Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘infirmières’

Une différence de genre

10/10/2010

Un horizon de recherche zoothérapeutique très stimulant est de documenter comment, dans une situation à vocation thérapeutique, un animal peut devenir un être signifiant. Et cette réflexion ne peut faire l’impasse sur le type de relation mis en place par les hommes et par les femmes avec l’animal. Des études semblent indiquées qu’il y existe une approche distincte, une différence de genre.

It is clear to me that gender differences result from the interaction of factors that operate at multiple levels, and it is unlikely that any single factor can account for the array of differences in human–animal relationships that have been documented over different behaviors and cultures. (1)

Attendu qu’on assiste à l’épuisement progressif de recherches sur des données quantifiables, reproductibles en zoothérapie pour se tourner vers la création de variable « perception de l’animal, » il importe voir comment l’homme et la femme abordent cette relation avec l’animal.

While women were more humanistic and moralistic about animals, they were also more negativistic. And while women expressed more concern for the welfare of individual animals, men were more concerned with species preservation and habitat conservation.
Most investigations of attitudes toward the use of animals have found that women are more sympathetic than men towards animal welfare and are less supportive of animal research. These differences transcend national boundaries. (1)

gender differences in human-animal interactionCeci est peu considéré dans les comptes-rendus de recherches. Autre point, les infirmières, comme ‘pros de la relation de soin’, ont été les premières à mettre en place des initiatives de soin incluant les animaux. Comme femmes, elles ont beaucoup fait pour faire entrer la thérapie assistée par l’animal dans les établissements. Et elles se sont beaucoup battues pour faire reconnaitre l’apport de l’animal. Est-ce une simple coïncidence? Certains articles suggèrent même que les infirmières devraient avoir plus de place dans la décision et la conduite de ce type d’initiative.

Bref, les animaux en eux-mêmes n’ont pas d’effet thérapeutique en soi sur les patients. Tout dépend de l’interprétation que se fait le thérapeute du potentiel de changement apporté par l’animal dans la relation. Tout dépend de comment les différents acteurs deviennent des figures d’attachement les uns pour les autres. Tout dépend de la manière dont en tant que femme et en tant qu’homme on aborde la relation à l’animal.

En quoi le thérapeute est attaché à son patient, en quoi le patient est attaché au thérapeute, en quoi le patient est attaché à l’animal, en quoi le thérapeute est attaché à l’animal, en quoi l’animal est attaché au thérapeute, et en quoi l’animal est attaché au patient.(2)

En quoi le thérapeute est homme ou femme, en quoi le patient est une patiente….. La relation thérapeutique est un objet d’études passionnant si et seulement si on garde en ligne de mire les relations de genre qui sont porteuses d’informations éclairantes.

Pour aller plus loin:

(1) Harold A. Herzog, Gender Differences in Human–Animal Interactions: A Review, Western Carolina University, Cullowhee, USA, ANTHROZOÖS Vol. 20, Issue 1, 2007

(2) Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

Pas que des maux

30/01/2010

La thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre devant nous un champ béant forçant les débats qui risqueront d’être houleux. Pourquoi?
D’abord la TAC ou ses nombreuses et changeantes dénominations (thérapie assistée par le chien, zoothérapie, médiation animale… autant de mots qui ne sont pas des synonymes) réunit autour d’une même personne (parle-t-on de patient, de malade, de bénéficiaire, de client…?) différents intervenants lourdement encadrés par leurs univers disciplinaires respectifs.
Le médecin (thérapeute, spécialiste, dit-on médecine curative, médecine préventive…), l’intervenant en TAC avec son bagage professionnel (de la santé, du social, de l’enseignement spécialisé ou…), l’équipe médicale (infirmières, aides-soignantes….) parfois les autres (vétérinaires, scientifiques…) et le chien (provenant d’une famille d’accueil, d’un éleveur, de la maison, chien-mascotte, chien résident…). Le tout dans un environnement spécifique (hospitalier, CHSLD, ferme thérapeutique…).
Ce mixage hétéroclite et conjectural a pour objectif de déployer une technique ? une approche ? une intervention? une méthode? une thérapie?… dans une situation de souffrance humaine.
Pour des résultats sous tension : çà marche? Çà marche pas? Des résultats qui de toute manière sont jugés insuffisants par les tenants de la science forte qui fixent les règles de ceux qui veulent être reconnus. Ces derniers forcément s’engagent dans une course à la batterie de tests, de protocoles, de travaux expérimentaux… pour souvent récolter des anecdotes, çà veut dire dans le langage des tenants de la sicence forte l’extrême opposé de la généralisation des savoirs.
La TAC est l’idéal-type de l’incertitude dans un monde de tolérance zéro et de principes de précaution. Elle force un nécessaire recours à l’anthropomorphisme. Mais faut surtout pas l’avouer…. Elle est basée sur une certaine conception de la vie portée par chacun des partenaires en lice, subjectivité pas toujours reconnue et acceptée…. Elle induit que les rapports homme-chien sont assimilés à un système social total qui englobe l’ensemble des activités humaines, cette vue est carrément occultée. Comme sont effacés des regards les affects indissociables de cette approche, intervention, technique, thérapie…
La TAC bousculte les tenants de la pensée unique biomédicale pour le meilleur !

