Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Utilitarisme’

Communauté morale

14/03/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardCe qui est en cause dans la question de la place des animaux, c’est, si l’on y réfléchit bien, la question de leur nature, ou si l’on préfère de leur position (notamment phylogénétique) par rapport à la nôtre : les hommes et les animaux sont-ils plutôt semblables ou plutôt différents? explique Jean-Pierre Digard (Les Français et leurs animaux, p 101)
De ce qui est répondu, découlent  les modalités du vivre ensemble. D’un côté les recherches éthologiques nous disent que les ressemblances sont nombreuses, que nous posséderions en commun avec eux -les animaux – des éléments constitutifs de notre propre identité, par conséquent qu’entre eux et nous,  nous formerions une communauté de vivants. L'origine des espèces-Charles_DarwinDepuis la publication de L’Origine des espèces(1859), il y a de bonnes raisons de penser que cette communauté est plus étroite qu’on n’était disposé à l’admettre jusque-là.
Les êtres humains forment une communauté de vivants avec les autres animaux: formons-nous également une communauté morale ? (Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’)
Il y a en gros 4 manières historiquement parlant de concevoir la relation aux animaux donc de leur accorder des caractéristiques propres qui fait que l’homme se doit – moralement  – de les considérer comme des êtres vivants et d’avoir à leur égard des rapports moraux. Une première tradition est attentive au statut de créature de l’animal. Pour une seconde, c’est sa capacité à souffrir qui le distingue des simples choses. Pour la troisième, c’est la présence d’intérêts. La dernière discerne en lui quelque chose comme une subjectivité (J-Y Goffi).
Pour beaucoup de défenseurs des droits des animaux dont Tom Regan la subjectivité est une valeur suffisante pour rendre aux animaux leurs droits à jamais reconnus. Cette subjectivité, c’est celle d’un être qui est le sujet d’une vie ; en gros un être qui vit et ce qu’il vit lui importe. Beaucoup d’animaux franchissent ce seuil. Ils ont donc des droits, lesquels ne sont ni négociables, ni échangeables et justifient qu’on s’interdise, à leur égard, toutes sortes de traitements.
Mais si on leur accorde des droits, quid des devoirs ? des obligations ? des responsabilités ? Ne serait-il pas plus agissant de préférer à la notion des droits de l’animal celle de devoirs de l’homme envers les animaux ?

Pour aller plus loin
Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’, Université de tous les savoirs, La Philosophie et l’éthique, Volume 11 Odile Jacob, 2002, p 104-108

Réhumanisation par le chien

05/07/2010

Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis  « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.

Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2). 
L’animal singulier La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).

 

Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud,  Et si un lion pouvait parler


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