Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Jean-Pierre Digard’

L’homme domestique pour dominer

05/04/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardJean-Pierre Digard – p 109-100

Selon la thèse généralement admise au nom du bon sens mais en réalité jamais démontrée, les hommes auraient domestiqué les animaux par nécessité pour subvenir à leurs besoins en viande, lait, travail… Or cette thèse me parait erronée. L’homme n’a pas domestiqué, ne domestique pas les animaux d’abord pour les utiliser. Pour que l’homme ait domestiqué les animaux afin de les utiliser, il aurait fallu qu’il sût d’emblée ce qu’il pouvait tirer d’eux, ce qui était impossible.
Si l’homme n’a pas domestiqué les animaux dans le but de les utiliser, quel a été le moteur de la domestication? En fait, ce moteur tient à la nature même de l’homme : l’homme a domestiqué, domestique encore aujourd’hui les animaux avant tout pour satisfaire son besoin intellectuel de connaissance et sa compulsion, mégalomaniaque, de domination et d’appropriation du monde et des êtres vivants. Son zèle dominateur ne s’explique pas autrement que par la recherche de la domestication pour elle-même et pour l’image qu’elle lui renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres. L’action domesticatoire répond à une logique de pouvoir et de séduction sur l’animal; elle est action sur l’animal avant d’être action pour l’homme. Ce ne signifie pas, bien entendu, que l’homme n’utilise pas les animaux qu’il a domestiqués. Cela signifie simplement qu’il n’existe pas de correspondance systématique, immédiate, entre la domestication des animaux et leur exploitation : l’homme doit domestiquer les animaux pour les utiliser mais il n’est pas nécessaire qu’il penser les utiliser pour les domestiquer.
L’exploitation des animaux domestiques ne correspond pas non plus à une nécessité économique. En Europe, les animaux ont surtout été utilisés dans la seconde moitié du 19e siècle et dans le premier tiers du 20e siècle, à une époque où précisément les progrès techniques et industriels auraient permis de limiter leur emploi. Il faut comprendre par là que l’homme se plaît à exercer sur ses animaux domestiques une action qui dépasse de beaucoup ce qui serait nécessaire pour les élever correctement, et même qu’il lui arrive d’agir sur eux sans véritable nécessité.

Déficit de maternage

21/03/2011

maternage...Les animaux de compagnie remplissent une fonction cathartique, de libération des affects refoulés dans le subconscient… Les hommes et les femmes de ce début de XXIe siècle sont-ils à ce point privés d’autorité et de maternage par la société qu’ils en sont réduits à exercer ces rôles sur des animaux?  L’accession des animaux de compagnie à un statut familial représentant l’une des caractéristiques dominantes du système domesticatoire actuel, c’est probablement dans l’évolution de la famille que l’on peut trouver la réponse à cette question. En dépit de ses avatars, la famille constitue toujours la cellule de base de la société, l’unité de consommation et le lieu privilégié de l’éducation des enfants et continue d’être perçue comme une ‘valeur refuge’…. Or l’effacement des pères coïncide avec la montée en puissance du phénomène animal de compagnie … Les femmes ayant perdu en amour maternel ce qu’elles ont gagné en pouvoir… cette évolution semble avoir creusé chez certaines femmes un déficit de maternage qu’elles tentent  plus ou moins inconsciemment de combler non seulement en s’occupant d’animaux familiers, mais en s’en occupant comme s’il s’agissait  d’enfants. Fait significatif : on a pu établir des liens entre mouvement féministe et mouvement protectionniste des animaux au 19e siècle.

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardEn réalité, beaucoup plus que la transformation de tel ou tel rôle, ce qui frappe dans la famille française, c’est l’effacement des différences entre les rôles parentaux, entre les sexes, entre les aînés et les cadets, entre les classes sociales. L’indifférenciation et la confusion, en un mot la labilité, qui règnent à l’intérieur de nombreuses familles font la litière de l’animal familier fusionnel et abusif, en lequel pères fragilisés, mères cumulantes et enfants flottants trouvent un délégué narcissique et un substitut cathartique d’enfant, de conjoint, de parent. Au sein et autour de la ‘famille incertaine’ l’animal de compagnie représente le seul élément stable, toujours présent quand on a besoin de lui, le seul être sur lequel l’homme moderne croit garder à peu près prise.

