Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘personnalité’

Pièce maîtresse de mon univers

16/05/2011

Je sais maintenant que chaque homme porte en lui et comme au-dessus de lui un fragile et complexe échafaudage d’habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s’est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s’étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers… 
Extrait de Vendredi ou les limbes du Pacifique Michel Tournier.

Autrui pièce maîtresse de mon univers. Animal de compagnie, pièce maîtresse de mon univers !
Car tous les propriétaires d’animaux savent que leur animal leur répond, et que ce n’est pas là pure illusion de leur part. Le sociologue Clinton Sanders s’est interrogé sur la manière dont les propriétaires font de leurs animaux des personnes.

Living and working with canine companionsThe self is a social construction built on the information derived from a person’s social relationships. Companion animals act as facilitators of human-to-human interactions, thereby increasing (and enhancing) self-defining situations. However, the connection between companion animals and the caretaker’s self concept is direct as well as mediated. Owners consistently define their pets as « persons » with whom they share lasting, intimate, and emotionally involving relationships…. But companion animals act as much more than surrogates for real or imaginary persons; they are consistently defined as persons in their own right and are the direct focus of person-to-person interaction…. Human-pet interactions proceed along the same lines as do human-to-human social exchanges. The social exchange entails mutual acknowledgement of coparticipation in the encounter, mutual definition of the perspective of the other, imaginative estimation of the other’s intentional definition-of the situation, and mutual adjustment of behavior based on the essential social process of « taking to role of the other. »
Référence

Ainsi, le propriétaire attribue des processus de pensée à son chien (il se souvient, il déduit, il comprend, il croit…), une personnalité, l’animal contribue à la relation autant que le maître y contribue et l’animal a une vraie place dans la famille, dans le groupe. Ceci montre que le lien à l’animal est à la fois pareil et à la fois différent du lien avec d’autres êtres humains. Il est pareil parce que ce sont les mêmes processus de construction de la personne que nous utilisons pour des êtres humains, mais différent parce que nous savons bien, aussi, que les animaux ne sont pas vraiment comme les humains. Ils sont ‘mieux’ que les humains….
Mourir de dire, la honteC’est ce qui fait que l’attachement anthropocanin est si particulier : l’humain souffre de ce qu’il voit de lui dans le regard des autres, ‘Je ne connais pas de produit qui induise la honte parce que ce sentiment naît toujours dans une représentation. Dans le secret de mon théâtre intime, je mets en scène ce que je ne peux dire tant je crains ce que vous allez en dire’, dit Boris Cylrulnik.

Or avec un  chien, il ne peut y avoir de représentation de la blessure intime humaine, cella là même provoquée par le sentiment de honte, avec un chien, aucun discours n’agrippe….

 

Pour aller plus loin:

L’isolement pour raréfier l’impression d’être seul

Les valeurs de la science

27/02/2010

Chaque scientifique aborde ses travaux avec son propre système de valeurs. Elles influent sur sa manière de mener ses recherches, d’expliquer et d’interpréter les données. Le but de la science est de parvenir à des conclusions ‘objectives’ sur le monde – des réponses sans parti pris – mais les scientifiques eux-mêmes ne sont pas des automates dénués de sensibilité. Ce sont des individus, des êtres de chair et de sang qui ont leur propre point de vue. La science a toujours buté sur ce problème. Quand est-ce qu’un savoir subjectif se mue en ‘vérité’ objective? Quelle méthode adopter pour prouver quelque chose? Combien de temps ce processus doit-il durer? Dans quelle mesure les convictions personnelles d’un scientifique influencent-elles à son insu sa façon d’interpréter des données ‘objectives’? La science peut-elle vraiment accorder une place aux intuitions d’un chercheur, à ses sentiments, à sa personnalité?

Bekoff. Marc. Les émotions des animaux, Manuels Payot, p.205

Et l’unique proximité?

18/02/2010

En 1997, Dr David T. Allen, mettait en doute les bienfaits de la thérapie assistée par le chien (TAC) suite à son analyse d’études qui ont servi à populariser la TAC. Pour l’épidémiologiste américain il y a de sérieuses lacunes scientifiques dans les recherches réalisées :

Ayant passé en revue plus de 1000 études, je n’ai pas trouvé une seule étude [étude de type II] qui décrit les gains en comparaison des pertes sur l’état de santé général de la société, en relation avec l’interaction entre les humains et les animaux. En d’autres mots, je n’ai pas trouvé un seul article [étude de type II] qui compare la magnitude des effets des cas cités avec un groupe témoin ou avec le public en général. Sur l’échelle des critères de validité scientifique, ces études [étude de type I] sont à ranger sur l’échelon le plus bas. Les rapports qui vantent les mérites de la relation des êtres humains avec les animaux sont fondés sur des études descriptives et sur l’opinion des experts, et les études de ce genre [étude de type I] sont les moins valides de toutes. (Charles Danten)

Somme toute cela n’a pas d’importance, car on ne peut pas parler des animaux sans connaître la façon dont les gens vivent ensemble. Nonobstant les règles de la science qui sont sujettes à caution – vous savez avec leurs « bons objets indifférents répondant  ‘machinalement’ à des causes permettant d’établir des lois », p. 38, Vinciane Despret et Jocelyne PorcherÊtre bête, chez Actes Sud - l’important dans la TAC, ce n’est pas que ça marche c’est la diversité des contextes possibles, des manières dont les humains et les animaux se conduisent dans un environnement spécifique pour un moment donné. Aussi conclure que tous les animaux procurent tout le temps partout auprès de tout le monde des bienfaits c’est se leurrer et surtout ce n’est pas adapté aux canons de la science. C’est là que les fameuses anecdotes sont importantes, en fait un animal est différent selon les contextes, parce que les humains sont différents dans ces mêmes contextes.
Ce qui fait sens comme le disaient Vinciane Despret et Jocelyne Porcher, ce qui compte ce sont « les petites différences locales, contextualisées, vivantes, articulées» (p.29), et surtout la compétence de tel animal à tel moment auprès de telle personne.
Vinciane Despret et Jocelyne Porcher- Être bêteLa personnalité c’est ce qui fait qu’un animal ne ressemble à aucun autre… « La personnalité n’existe que dans le champ des relations qui la favorisent tout autant qu’elle en ouvre les possibilités », p 32.


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