‘Ce qui compte pour eux’
18/02/2011Les recherches de thérapie assistée par l’animal devraient prendre en considération cette méthodologie apportée par Vinciane Despret, dans ’Quand le loup habitera avec l’agneau ‘ aux éditions Les empêcheurs de tourner en rond
Est-ce à dire que nous inventons ces animaux? Oui d’une certaine manière, non d’une autre. Tout dépend de ce que nous comprenons sous le terme d’invention, quand il s’agit des pratiques des sciences.
Oui, nous les inventons si nous suivons Isabelle Stengers puisque ‘tous les êtres que les sciences font exister sont ‘inventés’ au sens où tous leurs attributs sont relatifs à nos histoires. C’est à nos questions qu’ils répondent, ce sont nos interprétations qui donnent sens à leurs réponses et c’est notre curiosité qui les mobilise.
Est-ce à dire qu’ils sont moins réels une fois qu’ils existent dans nos histoires? Non affirme la philosophe, car nous devons aussi comprendre que si leur existence dépend de nos histoires et de la multiplicité de celles-ci, ces histoires ont toutes ‘pour trait commun de renvoyer à eux’; elles désignent ceux qu’elles font exister , comme condition sinon suffisante, du moins nécessaire à leur possibilité’. C’est là la singularité de nos pratiques scientifiques : les animaux qu’elles inventent existent dans et par ces histoires avec une densité, une réalité singulière, car les scientifiques ont cherché passionnément comment faire histoire avec eux. La question de savoir s’ils existent ‘pour eux’ ou ‘pour nous’ dans les pratiques qui les interrogent et qui les font exister n’a alors pas beaucoup de sens : il s’agit à chaque fois pour chaque scientifique et pour chacun des animaux d’inventer des propositions d’existence avec eux. Dès lors, si nous voulons bien comprendre les changements qui adviennent à ces animaux interrogés par nos pratiques, il nous faut alors suivre la manière dont les scientifiques s’adressent à eux, comment ils les rendent actifs et comment ils leur proposent de prendre position par rapport à ce qui leur est demandé. Il faut en somme nous soumettre à la contrainte de chercher comment ces animaux changeants sont devenus bien réels dans l’épreuve même du changement qui leur était proposé….
Nous soumettre à cette contrainte c’est alors adopter celle à laquelle certains éthologistes ou primatologues ont choisi d’obéir. Quand on lui demande d’expliquer le fait que son travail avec les babouins ait produit des résultats aussi intéressants, Shirley Strum répond qu’elle s’est d’abord efforcé de ne pas leur construire un savoir ‘dans le dos’ : dans sa pratique, les questions adressées aux babouins se subordonnent à l’exigence de savoir ‘ce qui compte pour eux’. Cette politesse de ‘faire connaissance’ a suffisamment témoigné de ses capacités de réussite pour que je propose de m’y astreindre à mon tour : si les babouins deviennent si intéressants lorsque leur scientifique se soumet à cette contrainte, je peux à mon tour espérer dans mon analyse rendre le chercheur intéressant en adoptant la même exigence, et en explorant comment ‘ce qui compte pour eux’ a permis les transformations. Et parmi toutes les choses qui ‘comptent’ pour ces scientifiques, il y en a une que je ne pourrai manquer : la manière dont leurs animaux prennent une part active au savoir qui est produit à leur sujet p 24-25-26

Est-ce à dire que nous inventons ces animaux? Oui d’une certaine manière, non d’une autre. Tout dépend de ce que nous comprenons sous le terme d’invention, quand il s’agit des pratiques des sciences.
Certains dispositifs behavioristes – ceux qui font du