Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘sens’

Reprendre le contact perdu avec le monde

03/01/2012

La thérapie assistée par l’animal (TAA) c’est  non pas la stimulation de la parole qui est objet d’attention, et l’émergence d’un sens à construire et partager, mais plutôt la stimulation de sens.
Thérapie par l'animal: stimulation de sensLes résultats obtenus par de nombreux chercheurs sont éloquents sur l’apport de la TAA : au niveau physiologique, il a été démontré que caresser un animal de compagnie réduit de manière significative la pression artérielle, la température de la peau et le rythme cardiaque… . Sur le plan psychologique (Barthalot, 2001) :

L’animal facilite la maturation psychoaffective et psychomotrice des adolescents, il canalise et contient l’agressivité…. Il fournit un substitut de
contacts humains permettant au malade de ne pas perdre, même provisoirement, son image corporelle. Sa simple présence peut favoriser l’apparition de sentiments positifs et de confiance en soi chez les personnes fragiles et démunies
….
Le patient a tendance à se laisser aller moins facilement, voire à se dépasser, à oublier ses difficultés quand il joue à la balle avec un chien, quand il le brosse ou se penche pour le caresser et le câliner. L’animal devient alors un déclencheur de communication

La relation thérapeutique avec l’animal a de multiples effets : diminution du sentiment de solitude, de l’anxiété, de la pression artérielle, de la prise de médicaments, amélioration de la forme physique, augmentation du sentiment d’utilité, amélioration de l’estime de soi, ce qui facilitent les relations sociales et dévient l’attention, responsabilisation, respect, plaisir et divertissement.
« Par l’intermédiaire des soins, formes variées d’attention à l’autre qui interviennent dans diverses pratiques thérapeutiques », il y aurait cette possibilité d’une relation d’aide comme la TAA qui permet de réconforter, fournir à la personne un lieu d’expression verbale et non-verbale, de ses émotions (dépression, douleur, isolement, frustrations), offrir un contact non menaçant par le biais d’un animal à une personne refusant toute forme d’échange, aide à l’intégration d’une personne nouvellement arrivée dans un milieu d’hébergement, valorisation et estime de soi. Cette pratique d’accompagnement est « un travail de connexion entre soignants et soignés en quête d’unité » (Saillant et Gagnon, 1999) et par l’intermédiaire d’une tierce ‘personne’, un animal qui a pour fonction de stimuler les fonctions cognitives supérieures chez le patient grâce à toutes sortes de stimulations sensorielles au niveau du toucher (fourrure, chaleur, contact, proximité, léchage…) et du visuel (couleurs, grosseurs, races, jeux, messages…). Et par le biais de tout ce qui touche les activités perceptivo-motrices comme marcher, flatter, brosser, jouer, préserver les habiletés physiques résiduelles et les comportements sociaux : sourires, les rires, les regards, les toucher, la verbalisation, le fait d’appeler le chien, etc.

Pour aller plus loin:
Barthalot Catherine: Mise au point : Animation thérapeutique et thérapie facilitée par l’animal, Soins gérontologie, 30 : 41-44 , 2001

Saillant, Francoise et Gagnon. Éric: Soins, corps et altérité. Anthropologie et sociétés. 1999, 23 :2, 1999

Cyrulnik. Boris & Digard. Jean-Pierre  & Picq. Pascal: La plus belle histoire des animaux, 2000

Une méthode pour prouver les effets de la TAC

08/06/2010

Il est désormais temps de s’intéresser à la signification de la relation anthropozoologique observable sur le terrain en situation thérapeutique. L’animal être de conscience – le chien évidemment – est en interaction, un être de sens, un être de liens. L’animal est sujet qui offre à l’homme un miroir plus ou moins déformant, donc plus ou moins acceptable. Les expériences de TAC sont productrices d’existence, elles sont « le lieu de création de liens multiples et non univoques entre les théories et les pratiques qui en constituent d’abord naissance d'une théorie éthologiqueles outils et ensuite les conséquences » (‘Naissance d’une théorie éthologique’ Vinciane Despret, p.29). Autre point, il est illusoire de croire que dans la triade thérapeutique les uns n’influencent pas les autres, les uns sont éléments de l’expérience de l’autre, une des variables. À trop vouloir quantifier ce qui prouve l’efficience de la TAC on passe à côté des relations particulières qui se sont nouées à un moment particulier dans un environnement particulier. Parce qu’il ne faut pas se leurrer chacun des intervenants – le chien compris – est « pris à l’intérieur d’une hypothèse plus fondamentale que l’hypothèse à laquelle il travaille » (p.31)
Il semblerait qu’à ce jour les recherches de TAC à travers les questions qu’elles posent et les réponses qu’elles apportent racontent « nos croyances, nos utopies et la manière dont nous construisons ce qui nous définit et nous constitue par rapport à l’animalité » (ibid, p.34). Ainsi le contexte de justification permet de comprendre comment on en arrive à l’interprétation. C’est ainsi que Franklin et al.  proposent une méthodologie destinée à mieux appréhender la relation humain/animal, pour notamment comprendre ses liens avec des bénéfices pour la santé humaine. Ils décrivent ainsi un programme de recherche, décliné en 4 types de collecte de données :
(1) l’observation directe et régulière des interactions humain/animal dans des contextes ordinaires (création d’éthogrammes)
(2) l’observation et l’analyse d’enregistrements vidéos, tournés à partir de caméras placées dans les lieux domestiques
(3) conduite d’entretiens des acteurs humains
(4) l’analyse des carnets et/ou journaux tenus par les humains à propos de leur relation avec l’animal.
Ce programme prend pour unité d’observation la relation ordinaire entre les humains et les animaux ; le but étant d’expliquer comment la signification de celle-ci peut être un élément bénéfique pour la santé.

