Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Umwelt’

Mon chien, un convertisseur d’humanité

05/01/2012

C’est Romain Rolland qui disait : ‘L’ami qui te comprend te crée’. Mon chien est-il mon ami? C’est quoi un ami? Mon chien me comprend-il? Mon chien, mon ami, qui me comprend me crée-t-il?
Il est assez évident – pour moi -  que mon chien est un acteur important de mon évolution. Il n’existe pas de voies plus difficiles et plus intransigeantes que celle qui mène à l’intériorité. Vivre avec un chien et investir véritablement la relation, c’est fondateur de mon humanité. Nulle espèce ne peut se prévaloir d’être aussi intimement, universellement et primitivement associée à nous que le chien (Dominique Guillo, Des chiens et des humains, p. 35).
Mon chien est-il mon ami, celui qui me comprend et me crée?En un sens il est un ami parfait, car il me force à creuser en dedans de moi-même, à agir en dehors-de-moi-même, à me trouver pour entrer dans son monde (umwelt). Pour le découvrir il faut avoir atteint la limite de l’absurde des explications égocentriques ou rationnelles pures et arrivée là accepter son échec. Avec un chien, il se passe une sorte de migration dans le sens de sortir de soi pour mieux entrer, re-entrer en soi. Entre les deux, il y a un voyage, un parcours (du combattant). Sortie et entrée sont évidemment complémentaires mais supposent que l’entrée est plus emplie de connaissances ou d’acquis que la sortie.
Pour éduquer un chien – Sapi – il m’est nécessaire de rompre avec mes habitudes, de remettre en question mes précédentes options, d’accepter de changer, de passer par des niveaux différents afin d’acquérir un autre type de vision et peut-être de connaissance. En acceptant de me libérer des attaches relevant de mon égoïsme, de la manie de rapporter tout à moi-même, de mes erreurs d’interprétations fruits de mes tendances anthropocentriques, il devient possible alors d’acquérir la liberté qui appartient à ma condition d’être humain. Le chien mieux que quiconque nous montre ô combien nous sommes des exilés, nous vivons en dehors de nous.
En fait, mon chien c’est l’ami que je n’aurais jamais eu, celui qui m’aide à enfanter ma vie. Cette éclosion à soi se fait dans le silence des mots. Je deviens vivante avec. Je me convertis, car convertir ça veut dire devenir vivante, c’est revenir en dedans.

La réciproque est-elle seulement vraie?

Petites horreurs au quotidien

01/09/2011

Comment faire comprendre aux humains que Sapi parle et qu’il ne cherche – certes par une conduite pour le moment inadaptée – qu’un équilibre nouveau?

Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussi.
Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussiPour comprendre la vie de mon chien, il me faut savoir ce qui a du sens pour lui.
- Que perçoit Sapi? Que ces dernières semaines ont charrié leur lot de changements. Il a été chahuté émotionnellement. Que ces aventures ont un retentissement plus ou moins fort sur son équilibre psycho comportemental.
- Que voit-il? Qu’entend-il? Que sent-il? Qu’il doit ré-apprendre les bruits inconnus du voisinage, les odeurs environnantes nouvelles, les rythmes de vie quotidienne bousculés…
- Quel impact a-t-il sur le monde? Que dans son incessant va-et-vient entre son monde et le monde humain, Sapi doit s’adapter, cela peut s’exprimer à travers des conduites inattendues autant que gênantes parfois. Ainsi, Sapi a compris qu’en manifestant de façon bruyante et frappante – il jappe et lèche et saute – son affection et son désir de comprendre le monde dans lequel, désormais, il évolue, il avait un certain pouvoir. Or, ce rituel de salutation ne fait évidemment pas l’unanimité et surtout il n’est pas compris.

