites n’ont pas inclus les connaissances de l’anthropologie, peu les savoirs vétérinaires…

Sources :

Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

1 Comment

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  1. Bonjour Sandra, bonjour docteur Dehasse,

    L’enjeu de la preuve scientifique dans un domaine comme l’A.A.T. n’a pas encore fini de faire couler de l’encre.
    Quels indicateurs pourrait on bien mesurer? La présence d’indicateurs de stress dans la salive des patients?
    Pour nous, hommes de terrain, il y a ce que l’on voit, à savoir par exemple un patient psychotique chronique non stabilisé, résistant et réfractaire à tout traitement médicamenteux ou toute approche relationnelle mais qui en présence de l’animal, entre en relation avec le soignant et arrive à se responsabiliser durant les soins à l’animal, arrive à se concentrer et à ne pas tenir de propos délirants durant l’activité.
    On les voit exprimer des émotions, revenir sur les séances des heures après leurs fins sous forme de dessins ou de questionnements.
    Ce n’est qu’un exemple très limité, il y en a bien d’autres.
    Les membres de notre comité scientifique; madame Claire Diederich, monsieur René Zayan, madame Bénédicte Flament et madame Véronique Servais nous fourniront peut être des échelles d’observation ou des indicateurs de mesure qui apporteront leur pierre à l’édifice de la reconnaissance scientifique, nous l’espérons.
    En attendant, et bien on va continuer notre petit bonhomme de chemin et on va tenter d’amener autant de choses observables que possible.

    Bien à vous,

    Medart Christophe.

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