Qu’est-ce que ça reflète?
01/05/2010‘Si ce que Jean dit de Pierre nous en apprend souvent beaucoup plus au sujet de Jean que de Pierre’ (Cf, p 18 du livre de Vinciane Despret. Naissance d’une théorie éthologique), qu’est-ce que la recherche de reconnaissance du milieu zoothérapeutique dit de ce milieu? Qu’est-ce que l’impérieuse nécessité de preuves scientifiques au-delà de tout doute raisonnable dit de notre société? Qu’est-ce que le besoin d’études scientifiques non biaisées dit de notre capacité à croire sans voir-mesurer-peser-détailler? Qu’est-ce que les étincelles dans les yeux d’une aînée en perte d’autonomie à la vue du chien dit de notre impossibilité de nous émouvoir et de ressentir cet enthousiasme sans utiliser une méthodologie expérimentale conventionnelle et standardisée? Qu’est-ce que notre attachement aux modèles académiques en vigueur dans de nombreuses disciplines scientifiques : objectifs-méthodes-résultats-discussion disent de notre nécessité de trouver les raisons qui expliquent les effets de l’animal sur la santé humaine et non plus de se satisfaire des signes ?
Et puis si c’était autre chose que l’animal qui soit soignant? Si on parlait non plus d’un triangle thérapeutique mais d’une interrelation à voie unique, d’un espace de ‘devenir avec’… d’un espace à parler qui conduit à peupler… «Cette pratique qui inscrit l’animal dans le monde du ‘parler’ et qui contribue à ‘peupler’ concourt à brouiller les frontières entre les humains et les animaux. La capacité qu’autorise le style direct de parler à la place d’un autre pour parler avec lui induit tout autant qu’elle révèle un engagement dans la relation. On ne se met pas à la place, on peuple la place avec. On ne substitue pas un point de vue à un autre : tout au contraire se fait par addition de points de vue», Vinciane Despret et Jocelyne Porcher. Être bête, p.73-74.
Car somme toute, il y a une erreur sémantique de penser la relation thérapeutique entre l’humain ET l’animal, car « se référer aux humains ainsi qu’aux animaux est redondant. La catégorie des animaux est la catégorie supérieure qui inclut celle des êtres humains », écrivent Gregg Solomon et Deborah Zaitchik.

L’animal est devenu, dans les cultures occidentales et plus particulièrement à l’Âge classique le lieu de ‘projections’ au sens psychanalytique du terme (voir M. Foucault.