Les rencontres de voisinage entre Sapi et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les humains des actions du canin.
Sapi doit sentir, tout, c’est important pour re-créer son environnement et y trouver des repères. Il communique avec sa petite queue, son nez, ses oreilles et dans la moindre de ses postures. L’humain n’y voit qu’une intrusion doublée d’une agression sonore. Or aboyer est pour lui pertinent : l’autre voisin fait peur tant qu’il reste debout là à le regarder; cet aboiement d’avertissement met les choses au clair… mais juste pour Sapi et pour moi…. L’aboiement fait beaucoup de bruit (en nombre de décibels), surtout dans les couloirs ou dans l’ascenseur et donc est désagréable.

Alors, il me faut m’adapter aux difficultés de mon chien. Le TTouch l’aide beaucoup et le click-bonbon fait des merveilles.

Alors, il me faut m’adapter aux difficultés des humains. Leur expliquer que Sapi se trouve, pour le moment, abruptement confronté à une rupture des repères de son quotidien, qu’il est bien éduqué et que … La patience et l’indulgence sont requis face à certains comportements gênants pour ne pas ajouter encore un peu plus à sa maladresse ou à son possible désarroi.

L’animalité, essai sur le statut de l’humainEt leur partager l’unique merveilleux de ma relation à mon chien par des morceaux de ce que je crois savoir de lui…. Que d’ailleurs Sapi leur démontre une fois la connexion établie. Et ils y gagnent de prendre mon chien au sérieux, leur regard change. Entrent-ils pour autant dans notre communauté hybride?

C’est dans cet interstice que l’on voit surgir l’immense gouffre qui sépare le monde en deux blocs (au moins); ceux qui vivent avec un chien et pour lesquels le centre du monde est décentré et ceux qui placent l’homme au centre du tout et qui rejettent dans la marge tout ce qui est différent, autre, dérangeant, méconnu, incompris et qui assènent des petites horreurs anthropocanines qui ne sont que l’expression d’une incommunicabilité radicale entre êtres vivants.

Les clés de la violence

07/12/2010

L’une des caractéristiques les plus violentes de l’esprit occidental, c’est cette attirance incroyable et puissante pour le contrôle pur, y compris émotionnel et affectif. C’est particulièrement magnifier dans la robotique actuelle.

Il est peu probable contrairement à ce qu’affirme le ShopWiki Blog qu’un robot puisse permettre à l’enfant de s’éveiller et d’apprendre. Apprendre des logiciels ludo-éducatifs, c’est assez évident on parle de robot mais apprendre un chien, absolument pas, ces petites machines ne remplaceront jamais l’interaction avec un chien. Car interagir avec un animal apporte la satisfaction de besoins émotionnels fondamentaux comme le toucher et l’intimité d’une relation  enveloppante, dans une relation qui est sans danger sur le plan des complications émotionnelles (Jérôme Michalon).
En quoi ces produits issus de la technologie peuvent attendrir les enfants ? Le mode de vie réglé qu’implique le fait de partager sa vie avec un animal en chair et en os ; ou encore le caractère non ambiguë des sentiments exprimés par l’animal comme une source de confort émotionnel pour l’humain ; ça ne se retrouve pas avec un animal-robot.

Par contre un robot a ceci de simple : il ne nous force pas à réfléchir à notre comportement, à compenser notre handicap dans la compréhension de l’Umwelt canin, il ne nous renvoie pas nos biais de communication. Aussi sophistiqué soit-il, un robot animal ne peut faire ressentir les effets physiologiques du contact avec l’animal.

L’animal singulierDominique Lestel va plus loin : ‘la robotique autonome actuelle constitue la forme pure de la domestication – sans l’animal et pure parce que précisément sans animal’. (Animal singulier, p. 99)
Offrir un robot animal à votre enfant pour Noël c’est lui offrir les clés de la violence.

