Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Martine Lachance’

La propriété vivante

30/05/2011

La Déclaration universelle des droits des animaux éveille des espoirs et donne des illusions. Le bilan est contrasté voire inexistant de l’implantation (ne parlons pas d’application) effective de ces droits dans la vie quotidienne… Néanmoins, il est important que les droits de l’homme intègrent toutes les composantes environnementales dont le milieu de vie et le respect de la vie aux sens particulièrement des Droits de l’animal. Jean-Marie Coulon dit :

L’animal dans la spirale des besoins humainsveiller au respect des droits de l’animal, c’est nécessairement veiller au respect des droits de l’homme, car c’est exprimer l’égalité des espèces face à la vie. C’est officialiser l’interaction des droits de l’homme et des droits de l’animal, c’est reconnaître leur complémentarité
p 143 L’animal dans la spirale des besoins de l’humain sous la direction de Martine Lachance

Or, l’animal domestique est à la recherche d’une identité juridique effective. En l’état actuel du droit (et de notre civilisation), la summa divisio personne/chose est indépassable, ce qui condamne l’émergence d’une véritable troisième catégorie, selon Alain Roy.

On vit en plein la vision du philosophe René Descartes (17e siècle), le droit fait encore et toujours une totale abstraction de la sensibilité de l’animal, émotion pourtant bien documentée par la science. L’homme a besoin de l’animal pour vivre, ce qui explique la réticence jusqu’à maintenant à réviser son portrait d’être irraisonnable et instinctif qui justifie donc son traitement.  Comme l’humain a tendance à ne donner une suite législative à ses nobles idéaux que lorsque c’est pratique pour lui et que cela ne nuit ni à ses profits ni au dogme sur le droit à la propriété, ce n’est pas par l’émotion, les notions de souffrance et de conscience… encore moins par des considérations morales qu’un changement normatif pourra être envisagé. Il faut penser logiquement en dehors de toute émotivité inutile car individuelle et certainement se demander : c’est dans l’intérêt de l’homme donc intérêt général de donner une identité juridique à l’animal et argumenter ces différents points.
L’Homme puise dans l’animal ce qu’aucune chose matérielle ne pourrait véritablement lui offrir. C’est pourquoi, il est devenu nécessaire de s’affranchir des catégories du Code civil et d’adopter un cadre juridique qui pourra refléter la réalité animale, sans la réduire ni l’exagérer.

Chiens de trait, une longue histoire

26/04/2011

D’un travail attelé au sport attelé, longue histoire d’une relation qui a débuté sous des auspices violents….
Il n’y a pas que les chevaux qui ont tiré des carrioles, des fiacres et des cabriolets. Les chiens aussi – surtout, les chiens– ont été utilisés pour des déplacements, pour transporter des marchandises. Au 18 e et 19e siècle, on parlait à ces époques de charges considérables à tracter, de longs parcours à effectuer et… de coups émis par les humains qui devaient faire avancer les chiens par ailleurs déjà très sollicités. Des coups et des hurlements, c’est d’ailleurs cette violence déployée aux yeux de tous qui, par ailleurs, a été à la fondation des sociétés protectrices des animaux.
Chiens de traitLa seconde moitié du 18e siècle est marquée par le développement – qui devient considérable au 19e siècle – de l’utilisation des animaux domestiques (aussi bien en ville que dans les campagnes) pour le trait. Ce sont notamment les chevaux mais aussi les chiens plus économiques que les équidés. Le transport animal connaît un fort développement concurrencé par la navigation fluviale et le portage humain, la moitié du trafic des marchandises alors se fait par traction animale. Du fait de la raréfaction des cas de rage, de l’essor des élevages, l’usage du chien se répand.
À la ville comme à la campagne, les chiens sont attelés aux charrettes. Belle économie pour un propriétaire : un employé, un cheval ou un mulet coûtent trop cher! Les chiens transportent les produits des maraîchers, accompagnent déjà les enfants à l’école, servent au transport des personnes âgées ou deviennent… taxi : taxis de gare en Sologne (France).
Dans les débuts de la colonie au Québec, prospecteurs, trappeurs, colons utilisent des chiens pour le transport des gens, des bagages, des matériaux de construction. Sur la Côte-Nord, on estime qu’en 1875 chaque famille possédait un attelage d’environ quatre chiens. Le courrier y était transporté par chien postier!
L’animal dans la spirale des besoins humainsMais ces chiens sont maniés par une population qui n’en a pas l’habitude, qui n’a pas souvent la patience, qui reporte sur eux la violence qu’elle vit souvent dans les rapports sociaux, explique Éric Baratay (p. 42 de l’ouvrage ci-contre). L’animal était traité comme un sous-prolétaire sur lequel se construit l’essor économique
la société des animauxDu fait de la généralisation de ces pratiques insanes et de la réaction du public face aux manières brutales des conducteurs, du fait de la révolution industrielle, de l’abolition de l’esclavage, de l’industrialisation… les mœurs changent au cours de ces siècles. L’homme devient plus sensible à la douleur de l’animal, il ne peut plus tolérer le spectacle atroce des conducteurs battre et tuer les animaux en public.

Ainsi, sont venues les lois (La loi Grammont (1850) en France) interdisant de telle pratique. Le 10 décembre 1852, le gouvernement du Québec ordonna que l’on cesse d’atteler les chiens que ce soit pour l’amusement des enfants ou pour le transport des marchandises. Cette loi demeura en vigueur pendant 70 ans et il fallut attendre jusqu’en 1922 pour que l’on autorise à nouveau les attelages de chiens pour les démonstrations, les parades et les carnavals…
Et désormais les sports attelés….

