Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘solitude’

Drôle de rôles

03/06/2011

Consolation par le chienAlors que Pierre Schultz y voit une consolation et préfère citer en p. 143, Jean Rostand avec son ‘Ne pas ajouter à la démence du réel,  la niaiserie d’une explication’, il n’en reste pas moins qu’il est important de comprendre quel rôle joue le chien dans notre vie.
Le chien réconforte le narcissisme des humains, il agit comme un baume, donne cette impression de plénitude. Il est un accessoire (le mot est juste) de puissance de l’homme, comment? Le chien est un être serviable, gentil, dépendant, ‘La relation au chien n’illustre-t-elle pas l’instinct d’obtenir de rallier des courtisans? Est-il si agréable et si nécessaire d’avoir des courtisans qu’il faille se consoler de leur absence avec des substituts animaux? Cette question est-elle inepte?, se questionne Pierre Schultz, médecin avec une formation en psychiatrie, en psychopharmacologie et en neurosciences cliniques… Le chien procure cette sensation de fusion avec l’univers, ‘L’affection de l’homme pour le chien participe-t-elle à la croyance à un monde meilleur, à l’idée d’un monde perfectible, ou aux regrets quant au passé?, demande-t-il en p.145. Comme image gratifiante que nous renvoient les yeux de l’animal, ce dernier nous trouve toujours aimable- tel est le service éminent qu’il nous rend. Éminent?…
Un psychiatre, le professeur Guyotat, a inventorié les positions que notre psychisme peut assigner à l’animal. Il distingue l’animal comme représentant tantôt une partie du moi tantôt la totalité du moi – image de reconnaissance, unifiante pour un individu ou un groupe. L’animal phobique grâce à la projection opérée sur lui, rend possible le maintien de certaines relations avec telle ou telle personne de l’entourage. L’animal comme objet narcissique  vient combler la solitude ou la frustration. L’animal comme objet symbiotique, c’est l’objet avec lequel on n’a pas de limites. Tout ce qui est vécu par l’animal passe dans l’homme et inversement. L’animal exprime l’homme et parfois des troubles d’origine psychosomatique nécessitant une intervention médicale. Fétiche ou souffre-douleur, l’animal peut être enfin l’objet transactionnel ou transitionnel. Il fonctionne alors dans un groupe comme un bien d’échange et surtout comme un objet à tout faire : à caresser, à torturer, à suralimenter, à interpeller… (extrait tiré de Françoise Armengaud, ‘˝ L’urbanimalisation˝ et les droits de l’animal’ in Universalia, Encyclopaedia Universalis, 1978, p.440-441).

Or voilà les constats ci-dessous sont intéressants, poussent à la réflexion sauf…. Qu’ils sont emprunts d’anthropomorphisme. ‘L’animal n’est plus et ne devrait jamais plus être un alter ego, effet pernicieux de l’anthropomorphisme bêtifiant, toujours infantilisant, parfois délirant’ dit Christian Talin dans son Anthropologie de l'animal de compagnieAnthropologie de l’animal de compagnie. Incidemment, ces concepts théoriques regardent l’amour fusionnel avec l’animal de compagnie en faisant fi de l’environnement de l’animal, de son monde spécifique. En offrant des avenues théoriques de même, on entre en pleine violence, celle de déterritorialiser l’animal et de le forcer à venir hanter un autre territoire : le nôtre.  Il est bon de devoir donner sens à ce qui se passe pour rendre le monde un peu plus intelligible mais pas au détriment d’êtres conscients ! En réduisant l’animal à du déjà-connu. ‘L’animal est un être aux aguets. L’irréductible altérité animale relève de la sensibilité et d’un agencement. Le nivelage forcené de l’anthropomorphisme nie l’autre-animal’, poursuit le philosophe.

Il y a bien d’autres Anthropomorphismemanières de chercher les intentions.  Véronique Servais utilise l‘empathie: ‘ L’empathie en revanche implique un changement de perspective : percevoir les choses du point de vue d’autrui. L’empathie suppose une réorganisation de la perception et la découverte d’un nouveau point de vue. Pour ce qui concerne les animaux, l’empathie repose sur une bonne connaissance de leur histoire naturelle, de leur système perceptif, de leur répertoire comportemental et de leur système de communication. Il faut tout cela pour commencer à voir l’animal évoluer dans son monde, forcément différent du nôtre. L’anthropomorphisme c’est ramener le différent à du connu. S’il y avait de l’empathie dans ces interprétations, une réelle volonté de comprendre le sens des comportements des animaux ‘de leur point de vue’

 Je me porte en faux avec l’affirmation de  Pierre Schultz et je crois profondément que ‘La consolation par le chien’ nous enjoint d’appréhender l’existence dans son mystère et son immensité, au-delà de toute réponse donnée par la science, la philosophie ou la religion, même si la diversité des choses pourrait être telle que nous ne connaissions jamais qu’une infime partie du monde, de notre environnement proche et de nous-même; alors faisons en sorte d’au moins tenter de comprendre la relation particulière qui nous lit particulièrement à ce chien en particulier dans cette situation particulière dans cette espace-temps donné.

