On peut devenir chien

Il y en a qui ont un rêve, d’autres rêvent qu’ils sont un chien… Olivier Sacks, dans ‘L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau‘ (Ed. Seuil, Collection Points, 1990) le détaille parfaitement bien dans son 18e chapitre.
Et qu’est-ce que çà fait d’être un chien?
Être chien c’est être nez c’est évoluer dans un univers olfactif incroyablement riche de nuances, de senteurs, de perspectives évocatrices. C’est comme si le monde se sculptait en fonction des parfums. C’est difficile pour un spécialiste du visuel de concevoir ce monde-là, mais imaginons: le chien ne touche pas le monde avec ses yeux il le ressent avec sa truffe, tout prend soudain une profonde signification, là ou il voit une banale chaise, son piff lui dit: c’est la chaise de la madame d’à-côté, le soir, elle remue dessus dans son tablier sur lequel elle a essuyé ses mains après avoir retourné le ragout de viande, la chaise sent aussi le chat, ce foutu niaiseux qui me nargue chaque jour par la fenêtre, en plus le chat de la dame d’à-côté aime se frotter contre ses genoux qui sont collés sur les pieds de la chaise, alors tout çà, çà donne qu’il y a des poils de chat qui s’y déposent, çà pue le chat cette chaise! En plus, la chaise a des relents de cirage quelle idée d’y appliquer ces produits qui font briller, pis c’est le monsieur de la dame d’à-côté qui a appliqué cet onguent croyant bien faire il avait les mains sales d’avoir travaillé dans l’établi à peaufiner les pièges à rats qui empestent le nuisible. Mais le nec plus ultra, c’est que sur cette chaise, la chienne de la soeur de la dame d’à-côté a posé sa délicate odeur, une sensation de plaisir, une odeur de sainteté.
Le chien renifle tout avec son nez qui sont ses yeux comme les yeux d’homme sont son outil pour percevoir le monde, bien piètre moyen qu’il a là… Et si l’homme entrait dans la peau d’un chien, les odeurs deviendraient multidimensionnelles et représentaient ‘davantage qu’un monde de simple plaisir ou déplaisir, ce serait toute une esthétique, tout un jugement, toute une signification nouvelle’ qui l’environnerait. ‘Un monde concret d’une spécificité irrésistible, un monde d’une immédiateté, d’une signification immédiate écrasante’.
Au cours de l’évolution, voilà le deal qui s’est produit: pendant que l‘homme développait sa vision, le chien développait son odorat, échange de bons procédés pour une société anthropocanine distincte.
Bah voilà, çà donne raison à Freud cette histoire-là : en se redressant sur ses pattes, l’homme perd l’usage de sa protubérance nasale; désormais il ne peut plus renifler le derrière de ses congénères!

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