Le propre de l’homme a rétréci

23/11/2010

La raison des plus forts sous la direction de Pierre Jouventin

Pierre Jouventin nous dit en p 36-37:

Pour comprendre un animal, il faut entrer dans ’son monde’ (umwelt de von Uexküll). Ce n’est bien sûr pas simple quand l’espèce communique par signaux électriques, comme certains poissons, ou par ultrasons, comme les chauve-souris et les dauphins, ou quand elle ne voit pas comme nous. Doit-on cacher comme une tare que l’espèce humaine est l’une des rares du monde vivant à ne pas percevoir les ultraviolets qui doublent la palette de couleurs, en particulier celle des fleurs?
Les espèces sont incomparables dans tous les sens du terme. Il n’est pas facile d’évaluer précisément les capacités intellectuelles d’un animal quand on se considère comme naturellement supérieur, de ne pas mépriser un étranger surtout quand on compte l’asservir, de comprendre l’autre quand on vise d’abord à l’exploiter. Il n’y a pas non plus d’échelle des valeurs simple à coller sur nos performances comportementales et qui nous permettrait de les comparer objectivement avec celles des autres espèces, car si nous sommes des surdoués de la parole, nous sommes du même coup des sous-doués de la vision mais encore plus de l’olfaction: le monde sensoriel des chats et plus encore des chiens nous est, pour sa plus grande part, inaccessible sans que l’on en déduise pour cela qu’ils nous sont supérieurs!
D’ailleurs comment comparer précisément les capacités intellectuelles d’animaux aussi différemment doués, et en particulier leurs capacités langagières, quand on sait que les tests de quotient intellectuel (QI) ne sont pas extrapolables de notre culture occidentale à une autre, ceci donc chez la même espèce?

Le propre de l’homme a rétrécié ces dernières années… Le propre de l’homme n’est plus vraiment un problème de science et, comme le roi nu, il apparait pour ce qu’il est en vérité, un jugement de valeur, une simple question de point de vue.

Un petit coup d’Umwelt

25/01/2010

Pour comprendre ce que le chien saisit de son environnement et comment il appréhende le monde, rien de mieux que d’emprunter la voix du biologiste allemand Jakob von Uexküll. Le scientifique dit qu’il faut se pencher sur ce qui fait sens chez l’animal. Examiner l’environnement subjectif et la vision du monde canine c’est examiner son Umwelt.  Au début du XXè siècle, cela révolutionne l’étude scientifique des animaux.
Deux aspects sont fondamentaux dans cette démarche. D’abord qu’est-ce que le chien perçoit (par les yeux, les oreilles, le nez, la langue…). Ensuite quel impact le chien a-t-il sur le monde? Sur son monde? « Ces deux composantes – perception et action – définissent l’essentiel de l’univers pour tout être vivant. Chaque animal possède son propre Umwelt, que von Uexküll décrivait comme une bulle de savon dans laquelle chaque individu est pris » (1).
Soit dit en passant, il en va de même pour l’être humain qui se recroqueville dans son cocon ne laissant passer que quelques informations qu’il trouve essentielles et importantes, bref qui ont du sens. Cela veut dire que l’humain comme le chien ne perçoivent qu’une partie de l’univers, donc qu’ils créent une partie de leur univers avec des objets, des sensations, des habitudes… qui sont significatifs. Et que la partie de l’univers qui est spécifique pour l’humain n’aura peut-être –sûrement– absolument aucune espèce d’intérêt pour le chien. Ce qui engendre quelques dérapages car « les rencontres entre les chiens et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les hommes des gestes et des actions de leurs compagnons » (2).
L’Umwelt humaine et l’Umwelt canine se rencontrent pour créer une Umwelt anthropocanine. Il serait particulièrement intéressant et certainement riche d’enseignements si on pouvait repérer les éléments importants de l’univers d’un chien dans un univers médicalisé. Repérer les éléments pivots de l’univers chez un chien et chez un humain c’est devenir un peu l’objet de son étude.
C’est devenir anthropologue en terre inconnue.

1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion. 2009, p. 27
2/ Op. Cit. p.31


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