Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Les amis de mes amis’

La souffrance cesse de faire mal quand elle prend un sens

08/10/2012
La présence d’un animal aimant permet de recouvrir son humanité

la présence d’un animal ne permet-elle justement pas de construire ces « nouvelles réalités » pour le patient, par exemple des réalités où son déficit de langage n’est pas un obstacle au développement de relations gratifiantes?

Si le malade ne résiste pas, s’il ne lutte pas pour sauver son honneur (et sa vie), il perd toute son individualité, il cesse d’être une personne douée d’intelligence et jouissant d’une certaine liberté d’esprit. Tout ce qu’il lui reste, c’est l’impression d’appartenir à un grand troupeau. Il y a  le ‘cure’ des médecins et autres professionnels de son équipe, mais la thérapie assistée par l’animal est, aussi, du ‘care’ en humanisant les soins.
La présence d’un animal aimant permet de recouvrir son humanité. Et souvent lorsqu’on est hospitalisé l’on oublie son état d’esprit tout occupé à vivre les facteurs physiques et psychologiques. Or, perdre pied moralement et spirituellement est déjà une glissade. La maladie peut être provisoire, d’une durée à se fixer et le fait d’être visité régulièrement par un animal permet de scander le temps, donc de prévoir des pauses dans cette existence provisoire. Cela donne un but.  Sans but on se laisse plus facilement dépérir parce que sans but on s’abandonne alors à des pensées rétrospectives. Or à trop se pencher sur le passé pour mieux vivre le présent nous expose à un certain danger, car c’est se priver de la réalité du présent et de tirer de la vie hospitalisée des leçons positives. Le chien est dans l’ici et maintenant. D’une manière générale, la présence d’un animal permet de construire de nouvelles réalités. Aussi le chemin est pavé pour dire à l’humain et ainsi se sentir moins chassé de l’humanité. ‘Ce remaniement de la représentation de ‘soi blessé’ entraîne une modification des émotions, de leur expression comportementale et de la construction intellectuelle qui donne au fracas une forme enfin raisonnable. Je sorMourir de dire, la hontes de la confusion, je redeviens maître de mon destin’ – Boris Cylrulnik, .
L’animal n’est pas qu’entité physique, l’animal même visiteur se constitue à travers des espaces privés. Avec tel humain, il crée tel espace; en ce sens lorsque les malades croient que leurs véritables possibilités de se réaliser sont perdues la venue d’un animal les re-connectent. Cette occasion offre le défi d’être là au moment présent, offre donc des défis. L’animal se re-territorialise en ‘s’immisçant dans les mondes de l’homme et les territorialisations les plus fortes conduisent à des attachements affectifs très intenses qui prennent la forme d’amitiés interspécifiques’ , affirme Dominique Lestel ‘Les amis de mes amis’.
Nietzsche disait : ‘Celui qui a un ‘pourquoi’ qui lui tient lieu de but, peut vivre avec n’importe quel ‘comment’. La venue d’un animal dans un univers médicalisé est une occasion d’aider le malade à aller de l’avant, de lui offrir un but. Incidemment ce qui devient important  n’est pas ce que le malade attend de la vie mais ce qu’il peut apporter à la vie. Au lieu de se demander si sa vie a un sens, il donne un sens à sa vie en rencontrant le chien et ainsi cette attente entre chaque rencontre est une action concrète posée pour recouvrer le chemin d’une meilleure santé. Et dans ces regards humain-canin échangés trouver un sens. Le patient peur sortir des cercles vicieux et des mécanismes de défense. Car la souffrance cesse de faire mal quand elle prend un sens!

