Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘mammifères’

Savoir soigner, c’est pouvoir guérir

12/07/2010

Le fait d’étudier le chien dans un environnement hospitalier médicalisé et technologisé nous aide à repenser la place de l’homme dans cet univers et plus largement dans la nature et dans la société. « Les animaux ne sont ni des machines, ni des humains. Avec leur chair nous avons fait du social en inventant la chasse. Avec leurs os, nous avons fabriqué nos premiers outils. En les peignant et en les sculptant, nous avons fait naître nos croyances originelles. Enla plus belle histoire des animaux les observant, nous avons compris notre place dans le monde. Le jour où l’on acceptera enfin qu’il existe une pensée sans parole chez les animaux, nous éprouverons un grand malaise à les avoir humiliés et considérés aussi longtemps comme des outils » (Boris Cyrulnik, La plus belle histoire des animaux).
Il y aurait plusieurs explications au fait que l’homme cherche tant à s’entourer d’animaux même dans un univers hospitalier : « la nostalgie de la nature et la montée de la sensibilité écologiste et surtout le recul des liens sociaux traditionnels, la fragilisation des liens professionnels, l’effacement des rôles familiaux qui font que les humains modernes attachent plus en plus de valeur à la fidélité d’un chien ou à la liberté d’un chat » (Jean-Pierre Digard). Il n’en reste pas moins que la présence d’un chien se pose comme un don pour les patients, car le chien n’a pas d’actes ou de désirs stratégiques, pas d’attentes en retour, pas de riposte même après une offense (les chiens de thérapie assistée par le chien (TAC) sont soigneusement sélectionnés). Les chiens de TAC semblent avoir une disposition immédiate à pardonner. Pour le patient et surtout le petit patient, le chien est un don non seulement parce qu’il semble exprimer de l’amour mais surtout parce qu’il permet, sur fond de cet attachement particulier, d’être oublié tout en étant là, « il instaure ainsi une sorte de régime de paix sans réciprocité, tout en maintenant un enjeu affectif particularisé » (Albert Piette, Entre l’homme et le chien,  Socio-Anthropologie, N°11 Attirances).
Pour George Canguilhem « La santé n’est pas seulement la vie dans le silence des organes, c’est aussi la vie dans la discrétion des rapports sociaux », c’est à ce niveau essentiel que la biomédecine montre ses limites et doit faire appel à l’esprit animal. De fait, on accorde une place (à définir) à l’animal qui n’est plus celle de l’animal-machine. ‘Le chien, celui-ci possède comme nous un lobe préfrontal connecté à la mémoire, qui lui permet d’éprouver ce qu’il se représente. (Cyrulnik, Digard, Picq, 2000). À force de vouloir soigner et de « savoir soigner, c’est pouvoir guérir » (Didier Fassin,  Entre politiques du vivant et politiques de la vie, pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24, 1 : 95-116 , 2000), le corps médical s’ouvre à des approches complémentaires, alternatives, autres.

