Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Tout sur la psychologie du chien’

Canimarcher et canicourir pour prévenir le vieillissement cérébral

26/10/2010

Les dossiers de la recherche No40Tout le monde le sait l’activité physique est bonne pour le corps… et pour la tête. La tête dans le sens : les capacités cognitives comme la mémoire et l’apprentissage sont améliorées avec des exercices réguliers ce qui ne signifie pas une activité physique extrême mais équilibrée. ‘L’activité physique régulière améliore l’humeur et la tolérance au stress, réduit l’anxiété et les risques de dépression’, indiquent Charles-Yannick Guezennec et Martine Duclos ( Chef de Service de Médecine du Sport et des Explorations Fonctionnelles du CHU Gabriel-Montpied de Clermont-Ferrand, Auvergne, France) dans ‘Les Dossiers de la recherche’ août 2010.
Tous les chiens ont besoin de marcher et de courir, c’est un besoin primaire, biologique, primordial, bref une nécessité. Tous les humains devraient marcher ou bouger au moins une heure trois jours par semaine. Pendant 6 mois, des études ont démontré que cela augmente le volume de la substance grise dans le cortex frontal et temporal. Les auteurs de l’article intitulé ‘Le sport change aussi la tête’ disent : ‘cela doit inciter les personnes – âgées – à poursuivre ou reprendre une activité physique même réduite : en plus d’une action positive sur l’humeur, ils maintiendront ou amélioreront leurs performances cognitives’.Tout sur la psychologie du chien
La canimarche et la canicross permettent au tandem humain-canin de vivre une relation dans une ‘organisation symbiotique’ pour reprendre les propos de Joël Dehasse (p 388 dans Tout sur la psychologie du chien). Ces deux sports/loisirs permettent au chien et à l’humain, chacun dans leurs compétences, de développer des aptitudes souvent insoupçonnées d’endurance, de jeu… ‘Il ne s’agit plus de hiérarchie de pouvoir mais d’une multiplicité de hiérarchies de compétences’, dit le vétérinaire comportementaliste. L’humain doit faire confiance à l’intelligence du canin qui le guide. D’autant que tout chien peut tracter une ‘charge’ pesant jusqu’à 3 fois son poids. Le chien comme membre du groupe social humain saisit ce que veut ce dernier et se ‘prend’ au jeu. Comme animal d’apprentissage (on parle ici du chien ET de l’humain), c’est dans le plaisir et le jeu que doivent se dérouler les activités physiques…
Finale-course-championnat du monde Dryland 2009Chaque jour, à chaque interaction le co-univers canin-humain se renforcit si et seulement si l’humain donne au chien des moyens de s’épanouir. L’activité de bouger avec son chien a donc un effet indéniable sur le psychisme humain et… canin. Comme l’entrainement augmente les capacités d’apprentissage, la canimarche et la canicross sont des phénomènes anthropocanins qui unissent en un effort commun – mais un effort différent – deux espèces. On ne parle pas de meute au sens éthologique du terme. Même si cette métaphore est très répandue et facile de maniement, elle n’en reste pas moins teintée des relents d’organisation dans laquelle l’homme est placé dans un rôle dominant, le fumeux ‘mâle alpha’. On parlerait plutôt de co-entraineurs. Le chien aide l’humain à avancer en tirant dans son harnais. Incidemment, il en est canalisé. L’humain fait de l’exercice et offre au chien la capacité d’apprendre par lui-même quand les événements désirés sont renforcés. C’est l’attention humaine et l’attention canine qui permettent à l’un et à l’autre d’anticiper les faits et gestes et de lire l’un dans l’autre. Et d’avancer vers la bonne humeur et la santé mentale.
En étant devant l’humain, le chien marche ou court vers l’avenir un pas devant nous!

