La souffrance cesse de faire mal quand elle prend un sens
08/10/2012la présence d’un animal ne permet-elle justement pas de construire ces « nouvelles réalités » pour le patient, par exemple des réalités où son déficit de langage n’est pas un obstacle au développement de relations gratifiantes?
Si le malade ne résiste pas, s’il ne lutte pas pour sauver son honneur (et sa vie), il perd toute son individualité, il cesse d’être une personne douée d’intelligence et jouissant d’une certaine liberté d’esprit. Tout ce qu’il lui reste, c’est l’impression d’appartenir à un grand troupeau. Il y a le ‘cure’ des médecins et autres professionnels de son équipe, mais la thérapie assistée par l’animal est, aussi, du ‘care’ en humanisant les soins.
La présence d’un animal aimant permet de recouvrir son humanité. Et souvent lorsqu’on est hospitalisé l’on oublie son état d’esprit tout occupé à vivre les facteurs physiques et psychologiques. Or, perdre pied moralement et spirituellement est déjà une glissade. La maladie peut être provisoire, d’une durée à se fixer et le fait d’être visité régulièrement par un animal permet de scander le temps, donc de prévoir des pauses dans cette existence provisoire. Cela donne un but. Sans but on se laisse plus facilement dépérir parce que sans but on s’abandonne alors à des pensées rétrospectives. Or à trop se pencher sur le passé pour mieux vivre le présent nous expose à un certain danger, car c’est se priver de la réalité du présent et de tirer de la vie hospitalisée des leçons positives. Le chien est dans l’ici et maintenant. D’une manière générale, la présence d’un animal permet de construire de nouvelles réalités. Aussi le chemin est pavé pour dire à l’humain et ainsi se sentir moins chassé de l’humanité. ‘Ce remaniement de la représentation de ‘soi blessé’ entraîne une modification des émotions, de leur expression comportementale et de la construction intellectuelle qui donne au fracas une forme enfin raisonnable. Je sor
s de la confusion, je redeviens maître de mon destin’ – Boris Cylrulnik, .
L’animal n’est pas qu’entité physique, l’animal même visiteur se constitue à travers des espaces privés. Avec tel humain, il crée tel espace; en ce sens lorsque les malades croient que leurs véritables possibilités de se réaliser sont perdues la venue d’un animal les re-connectent. Cette occasion offre le défi d’être là au moment présent, offre donc des défis. L’animal se re-territorialise en ‘s’immisçant dans les mondes de l’homme et les territorialisations les plus fortes conduisent à des attachements affectifs très intenses qui prennent la forme d’amitiés interspécifiques’ , affirme Dominique Lestel ‘Les amis de mes amis’.
Nietzsche disait : ‘Celui qui a un ‘pourquoi’ qui lui tient lieu de but, peut vivre avec n’importe quel ‘comment’. La venue d’un animal dans un univers médicalisé est une occasion d’aider le malade à aller de l’avant, de lui offrir un but. Incidemment ce qui devient important n’est pas ce que le malade attend de la vie mais ce qu’il peut apporter à la vie. Au lieu de se demander si sa vie a un sens, il donne un sens à sa vie en rencontrant le chien et ainsi cette attente entre chaque rencontre est une action concrète posée pour recouvrer le chemin d’une meilleure santé. Et dans ces regards humain-canin échangés trouver un sens. Le patient peur sortir des cercles vicieux et des mécanismes de défense. Car la souffrance cesse de faire mal quand elle prend un sens!

Pour s’ajuster il faut que l’on puisse nommer. Or l’homme ne peut avoir de relation avec ce qui l’entoure qu’en lui donnant un nom, et l’individualité des choses comme des êtres est constituée par leurs noms, bien d’avantage que par leurs formes ou figures…. L’expérience nous montre suffisamment qu’une relation d’intimité avec une chose ou un être sollicite une appropriation par un nom. Le chien domestique devient en quelque sorte une personne quand il acquiert une d’identité par le nom, dès que l’on entre dans la sphère de l’intimité et du lien personnel, il n’est plus possible d’appeler un chien un chien. (Jean-François Chevrier, Christine Maurice, ‘L’animalité comme envers de l’humain’, in L’animal dans nos sociétés).
L’animal constitue pour beaucoup l’ultime possibilité de trouver un sens à l’humain. ‘Cette quête prend en particulier la forme d’une sauvegarde du vivant comme devoir majeur de l’humanité’ (Dominique Lestel, Les amis de mes amis, p. 182). La reconnaissance de l’homme par l’homme passe par la reconnaissance de l’animal par l’homme. Et ici il n’est pas question d’humaniser l’animal ou naturaliser l’homme.
La science a le courage d’entreprendre cette réflexion, elle qui multiplie les recherches. Elle remet en question les fondements mêmes de l’identité humaine et démontre les proximités amicales inter-espèces. Ainsi, le canidé est conscient de ce que voit l’homme: par ex. le chien comprend un geste tel que pointé du doigt vers un objet ou suivre un regard ou un mouvement de la tête. Il déchiffre la communication humaine comme un enfant. Et mieux que le chimpanzé ! Pourquoi dans ces conditions le chien n’a-t-il pas d’identité? N’a-t-il pas de présence effective? De présence élective? Il semblerait que l’aptitude du chien à communiquer avec l’homme soit innée, c’est ce que défendent Brian Hare et Michael Tomasello dans l’article ‘
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