Toute une histoire … thérapeutique

27/11/2009

L’introduction des animaux dans les établissements psychiatriques a commencé au 18è siècle en Europe. « Il apparaît », écrit Jean-Luc Guichet, « que jamais, historiquement, aux époques antérieures ou ultérieures, le thème de l’animal n’a été aussi important dans l’espace philosophique qu’au XVIIIe siècle. Il se rencontre à tous les carrefours décisifs de la réflexion, métaphysique, théologique, morale, biologique, épistémologique, et incarne l’un des centres essentiels, peut-être même le centre principal, de l’anthropologie qui commence précisément à se constituer de façon autonome » (Burgat, 2006).

Depuis l’aube de l’humanité, les animaux ont eu sur l’homme un effet civilisateur

Depuis l’aube de l’humanité, les animaux ont eu sur l’homme un effet civilisateur

Ce sont les  infirmières qui ont implanté la pratique de thérapie assistée par l’animal en milieu hospitalier de manière systématique un siècle plus tard. Florence Nightingale, fondatrice des techniques infirmières modernes, fut l’une des pionnières dans l’emploi d’animaux pour améliorer la qualité de vie des patients. Durant la guerre de Crimée (1854-1856), elle gardait une tortue à l’hôpital parce qu’elle savait, pour avoir observé le comportement des animaux depuis sa tendre enfance, que ceux-ci avaient le pouvoir de réconforter les gens et de diminuer leur anxiété.
De nos jours, la portée thérapeutique des interventions de thérapie assistée par l’animal est de mieux en mieux documentée et rapportée dans de nombreux articles scientifiques. En fait, depuis que Boris Levinson, un psychiatre américain, a, dans les années 1960, été le premier à poser par écrit ses observations. Il travaillait auprès d’enfants autistes et il a pu noter l’influence bénéfique de la présence des chiens auprès d’eux, interactions induisant des réponses physiologiques et psychologiques extrêmement favorables.
Or, les preuves scientifiques hors de tout doute de l’efficacité thérapeutique de la TAC n’existent pas.
Pas encore…

Une solution thérapeutique complémentaire: la TAC

01/10/2009

La portée thérapeutique des interventions de thérapie assistée par le chien (TAC) est de mieux en mieux documentée et rapportée dans de nombreux articles scientifiques.
Mais….
Les expériences savamment encadrées dans les centres hospitaliers du Québec se multiplient. Les chiens médiateurs, impliqués dans toutes ces séances rencontrent des normes préétablies de santé, de comportement et d’éducation. Il va sans dire que la thérapie assistée par le chien en milieu institutionnel est encadrée par l’observation de règles élémentaires mais strictes de prudence, d’éthique et de sécurité. Or, la TAC rencontre des difficultés similaires à toutes nouvelles pratiques médicales et alternatives qui cherchent à se faire connaître et reconnaître au Québec. On a recours aux chiens dans les espaces de santé, mais « When positive effects are reported, weaknesses in the methodologies used to obtain them raise doubts concerning their validity. Additionally, some of the more promising clinical observations that recur consistently throughout the AAI literature— e.g., the ability of animals to expedite the rapport-building process, enhance engagement, and facilitate retention in treatment—have not been investigated empirically »[1].
Les ‘evidence based medecine’ – si chères au monde biomédical – ne sont jamais suffisamment évidentes pour une raison élémentaire : la société anthropocanine ne fait pas partie des cas de figure envisageable. Car, « L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et qui m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais : c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé, ce qui mérite ce nom de profondeur qui veut dire avec précision ce qui m’échappe. Mais c’est aussi la poésie (…). Je ne sais de quoi de doux, de secret et de douloureux prolonge dans ces ténèbres animales l’intimité de la lueur qui veille en nous »[2]. Ainsi, le lien immémorial avec le chien n’est pas considéré comme thérapeutique par le corps médical, d’autant plus que « la condition de l’existence d’un lien social n’est pas l’identité des acteurs, mais l’ajustement mutuel de leurs conduites et de leurs attentes»[3].
Il existe, pourtant, une culture et une société propres aux chiens et aux humains en situation de soins. Le corps médical est-il préparé à accueillir cette relation triangulaire chien-patient-soignant travaillant en parfaite multidisciplinarité avec les équipes professionnelles médicales : psychiatre, infirmières, préposées aux bénéficiaires…?


[1] Kruger. K, Trachtenberg. S et Serpell. J. Can animal help human heal ? Animal assisted interventions in adolescent mental health. Center for the interaction of animals and society. University of Pensylvania School of Veterinary Medecine, july 2004

[2] Bataille, Georges, Théorie de la religion, Idées/Gallimard, 1948, p. 52-53

[3] Guillo, Dominique, Des chiens et des humains. Le Pommier, p. 289


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