Pour  aller plus loin
Franklin, A., M. Emmison, D. Haraway and M. Travers (2007). « Investigating the therapeutic benefits of companion animals: Problemszootherapie-asso and challenges. » Qualitative sociology review III Animals & people(1 Special issue – People and Animals. On the problem of intersubjectivity in interactions of humans and animals): Pp 42-58. P 46. 

Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

Le chien voit ce que je veux dire

10/10/2009

Le visage que possède chaque personne n’est pas une intuition que l’humain découvre en observant ses traits. « Lorsque deux hommes communiquent, ce sont leurs apprentissages inconscients, leurs automatismes culturels qu’ils expriment » , disait Henri Laborit. Le chien, lui, parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions. Serait-il plausible qu’il apprenne le sens de son maître, que le chien soit apte à saisir la présence qui parle en l’humain, la présence que le chien voit passant outre la constitution de la personne, en allant à l’essentiel.
Par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit. Il entend et voit différemment d’un humain. Il va jusqu’à des niveaux que le moi n’imaginerait pas tout seul, il entend des mots, des instructions que le moi ne peut entendre et il suit ce qu’il a entendu…..  L’ouïe du canidé va au-delà de ce qu’entend l’oreille humaine.
Il entend intuitivement le travail en profondeur, la musique profonde, les mystères profonds de la psyché humaine.
Le chien représenterait-il la psyché instinctive, lui qui entend au-delà des mots ? Or, lire le monde et ses signes, c’est atteindre à la compréhension c’est-à-dire au ‘prendre avec’.

Nous ne sommes pas seuls

09/09/2009

L’Homme existe sous le regard de l’Autre… poilu. L’animal de compagnie, le chien, est une présence. Il incarne une altérité porteuse de sens. Depuis des millénaires, il évolue aux côtés de l’humain dans un environnement d’artefacts humains. Il en a appris ses sens, ses significations. Il en a tiré des attitudes, des comportements. Il en est génétiquement modifié. Il en a acquis une histoire. Il en a développé une culture.
En ce sens, le chien et l’homme forment une société distincte. La société anthropocanine (1) c’est d’abord ça : reconnaître que le chien occupe une place particulière, privilégiée qu’il s’agit de définir. Incidemment, l’humain ne vit jamais seul dans le monde « Ses sociétés comprennent toujours une très grande quantité d’animaux et de végétaux qui entretiennent des rapports multiples avec l’homme » (2). Et cette société anthropocanine nous enjoint de repenser l’espace commun de vie, donc de « re-conceptualiser la Nature de la Cité » (3).
La place de l’humain dans l’univers vivant est entrain d’être revisitée par certains chercheurs et les conclusions scientifiques auxquelles ils parviennent nous obligent à penser le chien, comme un individu non humain et l’humain comme un individu parmi  une humanité plurielle. Jusqu’où est-on humain, la question n’est pas tranchée. Loin de là!
Ça pose un sérieux problème de réflexion et reste un merveilleux espace de co-développement pour l’humain. Nous ne sommes peut-être pas seuls mais nous nous comportons souvent comme de fieffés égoïstes qui devons panser notre quatrième blessure narcissique (4).

Sandraetlechien apportera sa pierre à cet édifice et tordra le cou à cette obsession : l’humain n’est pas le point d’arrivée de l’évolution, il n’en est qu’une étape.


(1) Guillo, Dominique. Des chiens et des humains, Le Pommier, 2009

(2) Lestel, Dominique. L’animal singulier, Seuil, 2004, p. 30

(3) Lestel, D. Op.cit, p. 31

(4) Lestel, D. Op.cit, p. 61


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