Les yeux dans le visage

08/07/2010

‘C’est clair. Un animal ca ne ment pas! Son regard nous en dit long’. Le regard joue un rôle très important dans la régulation de l’interaction sociale. Le regard est une forme de contact et il offre la possibilité de créer une sphère de communication intime sans trop de complication relationnelle.
Le regard mutuel, mais aussi le fait de regarder et d’être regardé, sont des éléments importants de la communication interespèces, explique Véronique Servais de l’Université de Liège. La socialisation de l’homme s’appuie largement sur la vision. L’attachement en est la première manifestation. Sapi dans le regarde de Gabrielle Chalifoux
L’attachement est communément observé chez pratiquement tous les mammifères or les loups ne regardent pas dans les yeux. Est-ce à dire que les chiens ne nous regardent pas?  En fait, ils regardent le visage et ‘entre eux, ils se regardent au niveau du milieu de la figure – à la hauteur d’yeux’ dit Alexandra Horowitz. ‘Alors que la menace d’agression empêche les loups, les singes et les chimpanzés d’échanger des regards, chez le chien, l’information récoltée dans nos yeux vaut la peine d’encourir un reste de cette peur ancestrale’, ‘Dans la peau d’un chien’ p 147.
Dans la peau d'un chienLe chien nous regarde dans les yeux c’est ainsi que s’est forgée avec succès cette capacité de développer des interactions sociales et même ce petit plus que la psychologie anglo-saxonne a unifié sous le concept de théorie de l’esprit ou ‘je sais que tu penses que je pense que tu sais’. François Vital-Durand – Inserm U 846 .
Les chiens nous regardent même si dans leur nature lointaine, ils préféreraient détourner le regard…  Aussi le forcer à nous regarder juste pour avoir le plaisir de lui voir les iris peut être considéré comme une agression pour le chien… à méditer lorsqu’on le force à nous regarder quand nous nous adressons à lui… comme s’il s’agissait d’un être humain…. À méditer quand le patient souhaite ce contact visuel direct, qui renvoie aux échanges intimes et chaleureux d’une conversation humaine caractéristique… à méditer car nous avons tendance à vouloir appliquer dans nos rapports cette obligation de regard droit dans les yeux avec les chiens.
Toutefois ‘quand un chien s’est habitué à vous voir, il se met à vous observer, sa vision particulière semble lui permettre de remarquer, chez vous, des choses que vous-même ne voyez pas. Très vite, vous aurez l’impression qu’il lit à même votre âme’, dit A. Horowitz en p.138. L’essentiel de ce regard dirigé vers le visage humain est qu’il emprunt d’attention : le chien décide quoi et qui regarder et observe les multiples stimuli du visage humain (les mimiques qui sont souvent aussi inconscientes).
l'essentiel par le regardUne mine d’informations utiles : savoir se concentrer sur l’essentiel.

Construire de nouvelles réalités

28/05/2010

À force de vouloir soigner et de « savoir soigner, c’est pouvoir guérir » (Didier Fassin, Entre politiques du vivant et politiques de la vie, pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24, 1 : 95-116) et s’ouvrir à des approches complémentaires, alternatives, autres, on ne peut passer à côté d’une des plus grandes découvertes récentes qui fut sans doute de

Constater que le cerveau chez les mammifères et d’autres espèces est en constante évolution. Si bien que nous devons reconnaître aujourd’hui que si les animaux changent, nous devons aussi changer notre la plus belle histoire des animauxperception d’eux ! À cet effet, on s’est rendu compte, entre autre chose, que plusieurs animaux pouvaient se représenter mentalement des images ou des concepts, c’est-à-dire faire appel à un symbole hors de la réalité du moment présent. En ce qui concerne le chien, celui-ci possède comme nous un lobe préfrontal connecté à la mémoire, qui lui permet d’éprouver ce qu’il se représente.
Cyrulnik, Digard, Picq. La plus belle histoire des animaux, Points-Seuil, p.344

Sandraetlechien.com n’a de cesse de soumettre à votre réflexion la relation thérapeutique à l’animal (au chien en particulier). Recherches, statistiques, comptes-rendus de colloque, lectures, ils sont nombreux les scientifiques à envisager la relation avec l’animal autrement que comme instrumentale. Il est un point essentiel:

est thérapeutique ce qui engendre des apprentissages (des changements) permettant à la personne de mieux surmonter les problèmes (quels qu’ils soient) que lui pose l’existence. Si la présence de l’animal, pour gratifiante qu’elle soit, n’entraîne aucun changement dans la manière dont la personne gère ses difficultés, on ne peut parler de thérapie (*)

Dans l’entretien thérapeutique, ou dans un lieu de vie thérapeutique, l’animal peut jouer un rôle à quantité de niveaux : il est celui qui apporte un potentiel de changement important dans une relation thérapeutique. Il ouvre de nouvelles perspectives sur la base de modalités de communication différentes.

Sources :
(*) Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer


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