La conscience de soi passe par la peau*

19/04/2010

Le toucher est un indicateur de relation. Comme tous les modes de communication, le toucher fait l’objet d’interdits et de recommandations socialement codifiés. Toucher un inconnu est très souvent considéré comme une violation (d’où le fait qu’un tel acte, même accidentel, est suivi d’excuses ou d’échanges réparateurs), en même temps qu’accepter de se laisser toucher c’est accepter la pénétration d’un autre dans sa sphère intime (Cf. Véronique Servais).
caresser un chienOr, ces tabous sociaux sautent lorsqu’il est question de caresser un animal. Le toucher est un sens privilégié dans l’interaction entre humains et chiens. Ils sont rares les patients qui ne demandent pas de voir et caresser un chien. Ils sont rares aussi ceux qui caressent sans mot dire. Comment interpréter l’effet de cette caresse?
Il y a plusieurs formes de toucher et le psychiatre Aaron Katcher a observé, dans les cliniques vétérinaires, une forme de toucher particulière : c’est un jeu distrait (Idle play) de la main dans la fourrure de l’animal (gratter, chatouiller, jouer dans les poils). Ce qui reste très proche du grooming (épouillage ou toilettage social) des primates à fourrure. Ce toilettage social est une conduite instinctive réciproque qui a notamment pour fonction de créer des liens et d’apaiser les tensions dans un groupe. Véronique Servais relate :

singe_epouillageQuand un animal en toilette un autre (à la recherche de parasites), il se détend, tout comme son partenaire. Quand les conflits sont fréquents dans un groupe de primates, par exemple en cas de changements dans la hiérarchie, la fréquence de toilettage social augmente également, car les animaux éprouvent le besoin de se rassurer et de s’apaiser en toilettant leurs amis, alliés, parents.

Certains auteurs ont avancé (1) que le contact avec la fourrure d’un animal de compagnie pouvait avoir ce même effet apaisant, rassurant et relaxant qu’avait le toilettage social chez les ancêtres primates. Ainsi, pouvoir toucher la fourrure d’un animal permet la satisfaction de ce besoin essentiel. En tant que focalisateur de l’observation sans nécessairement passer par l’usage de la parole, la caresse est communication anthropocanine. L’interaction avec l’animal est, dès lors, significative. Ce sont autant d’éléments sur lesquels une démarche thérapeutique peut s’appuyer.
Des expériences animales nous ne comprenons celles-ci que dans la mesure où elles correspondent aux nôtres. Pour l’être humain, les effets physiologiques du contact avec l’animal sont corrélés. Mais pour le chien?
Tout sur la psycho du chienLe corps du chien est plein de récepteurs tactiles dans l’épiderme, explique le Dr Joel Dehasse. Toutefois, la tolérance au toucher varie d’un chien à l’autre. Les zones les plus tolérantes au contact son la poitrine, le contact avec le dessus de la tête et la nuque sont acceptés par les familiers, pas par les inconnus…. Rares sont les chiens familiers qui ne cherchent pas le contact intime peau contre peau avec l’être humain ou au moins sa proximité en se couchant contre lui à quelques centimètres.
Animal et humain « font système », il y a contagion des émotions. Toutefois il est crucial de respecter l’espace personnel du chien avant que la main qui fourrage n’aille trop loin. Comme le précise le vétérinaire comportemenaliste dans son dernier ouvrage ‘Tout sur la psychologie du chien’:

Dans l’interface de la caresse et de la douleur, il faut savoir que les voies nerveuses du contact et de la douleur sont globalement les mêmes et que, dès lors, un contact prolongé et répété peut devenir désagréable et douloureux. p 291

*http://www.larecherche.fr/content/actualite-sapiens/article?id=27180

1/ Bernard, Philippe et Demaret, Albert. 1997. Pourquoi possède-t-on des animaux de compagnie ? Raisons d’aujourd’hui, raisons de toujours. In Bodson, Liliane (Ed.) L’animal de compagnie : ses rôles et leurs motivations au regard de l’histoire. Liège, Université de Liège, pp 119-130

2/  Tout sur la psychologie du chien, Joel Dehasse, Odile Jacob, 513 p


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