Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘société anthropocanine’

Le triplet thérapeutique

13/03/2010

La thérapie assistée par le chien rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux animaux dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ ne sont jamais suffisamment évidentes dans les études faites sur la thérapie assistée par le chien, car la société anthropocanine est rejetée stricto sensu. « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Plus fondamentalement le lien immémorial avec l’animal – le chien en l’occurrence – n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, car « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Ainsi on peut dire qu’il existe une culture propre aux chiens et aux humains en situation de soins – deux sociétés distinctes – dans un triplet de personnalités : l’une pour les chiens, l’autre pour les patients et enfin le dernier pour le corps médical. Le corps médical lorsque préparé et peut-être en désespoir de cause (les programmes de zoothérapie dûment implantés en centre hospitalier le sont, par exemple, dans des services de pédo-oncologie) s’ajuste à la triangulation entre; animal avec ses caractéristiques et son caractère, le patient avec son histoire et le zoothérapeute avec ses connaissances qui travaille en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…

 


[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004

[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53

[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289

On peut devenir chien

04/10/2009

Il y en a qui ont un rêve, d’autres rêvent qu’ils sont un chien… Olivier Sacks, dans ‘L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau‘ (Ed. Seuil, Collection Points, 1990) le détaille parfaitement bien dans son 18e chapitre.
Et qu’est-ce que çà fait d’être un chien?
Être chien c’est être nez DSC00056c’est évoluer dans un univers olfactif incroyablement riche de nuances, de senteurs, de perspectives évocatrices. C’est comme si le monde se sculptait en fonction des parfums. C’est difficile pour un spécialiste du visuel de concevoir ce monde-là, mais imaginons: le chien ne touche pas le monde avec ses yeux il le ressent avec sa truffe, tout prend soudain une profonde signification, là ou il voit une banale chaise, son piff lui dit: c’est la chaise de la madame d’à-côté, le soir, elle remue dessus dans son tablier sur lequel elle a essuyé ses mains après avoir retourné le ragout de viande, la chaise sent aussi le chat, ce foutu niaiseux qui me nargue chaque jour par la fenêtre, en plus le chat de la dame d’à-côté aime se frotter contre ses genoux qui sont collés sur les pieds de la chaise, alors tout çà, çà donne qu’il y a des poils de chat qui s’y déposent, çà pue le chat cette chaise! En plus, la chaise a des relents de cirage quelle idée d’y appliquer ces produits qui font briller, pis c’est le monsieur de la dame d’à-côté qui a appliqué cet onguent croyant bien faire il avait les mains sales d’avoir travaillé dans l’établi à peaufiner les pièges à rats qui empestent le nuisible. Mais le nec plus ultra, c’est que sur cette chaise, la chienne de la soeur de la dame d’à-côté a posé sa délicate odeur, une sensation de plaisir, une odeur de sainteté.
Le chien renifle tout avec son nez qui sont ses yeux comme les yeux d’homme sont son outil pour percevoir le monde, bien piètre moyen qu’il a là… Et si l’homme entrait dans la peau d’un chien, les odeurs deviendraient multidimensionnelles et représentaient ‘davantage qu’un monde de simple plaisir ou déplaisir, ce serait toute une esthétique, tout un jugement, toute une signification nouvelle’ qui l’environnerait. ‘Un monde concret d’une spécificité irrésistible, un monde d’une immédiateté, d’une signification immédiate écrasante’.
Au cours de l’évolution, voilà le deal qui s’est produit: pendant que l‘homme développait sa vision, le chien développait son odorat, échange de bons procédés pour une société anthropocanine distincte.
Bah voilà, çà donne raison à Freud cette histoire-là : en se redressant sur ses pattes, l’homme perd l’usage de sa protubérance nasale; désormais il ne peut plus renifler le derrière de ses congénères!

Une solution thérapeutique complémentaire: la TAC

01/10/2009

La portée thérapeutique des interventions de thérapie assistée par le chien (TAC) est de mieux en mieux documentée et rapportée dans de nombreux articles scientifiques.
Mais….
Les expériences savamment encadrées dans les centres hospitaliers du Québec se multiplient. Les chiens médiateurs, impliqués dans toutes ces séances rencontrent des normes préétablies de santé, de comportement et d’éducation. Il va sans dire que la thérapie assistée par le chien en milieu institutionnel est encadrée par l’observation de règles élémentaires mais strictes de prudence, d’éthique et de sécurité. Or, la TAC rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux chiens dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ – si chères au monde biomédical – ne sont jamais suffisamment évidentes pour une raison élémentaire : la société anthropocanine ne fait pas partie des cas de figure envisageable. Car, « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Ainsi, le lien immémorial avec le chien n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, d’autant plus que « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Il existe, pourtant, une culture et une société propres aux chiens et aux humains en situation de soins. Le corps médical est-il préparé à accueillir cette relation triangulaire chien-patient-soignant travaillant en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…?


[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004

[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53

[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289


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