Jean-Pierre Digard. Les Français et leurs animaux. P 139-141 -143

Communauté morale

14/03/2011

Les Français et leurs animaux-Jean-Pierre_DigardCe qui est en cause dans la question de la place des animaux, c’est, si l’on y réfléchit bien, la question de leur nature, ou si l’on préfère de leur position (notamment phylogénétique) par rapport à la nôtre : les hommes et les animaux sont-ils plutôt semblables ou plutôt différents? explique Jean-Pierre Digard (Les Français et leurs animaux, p 101)
De ce qui est répondu, découlent  les modalités du vivre ensemble. D’un côté les recherches éthologiques nous disent que les ressemblances sont nombreuses, que nous posséderions en commun avec eux -les animaux – des éléments constitutifs de notre propre identité, par conséquent qu’entre eux et nous,  nous formerions une communauté de vivants. L'origine des espèces-Charles_DarwinDepuis la publication de L’Origine des espèces(1859), il y a de bonnes raisons de penser que cette communauté est plus étroite qu’on n’était disposé à l’admettre jusque-là.
Les êtres humains forment une communauté de vivants avec les autres animaux: formons-nous également une communauté morale ? (Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’)
Il y a en gros 4 manières historiquement parlant de concevoir la relation aux animaux donc de leur accorder des caractéristiques propres qui fait que l’homme se doit – moralement  – de les considérer comme des êtres vivants et d’avoir à leur égard des rapports moraux. Une première tradition est attentive au statut de créature de l’animal. Pour une seconde, c’est sa capacité à souffrir qui le distingue des simples choses. Pour la troisième, c’est la présence d’intérêts. La dernière discerne en lui quelque chose comme une subjectivité (J-Y Goffi).
Pour beaucoup de défenseurs des droits des animaux dont Tom Regan la subjectivité est une valeur suffisante pour rendre aux animaux leurs droits à jamais reconnus. Cette subjectivité, c’est celle d’un être qui est le sujet d’une vie ; en gros un être qui vit et ce qu’il vit lui importe. Beaucoup d’animaux franchissent ce seuil. Ils ont donc des droits, lesquels ne sont ni négociables, ni échangeables et justifient qu’on s’interdise, à leur égard, toutes sortes de traitements.
Mais si on leur accorde des droits, quid des devoirs ? des obligations ? des responsabilités ? Ne serait-il pas plus agissant de préférer à la notion des droits de l’animal celle de devoirs de l’homme envers les animaux ?

Pour aller plus loin
Jean-Yves Goffi, ‘Les relations entre l’homme et l’animal’, Université de tous les savoirs, La Philosophie et l’éthique, Volume 11 Odile Jacob, 2002, p 104-108

Soulageante néoténie

23/10/2010

Tantôt déifié, tantôt diabolisé, l’animal a connu le meilleur et le pire et a incarné surtout l’idée que nous nous en faisions. Dès lors, en biomédecine, l’animal devient un outil thérapeutique avec la thérapie assistée par l’animal.
Avant de faire entrer un animal quel qu’il soit dans une enceinte de soins, il faut remplir des exigences très strictes de contrôle pour éviter l’entrée nouvelle d’agents pathogènes externes, afin de protéger l’homme plus vulnérable que l’animal dans le combat de la vie. Le contrôle prend la forme de la rédaction d’un protocole, préalable à l’introduction des animaux dans un établissement de santé. On y retrouvera les règles et procédures qu’on entend suivre au moment où l’animal sera présent. On s’assurera évidemment que toutes les personnes concernées par les activités en prennent connaissance et qu’elles s’y conforment en tout temps.
Site_vetopsy.frConcernant la sélection et la formation des animaux ainsi que leur encadrement, c’est la sélection qui offre les meilleurs outils (individus). Il faut comprendre que les chiens sont dûment sélectionnés pour que persistent des traits infantiles chez l’adulte. Jean-Pierre Digard parle de « néoténie domesticatoire ». Les adultes humains, et qui plus est des enfants en souffrance, sont aussi influencés par ces caractéristiques. Ils s’y projettent. On peut penser que les animaux domestiques ayant des traits néoténiques vont provoquer une réponse de protection, de sécurité, de jeu, de transfert, de bien-être, etc. chez l’enfant.
D’une certaine manière en prenant soin d’un plus petit que soi, qui ressemble à soi, on s’auto-inflige le soulagement.

Un berger allemand partenaire de zoothérapie ?

05/02/2010

Peut-on faire de la thérapie assistée par le chien (TAC) avec un berger allemand ? Toutes les lignées de chiens sont-elles adaptables à la TAC ? Un pitbull engendrera-t-il les mêmes élans d’affection qu’un bichon maltais ? Un Bouledogue américain aura-t-il le même effet de stimulation psychophysiologique qu’un Cavalier King Charles Spaniel ? Cavalier King CharlesRottweilerLa représentation sociale qu’on (faudra déterminer qui est ‘on’) se fait d’un Rottweiler lui barre-t-elle immédiatement la route des hôpitaux…
Jean-Pierre Digard de l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative explique que le phénomène ‘pitbull’ - et plus largement des chiens dits dangereux - est une construction sociale datée et circonstanciée qui a engendré des réponses aussi insensées que globalisantes de la part des municipalités en instaurant des ‘lois racistes’.
N’en serait-il pas de même dans le milieu zoothérapeutique ? Pourquoi exclure des chiens à la gueule carrée, à la musculature imposante… Soyons congruents : tout dépend des clientèles, on n’installera pas un Saint-Bernard sur les genoux d’une ainée toute frêle….
L’animal engage une relation sans a priori, sans jugement de valeurs, toutefois les peurs et les projections que l’humain plaquent sur le poilu sont stigmatisantes … pour le poilu.


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