Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘TAC’

Une méthode pour prouver les effets de la TAC

08/06/2010

Il est désormais temps de s’intéresser à la signification de la relation anthropozoologique observable sur le terrain en situation thérapeutique. L’animal être de conscience – le chien évidemment – est en interaction, un être de sens, un être de liens. L’animal est sujet qui offre à l’homme un miroir plus ou moins déformant, donc plus ou moins acceptable. Les expériences de TAC sont productrices d’existence, elles sont « le lieu de création de liens multiples et non univoques entre les théories et les pratiques qui en constituent d’abord naissance d'une théorie éthologiqueles outils et ensuite les conséquences » (‘Naissance d’une théorie éthologique’ Vinciane Despret, p.29). Autre point, il est illusoire de croire que dans la triade thérapeutique les uns n’influencent pas les autres, les uns sont éléments de l’expérience de l’autre, une des variables. À trop vouloir quantifier ce qui prouve l’efficience de la TAC on passe à côté des relations particulières qui se sont nouées à un moment particulier dans un environnement particulier. Parce qu’il ne faut pas se leurrer chacun des intervenants – le chien compris – est « pris à l’intérieur d’une hypothèse plus fondamentale que l’hypothèse à laquelle il travaille » (p.31)
Il semblerait qu’à ce jour les recherches de TAC à travers les questions qu’elles posent et les réponses qu’elles apportent racontent « nos croyances, nos utopies et la manière dont nous construisons ce qui nous définit et nous constitue par rapport à l’animalité » (ibid, p.34). Ainsi le contexte de justification permet de comprendre comment on en arrive à l’interprétation. C’est ainsi que Franklin et al.  proposent une méthodologie destinée à mieux appréhender la relation humain/animal, pour notamment comprendre ses liens avec des bénéfices pour la santé humaine. Ils décrivent ainsi un programme de recherche, décliné en 4 types de collecte de données :
(1) l’observation directe et régulière des interactions humain/animal dans des contextes ordinaires (création d’éthogrammes)
(2) l’observation et l’analyse d’enregistrements vidéos, tournés à partir de caméras placées dans les lieux domestiques
(3) conduite d’entretiens des acteurs humains
(4) l’analyse des carnets et/ou journaux tenus par les humains à propos de leur relation avec l’animal.
Ce programme prend pour unité d’observation la relation ordinaire entre les humains et les animaux ; le but étant d’expliquer comment la signification de celle-ci peut être un élément bénéfique pour la santé.

Pour  aller plus loin
Franklin, A., M. Emmison, D. Haraway and M. Travers (2007). « Investigating the therapeutic benefits of companion animals: Problemszootherapie-asso and challenges. » Qualitative sociology review III Animals & people(1 Special issue – People and Animals. On the problem of intersubjectivity in interactions of humans and animals): Pp 42-58. P 46. 

Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

TAC ou zoothérapie ?

13/12/2009

La thérapie assistée par la chien et la zoothérapie sont deux approches globales de la santé misant sur les liens ancestraux existant entre l’homme et le chien. Le chien bien ancré dans les mémoires affectives et sociales constitue un outil thérapeutique puissant s’il est utilisé adéquatement. Voici deux définitions de la zoothérapie et de la TAC. Les écoles établissant une différence entre les deux appellations. Pourtant dans les faits….

Institut français de zoothérapie
« La zoothérapie est une médiation qui se pratique professionnellement en individuel ou en petit groupe de deux ou trois personnes maximum, à l’aide d’un animal familier, consciencieusement sélectionné et éduqué, sous la responsabilité d’un professionnel appelé ‘zoothérapeute’ dans l’environnement immédiat de personnes chez qui l’on cherche à éveiller des réactions visant à maintenir ou améliorer leur potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif ».
Miser sur le lien homme-chien