Tout type de chien en zoothérapie ? suite 2

04/02/2010

Suite à notre post d’il y a deux jours concernant le choix d’un berger allemand dans un projet de zoothérapie à Namur-Belgique. Christophe, infirmier chef de service dans un hôpital neuropsychiatrique, poursuit son explication.
Les deux craintes principales par rapport à ce chien sont les suivantes:Développer l'immense capacité relationnelle du chien

  1. Il supporte très mal la solitude mais si notre projet se construit comme nous le souhaitons, il sera intégré à part entière dans le fonctionnement communautaire et ce sera donc une chose à laquelle il ne sera pas confronté
  2. Sa loyauté et sa fidélité sans limites envers son maitre ne seraient elles pas un obstacle à son ouverture et à sa réceptivité envers tous les autres intervenants?
    Par rapport à cela, il est clair que ce chien aura un guide officiel, une référence…un maitre, et celui ci sera un des thérapeutes. Cette source de repères est vitale pour ce chien. Ensuite, concernant tous les autres intervenants dans le projet, je pense sérieusement qu’il se comportera envers eux comme il le ferait au sein d’une famille nombreuse sans que cela ne lui pose de problème majeur.

Christophe a pratiqué les sports caninsavec son chienVoilà en quelques lignes certains atouts du berger allemand que nous pourrions mettre en lumière au service de nos patients, je me limite car il y en a beaucoup d’autres mais bon, sur ce coup là j’ai un peu peur de perdre mon objectivité tant mon respect, mon amour et mon admiration pour ce chien sont immenses.
 Nous ne pensons toutefois pas travailler exclusivement avec le berger allemand, nous commencerions avec deux chiens, un berger allemand et un labrador. Cela permettrait d’avoir un panel de réponses assez large afin de répondre aux besoins de nos patients pour débuter ce projet.

La quadrature des données probantes

16/09/2009

La pratique clinique en santé est fondée sur les données probantes («Evidence-Based Practice») qui consistent à exercer son travail de professionnel de la santé en intégrant les meilleures preuves scientifiques à l’expertise clinique et aux valeurs du patient.
Or, il y a « peu de recherches s’attardant à l’analyse des effets de l’interaction patient/animal »[1] bien qu’il y ait plusieurs types de présences animales en institutions et aussi plusieurs types d’institutions d’accueil.
Il y a le patient résidant dans un établissement pour personnes retraitées qui a reçu l’autorisation de garder son animal personnel. Il y a le chien résidant ou ‘mascotte’ dans un foyer de personnes retraitées autonomes ou en perte d’autonomie, voire en CHSLD, là tout le monde (personnel y compris) donc personne n’en est le maître et le chien n’a plus de repères. Et puis, il y a le chien visiteur qui n’habite pas sur place mais qui ‘visite’ les clients/patients selon une charte très stricte. « Du fait des horaires appliqués, du caractère strict et formel de sa prestation, c’est la formule rêvée pour les personnes à mobilité réduite, qui ont besoin d’un réconfort ou d’une distraction mais ne peuvent s’occuper d’un animal »[2]. La présence d’un chien dans un service de gérontologie ou de pédiatrie « s’inscrit dans un projet de soins et de vie pour les personnes âgées ou les enfants, mais il s’accompagne obligatoirement d’un code de bonne conduite pour éviter tout problème d’hygiène et de sécurité que sa présence serait susceptible d’introduire »[3], explique Mme Catherine Barthalot.
La thérapie assistée par le chien (TAC) est une méthode qui favorise les liens naturels et bienfaisants entre les humains et les animaux, à des fins préventives, thérapeutiques ou récréatives. En ce sens, la TAC s’inscrit dans une démarche pluridisciplinaire d’intervention. Comme approche globale de la santé, la thérapie assistée par le chien permet d’interagir et d’offrir aide et soutien à des personnes âgées, des enfants, adolescents, détenus, personnes présentant des handicaps intellectuels et physiques, etc. Elle s’est montrée très efficace pour différents problèmes concernant : les rapports avec autrui, l’éducation, les troubles de la personnalité, l’attention et la concentration, la dépréciation de soi, la dépression, la délinquance, la violence, la solitude et l’isolement[4]. Plusieurs bénéfices découlent du contact affectif entre le chien et l’aîné en perte d’autonomie ou l’enfant hospitalisé, comme celui de stimuler les repères dans le temps, dans l’espace (par le biais des jeux et des ballades en laisse…), de travailler la dimension motrice, de favoriser les effets sur l’attention, la mémoire, la prononciation….
Pourtant, « il y a peu de documentation sur le sujet et lorsqu’il y en a, il s’agit souvent d’initiatives sectorielles qui ne sont pas véritablement regroupées dans une perspective globale »[5], c’est pourquoi la TAC reste cantonnée à une pratique complémentaire qui doit se battre pour faire la démonstration de son efficacité et de sa validité.

 

 


[1] Bernatchez A. « Les bienfaits de la thérapie assistée par l’animal auprès d’une population de personnes atteintes de la démence de type Alzheimer », Animots, Montréal

[2] Vuillemont J.L, « L’animal en institution », Soins gérontologie, 2000 ; 23 : 3-15

[3] Barthalot C. « Mise au point : Animation thérapeutique et thérapie facilitée par l’animal » Soins gérontologie, 2001, no30, pp. 41-44

[4] Bernatchez A. « Les bienfaits de la thérapie assistée par l’animal auprès d’une population de personnes atteintes de la démence de type Alzheimer », Animots, Montréal

[5] Zoothérapie Québec. http :www.zootherapiequebec.ca


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