Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Nicole Laurin’

Cultiver le jardin de l’Eden

21/11/2011

De l’immortalité des animauxRégner, cela veut dire (Gn 2, 15) que l’être humain doit cultiver et garder le jardin de l’Éden. Dieu n’a pas fait de l’homme l’exploiteur de la terre mais son protecteur, avance  Eugen Drewermann, De l’immortalité des animaux. En fait, au sein des Églises chrétiennes (catholique, orthodoxe, protestantes, anglicane) il y a eu – et il y a toujours – une minorité de fidèles et d’hommes de foi convaincus que la défense des animaux et de leurs droits est inscrite dans le message chrétien. En voici quelques-uns à méditer en cette semaine pascale…

Ainsi, le père jésuite Guillaume-Hyacinthe Bougeant (1690-1743) écrivait :Amusement philosophique sur le langage des bêtes

Si les Bêtes avaient une âme spirituelle, leur âme serait donc immortelle et libre; elles seraient capables de mériter ou de démériter, dignes de récompense ou de châtiment, il leur faudrait un Paradis et un Enfer, les Bêtes seraient donc une espèce d’Homme ou les Hommes une espèce de Bêtes, toutes conséquences insoutenables dans les principes de la Religion.

Chez les catholiques britanniques, l’illustre cardinal Newman (1801-1890), converti de l’anglicanisme, a été le premier prédicateur connu à comparer dans un sermon (prononcé le Vendredi Saint 1842, à Oxford) la souffrance et la mort du Christ sur la Croix avec celles que les hommes infligent aux animaux.

prière Albert SchweitzerC’est, évidemment, Albert Schweitzer qui prône un sentiment de responsabilité élargi à l’infini qui écrit, en 1973, une ‘Prière pour les animaux’.
Et tant d’autres: l’Abbé Plaquevent….

Le respect des animaux c’est une facette du respect des autres. Nicole Laurin dans Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours explique que la théologie doit s’efforcer de penser ‘l’émergence de l’esprit dans l’animalité, la nôtre et celle des autres vivants, ces derniers désormais reconnus comme sujets d’un devenir spirituel, autant dire humain’.

Pour aller plus loin :
La Bible relue par les animaux
Albert Schweitzer et l’éthique envers les animaux

Prières pour les animaux

L’animal cet outil!

06/09/2011

Le chien ne caresse pas, il se fait caresser. S’il avait à choisir, il est fort possible que le chien lècherait la personne (comme la chienne lèche ses petits), ce qui serait pour lui ’sa’ caresse, ça serait donc analogue à la caresse de l’homme. Or en zoothérapie, il faut convenir que l’animal est envisagé dans sa fonction utilitaire : objet à caresser pour faire du bien à l’humain.
Tout sur la psychologie du chien ‘Il y a peu d’études scientifiques sur les effets du toucher sur le chien. Le chien de laboratoire maintenu en harnais et isolée montre une baisse du rythme cardiaque quant il est touché gentiment par un humain. Par contre, un chien familier habitué à son environnement ne montre aucun changement de son rythme cardiaque par la caresse de son propriétaire’ explique Joel Dehasse p 381

En se basant sur le fait que les animaux ne possédaient pas de langage articulé, Descartes a inspiré une conception mécaniste de l’animal. Au xviie siècle, à l’animal doué d’une âme sensori-motrice succède un animal purement corporel dont les lois de la mécanique suffisent à rendre compte des agissements. Au XXIe siècle, la biomédecine surveille tous les aspects de la thérapie assistée par l’animal en réduisant le chien à son aspect le plus grégaire : un outil. Voire un objet jetable, malléable et corvéable à merci. Cette utilisation et cette nouvelle domestication s’inscrivent dans les logiques du néo-libéralisme, de l’idéologie du développement et de la biomédecine :

Ainsi, l’animal s’inscrit toujours dans un système sacrificiel dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Toutefois, ce n’est pas aux dieux ou même à Dieu que l’animal est sacrifié désormais, mais exclusivement aux humains : à leur santé, à leur profit, à leurs caprices, à leur mode de vie. (Laurin, 2000)

Pour aller plus loin:
Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours, Théologiques 10/1, p. 5-25, 2000

Réhumanisation par le chien

05/07/2010

Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis  « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.

Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2). 
L’animal singulier La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).

 

Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud,  Et si un lion pouvait parler


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