Pour aller plus loin :
Les chiens de trait
La randonnée en traineau à chiens dans les parcs nationaux du Québec

La propriété vivante

12/11/2010

La déclaration universelle des Droits des animaux éveille des espoirs et donne des illusions. Le bilan est contrasté voire… Néanmoins, il seraitLa raison des plus forts sous la direction de Pierre Jouventin temps que les Droits de l’homme intègrent toutes les composantes environnementales dont le milieu de vie et le respect de la vie au sens particulièrement des Droits de l’animal dans leurs attendus. Le ‘cercle de l’égalité doit être élargi aux animaux non-humains, de même qu’au cours des siècles se sont progressivement effacées les barrières que certains traçaient autour des notions de race, de sexe, de tribu, ou de nation’, peut-on lire dans l’avertissement au actes du colloque qui s’est tenu il y a un an ( 14 novembre 2009) à l’université Paris V René Descartes, intitulé ‘De la négation de la pensée animale’.

L’animal dans la spirale des besoins humainsVeiller au respect des droits de l’animal, c’est nécessairement veiller au respect des droits de l’homme, car c’est exprimer l’égalité des espèces face à la vie. C’est officialiser l’interaction des droits de l’homme et des droits de l’animal, c’est reconnaître leur complémentarité. C’est renoncer à l’anthropocentrisme pour adopter une conduite et une morale centrées sur la défense de la vie, c’est-à-dire le biocentrisme
Jean-Marie Coulon L’animal dans la spirale des besoins humains, p 143

Or, l’animal domestique est à la recherche  d’une identité juridique effective. Objet de droit, voire sujet de droit pour certains, il est devenu un enjeu qui échappe aux repères traditionnels.

Dans le prolongement de la vision du philosophe René Descartes (17e siècle) le droit fait encore et toujours une totale abstraction de la sensibilité de l’animal, émotion pourtant bien documentée par la science. Il apparait donc urgent de participer à l’émergence des fondements même d’un droit animal et d’aller ainsi au-delà de la seule objectivation de celui-ci
Martine Lachance L’animal dans la spirale des besoins humains, p.5

L’homme a besoin de l’animal pour vivre, ce qui explique la réticence jusqu’à maintenant à réviser son portrait d’être irraisonnable et instinctif qui justifie donc son traitement.  Comme l’humain a tendance à ne donner une suite législative à ses nobles idéaux que lorsque c’est pratique pour lui et que cela ne nuit ni à ses profits ni au dogme sur le droit à la propriété, ce n’est pas par l’émotion, les notions de souffrance (car s’il y a des notions de souffrance et de douleur inutiles c’est qu’il y a des notions de douleur et de souffrance utiles) et de conscience… encore moins par des considérations morales  qu’un changement normatif pourra être envisagé. Il faut penser logiquement en dehors de toute émotivité inutile car individuelle et certainement se demander : c’est dans l’intérêt de l’homme donc intérêt général de donner une identité juridique à l’animal et argumenter ces différents points.

Au Québec, la loi n’a pas de mordant

18/03/2010

Les Suisses ont rejeté le 7 mars dernier par référendum la mise en place d’avocats chargés de défendre les animaux maltraités devant les tribunaux dans toute la Confédération, estimant que la loi pionnière en vigueur assurait déjà la protection de leurs vaches, chiens et poissons rouges. Le non est ainsi ressorti massivement dans la totalité des cantons au terme d’une campagne très émotionnelle dans un pays où les animaux sont parmi les mieux protégés au monde (http://bit.ly/cBoWos)
Me Frédéric Sylvestre a réagi également en nous indiquant :

Le droit canadien est très loin de reconnaître un droit à l’animal au sens strict et ce, en raison de réticences historiques. L’animal est un objet de droit pour l’instant en sol canadien. La seule protection qui lui semble un peu propre découle du Code criminel, puisque l’animal ne doit pas faire l’objet d’actes de cruauté.

Pour Martine Lachance, professeure au Département des sciences de l’UQÀM, la loi manque de crocs. Pendant ce temps en Europe, Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) , et Pr. Jean-Claude Nouët, Président de la Fondation LFDA (Ligue Française des Droits de l’Animal) initient un ‘Rassemblement pour une reconnaissance juridique de l’animal’.
Est-ce le moment au Québec de reconnaître l’animal comme ‘être sensible’ et plus comme objet de consommation ou pire bien meuble ? La pétition européenne indique que ‘Plusieurs pays européens (Autriche, Allemagne, Italie, Pologne, Confédération helvétique…) ont déjà inscrit dans leurs textes fondamentaux que les animaux ne sont pas des choses’. Au Canada, il y a failli avoir eu une ébauche de loi qui allait dans le bon sens mais qui est restée lettre morte.
Il reste peut-être le GRIDA qui a pour objectifs de :
• promouvoir et favoriser les intérêts des animaux dans les systèmes juridiques canadien et québécois;
• promouvoir et favoriser la réflexion et la discussion sur la condition juridique et le bien-être des animaux;
• encourager, susciter, soutenir et diffuser des recherches, des échanges et des initiatives qui engagent, dans des champs concernés, une ou plusieurs disciplines scientifiques traitant de la condition juridique et du bien-être des animaux;
• influencer et introduire des changements positifs dans les réflexions, les perceptions et les comportements humains dans leurs relations avec les animaux;
• développer le champ du droit animal au Canada et au Québec

Jean-Pierre Digard résume clairement la situation en se demandant: qu’est-ce que l’homme (entendu comme espèce, c’est-à-dire au sens d’hommes actuels et d’hommes futurs) a intérêt à faire ou à ne pas faire aux animaux ?


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