Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Homme’

Morceaux choisis… à méditer

15/12/2010

Le chien pris au serieuxLa prétendue faiblesse de caractère de tant de chiens repose souvent sur des erreurs éducatives au cours de la phase de socialisation : on ne joue pas assez avec le chien, en revanche on ‘dresse’ d’autant plus. Plus d’un homme se prend pour un dompteur de lions frustré et prend le chien pour un loup sauvage et féroce. En cela, il se trompe doublement. Premièrement, un dompteur de fauves n’est plus, depuis longtemps, un dompteur d’animaux qui impose aux ‘bêtes sauvages’ sa volonté de fer, mais un ami des animaux sensibles qui sait qu’il ne peut espérer les meilleurs résultats que si ces grands chats ont du plaisir à travailler.  Deuxièmement, il n’y a pas de loups sauvages et féroces. P 54-55

On n’insistera jamais assez sur le fait que le chien n’est pas un être dont les instincts sont fixés une fois pour toutes. Il ne suffit pas de connaître tous les modes de comportements innés pour mieux s’entendre avec le chien. Il est beaucoup plus important en revanche d’analyser exactement ses possibilités d’apprentissage innées, en fonction de son âge, d’observer sa relation avec le compagnon parental et d’étudier les interactions entre le père et le chiot dans les différentes phases de vie pour savoir comment et par quoi se construit la personnalité de chaque chien. Il est précisément un ‘animal d’apprentissage’. P55

La hiérarchie sociale n’est pas une affaire de supériorité physique, elle est certainement plus une question de supériorité psychique. p 57

Si nous voulons aussi nous comporter selon les lois de l’espèce, il nous suffit d’imiter ce que fait le père-chien. Il organise beaucoup de jeux avec les chiots, des jeux de chasse et de prédation en particulier et il les ’scolarise’.  p 60

Le chien adulte ne joue pas non plus avec nous pour développer son savoir mais pour pratiquer son exercice communautaire. p 61

Le chien pris au sérieux
Eberhard Trumler

Tout est dans la question

04/06/2010

Nous avons constaté que la question de la différence entre l’homme et l’animal est une question sur laquelle de très nombreux philosophes, psychologues, anthropologues, sociologues se sont penchés. Visiblement cette question les intéresse. Par ailleurs, de toute évidence, les réponses qu’ils ont apportées sont différentes de celle qu’on obtiendrait si on interrogeait d’autres personnes, qui ont d’autres rapports aux animaux, et ce contraste nous intéresse. Or, si cette question mobilise les universitaires, nous ne pouvons pas être sûres qu’elles puissent avoir un intérêt pour les éleveurs, ni que ce soit une question pertinente. Alors, selon vous, en tant qu’éleveur, comment devrions-nous la construire et la poser pour qu’elle ait une chance d’intéresser ceux auxquels nous la posons et qu’elle ait une chance de recevoir des réponses intéressantes ? (p. 26)

Vincianne Despret et Jocelyne Porcher ont inversé la méthodologie de leur enquête-terrain en demandant à leur public-cible, en l’occurrence des éleveurs de vaches et de cochons, ce qui serait intéressant de savoir sur la relation qui les unit à leurs bêtes. D’ou le titre de l’ouvrage: Être bête. Actes Sud.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase ci-dessus, éleveurs par médecins? Ainsi selon les praticiens, et selon les contextes, la question changerait, évoluerait, se modulerait donc serait plus près de la réalité.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase précitée, éleveurs par patients? Ainsi selon les bénéficiaires qui sont différents selon chaque établissement, et dans chaque établissement, qui sont particuliers aux différents contextes, les humains et les canins seraient différents.
… rendant la TAC unique. Unique, la posture intellectuelle de travail : demander aux gens (médecins et patients) de penser avec les chercheurs de TAC.

Lieu de projections

16/04/2010

naissance d'une théorie éthologiqueL’animal est devenu, dans les cultures occidentales et plus particulièrement à l’Âge classique le lieu de ‘projections’ au sens psychanalytique du terme (voir M. Foucault. Histoire de la folie à l’âge classique, 1972) : la nature qui effrayait à l’extérieur, une fois maîtrisée, devient une menace de l’intérieur.
L’animal offre à l’Homme un miroir plus ou moins déformant, plus ou moins acceptable; proche et lointain à la fois, il est à la fois le même et le différent. Le regard que nous portons sur lui, la façon dont nous en construisons la représentation peut le rendre plus ‘même’ ou plus ‘différent’. En ce sens également, l’animal est à la fois objet et sujet. Et comme objet-sujet, il définit en même temps qu’il constitue l’homme sujet-sujet : il le définit dans l’identité et le constitue dans l’altérité. C’est là que se joue le rôle fictionnel du précurseur : être à la fois le même et le différent.

Vinciane Despret. Naissance d’une théorie éthologique, p.17
Collection Empêcheurs de penser en rond

Nous ne sommes pas seuls

09/09/2009

L’Homme existe sous le regard de l’Autre… poilu. L’animal de compagnie, le chien, est une présence. Il incarne une altérité porteuse de sens. Depuis des millénaires, il évolue aux côtés de l’humain dans un environnement d’artefacts humains. Il en a appris ses sens, ses significations. Il en a tiré des attitudes, des comportements. Il en est génétiquement modifié. Il en a acquis une histoire. Il en a développé une culture.
En ce sens, le chien et l’homme forment une société distincte. La société anthropocanine (1) c’est d’abord ça : reconnaître que le chien occupe une place particulière, privilégiée qu’il s’agit de définir. Incidemment, l’humain ne vit jamais seul dans le monde « Ses sociétés comprennent toujours une très grande quantité d’animaux et de végétaux qui entretiennent des rapports multiples avec l’homme » (2). Et cette société anthropocanine nous enjoint de repenser l’espace commun de vie, donc de « re-conceptualiser la Nature de la Cité » (3).
La place de l’humain dans l’univers vivant est entrain d’être revisitée par certains chercheurs et les conclusions scientifiques auxquelles ils parviennent nous obligent à penser le chien, comme un individu non humain et l’humain comme un individu parmi  une humanité plurielle. Jusqu’où est-on humain, la question n’est pas tranchée. Loin de là!
Ça pose un sérieux problème de réflexion et reste un merveilleux espace de co-développement pour l’humain. Nous ne sommes peut-être pas seuls mais nous nous comportons souvent comme de fieffés égoïstes qui devons panser notre quatrième blessure narcissique (4).

Sandraetlechien apportera sa pierre à cet édifice et tordra le cou à cette obsession : l’humain n’est pas le point d’arrivée de l’évolution, il n’en est qu’une étape.


(1) Guillo, Dominique. Des chiens et des humains, Le Pommier, 2009

(2) Lestel, Dominique. L’animal singulier, Seuil, 2004, p. 30

(3) Lestel, D. Op.cit, p. 31

(4) Lestel, D. Op.cit, p. 61


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