Avoir un nom c’est être quelqu’un

28/05/2012

L’homme peut nouer d’authentiques relations sociales avec d’autres êtres que ses semblables car la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes. (Dominique Guillo, ‘Des chiens et des humains’).
Nommer son chienPour s’ajuster il faut que l’on puisse nommer. Or l’homme ne peut avoir de relation avec ce qui l’entoure qu’en lui donnant un nom, et l’individualité des choses comme des êtres est constituée par leurs noms, bien d’avantage que par leurs formes ou figures…. L’expérience nous montre suffisamment qu’une relation d’intimité avec une chose ou un être sollicite une appropriation par un nom. Le chien domestique devient en quelque sorte une personne quand il acquiert une d’identité par le nom, dès que l’on entre dans la sphère de l’intimité et du lien personnel, il n’est plus possible d’appeler un chien un chien. (Jean-François Chevrier, Christine Maurice, ‘L’animalité comme envers de l’humain’,  in L’animal dans nos sociétés).
De nombreux défenseurs des droits de l’animal s’appuient sur les capacités cognitives des animaux pour étayer leurs thèses de droit aux animaux et interdiction de toute souffrance animale. Certains auteurs comme Gary Francione, avocat et professeur de droit USA lui en appelle au principe de respect égalitaire ‘equal consideration’, ça veut dire que les animaux ne peuvent être traités comme des humains, ne doivent être traités comme des humains mais certainement pas être considérés comme des objets. Au même titre que les humains, ils possèdent une valeur intrinsèque. Ce qui signifie qu’ils doivent être considérés comme des personnes. Nous avons tendance à opposer l’homme qui pense et l’animal qui en est incapable, alors que l’homme ne peut penser que parce qu’il vit avec l’animal, et que si l’homme est effectivement pensant, l’animal n’est pas une machine mais une condition de la pensée de l’homme. L’animal ne pense pas seulement ; il fait penser l’homme. La pensée n’est pas le propre de l’homme mais le résultat d’un partenariat primordial entre l’homme et l’animal. La subjectivité de l’homme se développe à travers l’intrusion de l’animal dans sa pensée et les étranges connivences qui en résultent. (Dominique Lestel, ‘Les amis de mes amis’).
Mon chien est une personne, car il a un nom. Mon chien est soumis car il a un nom. Car, ‘c’est le pouvoir donné à l’homme de nommer les créatures qui a marqué le début d’une corruption du langage par la domination’, conclut Élisabeth de Fontenay, ‘Sans offenser le genre humain’.

Il faut modifier nos récits culturels*

26/12/2010

les amis de mes amisL’animal constitue pour beaucoup l’ultime possibilité de trouver un sens à l’humain. ‘Cette quête prend en particulier la forme d’une sauvegarde du vivant comme devoir majeur de l’humanité’ (Dominique Lestel, Les amis de mes amis, p. 182). La reconnaissance de l’homme par l’homme passe par la reconnaissance de l’animal par l’homme. Et ici il n’est pas question d’humaniser l’animal ou naturaliser l’homme.
‘Aucun maître ne me contredira, je pense, si je dis que ma chienne n’était pas comme les autres. La raison affirme pourtant le contraire. Par définition, si chaque chien est unique, alors l’unique devient l’ordinaire. Mais la raison se trompe : ce qui est unique, c’est l’histoire que chaque maître crée avec son animal et tout ce qu’il sait  de lui’ (Alexandra Horowitz, Dans la peau d’un chien, p. 280). Ainsi mon chien devient une personne à mes yeux. La personne n’est pas la condition de l’ami mais bien sa conséquence, ‘c’est en particulier parce que nous sommes si attachés à nos animaux familiers qu’ils deviennent parfois des personnes, et non l’inverse’ (Dominique Lestel).
Voilà le chemin que l’Occident urbain et politique doit parcourir : le chien plus souvent qu’autrement n’est rien. Il n’est pas, il ne nait pas comme personne, comme compagnon, comme rien ou si peu, il n’existe pas; ainsi est-il tout juste toléré rarement accepté. C’est en changeant les émotions humaines à l’encontre de l’animal qu’il y aura transformation sociale : celle d’une prise en compte du non-humain.Dans la peau d'un chien
‘Il ne s’agit plus en effet de définir l’homme mais de le changer, au profit de purs possibles qui n’ont d’autres référents que notre pouvoir de les réaliser, d’œuvrer non plus à l’émergence d’une nouvelle humanité mais à la production d’êtres autres que l’homme’, dit Élisabeth de Fontenay Sans offenser le genre humain (p 60).
sans offenser le genre humainLa science a le courage d’entreprendre cette réflexion, elle qui multiplie les recherches. Elle remet en question les fondements mêmes de l’identité humaine et démontre les proximités amicales inter-espèces. Ainsi, le canidé est conscient de ce que voit l’homme: par ex. le chien comprend un geste tel que pointé du doigt vers un objet ou suivre un regard ou un mouvement de la tête. Il déchiffre la communication humaine comme un enfant. Et mieux que le chimpanzé ! Pourquoi dans ces conditions le chien n’a-t-il pas d’identité? N’a-t-il pas de présence effective? De présence élective? Il semblerait que l’aptitude du chien à communiquer avec l’homme soit innée, c’est ce que défendent Brian Hare et Michael Tomasello dans l’article ‘Human-like social skills in dogs’ : l’homme en domestiquant le chien l’a contraint à évoluer en s’humanisant…. L’homme au cours du processus de domestication a sélectionné chez le chien une aptitude à la communication humaine qui fait partie du patrimoine héréditaire de l’espèce canine. (Nouvel Observateur  janvier 2007 : Quand les animaux pensent, les dernières découvertes scientifiques).
L’appartenance à l’espèce humaine  ne confère aucune dignité particulière, ni ne donne en soi de droits particuliers. En effet, toutes les problématiques du propre de l’homme sont fondées sur cette conviction fondamentale qu’il existe au moins une caractéristique de l’humain qu’on ne retrouve chez aucun animal. À la lumière des résultats scientifiques actuels et de tous ceux qui viendront, il semble bien plus fécond de penser les points d’agencement entre l’humain et l’animal.
Il faut modifier nos récits culturels de façon à ce que les comportements, les débats, les idées…. cessent d’être aberrants et que l’humain cesse de se comporter ave cruauté.
En 2011, ce blogue continuera d’apporter sa pierre à l’édification de….. cette utopie?