Zoothérapie Québec 
«La thérapie assistée par l’animal est une activité qui s’exerce sous forme individuelle ou de groupe à l’aide d’un animal familier, soigneusement sélectionné et entraîné, introduit par un intervenant qualifié dans l’environnement immédiat d’une personne chez qui l’on cherche à susciter des réactions visant à maintenir ou à améliorer son potentiel cognitif, physique, psychosocial ou affectif. Les activités de zoothérapie sont réalisées par des intervenants qui possèdent une formation dans un domaine des sciences humaines, de la santé ou de l’éducation. Les bénéficiaires sont autant des enfants, des adolescents, des adultes que des personnes âgées. Ces personnes sont aux prises avec des problèmes d’apprentissage, de santé mentale et de déficience intellectuelle, des troubles du comportement, des déficits cognitifs, des retards du développement, des maladies dégénératives et des handicaps physiques. La plupart expriment peu ou pas leur besoins. Elles sont isolées sur le plan social et familial, ont souvent des problèmes ou des handicaps multiples et souffrent émotionnellement et psychologiquement. On les retrouve dans des écoles spécialisées, des centres hospitaliers et de soins de longue durée, des hôpitaux psychiatriques, des centres de réadaptation et des ateliers de travail ».

La rencontre de deux sociétés distinctes

12/10/2009

La thérapie assistée par le chien (TAC) est une approche thérapeutique qui favorise les liens naturels et bienfaisants entre les humains et les animaux, à des fins préventives, thérapeutiques ou récréatives aussi bien auprès des personnes âgées, des personnes handicapées physiques ou cognitives, de jeunes défavorisés, des enfants en milieu hospitalier, des enfants en échec scolaire, des personnes souffrant de troubles psychologiques, etc. Une méthode dans laquelle l’homme et l’animal forment une société distincte ou ‘hybride’ (Cf. Dominique Guillo et Dominique Lestel[1]). Pour saisir la portée de la thérapie assistée par l’animal ou zoothérapie, on doit aborder la complexité des rapports avec les animaux. « Il existe au sens littéral d’authentiques sociétés mixtes formées à la fois d’humains et de chiens transversales aux sociétés humaines et que l’on peut qualifier d’anthropocanines. Dans une telle perspective, les chiens ne sont pas considérés comme des objets constituant l’ameublement de la société humaine, mais comme les membres à part entière d’une société globale composée de deux espèces »[2].
On peut aller jusqu’à dire qu’il existe une sorte de personnalité de base propre à chaque culture anthropocanine, c’est-à-dire un modèle moyen de conduites et de dispositions propres à chaque groupe social concret formé par ces deux espèces. Décrire la relation homme-animal dans le soin et sous cet angle permet de faire ressortir des phénomènes qui apparaissent avec nettement moins d’acuité sous un autre éclairage. Nier le potentiel thérapeutique de la société anthropocanine dans le soin, c’est être dans le déni de la relation patient-animal.


[1] Lestel, Dominique. Les amis de mes amis, Seuil

[2] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 293

Une solution thérapeutique complémentaire: la TAC

01/10/2009

La portée thérapeutique des interventions de thérapie assistée par le chien (TAC) est de mieux en mieux documentée et rapportée dans de nombreux articles scientifiques.
Mais….
Les expériences savamment encadrées dans les centres hospitaliers du Québec se multiplient. Les chiens médiateurs, impliqués dans toutes ces séances rencontrent des normes préétablies de santé, de comportement et d’éducation. Il va sans dire que la thérapie assistée par le chien en milieu institutionnel est encadrée par l’observation de règles élémentaires mais strictes de prudence, d’éthique et de sécurité. Or, la TAC rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux chiens dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ – si chères au monde biomédical – ne sont jamais suffisamment évidentes pour une raison élémentaire : la société anthropocanine ne fait pas partie des cas de figure envisageable. Car, « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Ainsi, le lien immémorial avec le chien n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, d’autant plus que « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Il existe, pourtant, une culture et une société propres aux chiens et aux humains en situation de soins. Le corps médical est-il préparé à accueillir cette relation triangulaire chien-patient-soignant travaillant en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…?


[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004

[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53

[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289


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