* Boris Cylrunik, Mourir de dire: la honte, Odile Jacob, p. 244

Machine à gérer des émotions

20/10/2010

Kididog de VtechLe Kididog de la marque Vtech est un petit chien mécanique dont la tête est un petit écran, ce qui lui permet d’exprimer certaines expressions. Les expressions sont la clé pour attendrir les enfants, ajouté à cela le fait qu’il soit un produit issu de la technologie. AIBO est le chien robot commercialisé par Sony, qui peut se déplacer, voir l’environnement et reconnaître des commandes vocales. Autonome, il peut apprendre et mûrir sous la conduite de son propriétaire, de stimuli provenant de l’environnement ou grâce à d’autres robots.Aibo de Sony

N’est-il pas exact de dire que ces robots renvoient à l’archétype historiquement puissant : considérer l’animal comme un outil, si le chien robot est cassé, on le jette. Il est facile de considérer simplement comme une machine des robots animalisés, mais n’ouvre-t-on insidieusement les portes à appliquer ce même raisonnement avec cette fois des êtres vivants ? Comment ces artefacts jouent sur la représentation qu’on se fait de l’animal ? Sur le statut particulier qu’on lui confère? Comment finalement, cela engendre certains (parmi les plus violents) de nos comportements sur les animaux?
Il ne s’agit pas de rejeter ces machines mais de se comporter différemment avec elles, or ce n’est résolument pas l’objectif de l’industrie qui veut donner à vivre le presque comme-si c’était un vrai. Et c’est là qu’on peut dire avec David Thoreau :

Les hommes sont devenus les instruments de leurs instruments
(Walden ou la vie dans les bois, p. 35)

La fin de l’année approchant, pourquoi ne pas s’interroger sur le besoin qu’a l’humain de s’entourer de ces amitiés artificielles (Dominique Lestel, Les amis de mes amis) et se demander : comme l’animal est un miroir, quelle image de soi renvoie ces machines génératrices d’émotions?

Pour des achats responsables:

Guide annuel Jouets 2010 de Protégez-vous


Suivez-moi sur Twitter Suivez-moi sur Facebook Recevez nos billets chaque semaine par courriel