09/01/2012
p. 378. Tout sur la psychologie du chien. Joel Dehasse partage :
Chiens et humains ont évolué ensemble depuis plus de 10 000 ans. L’évolution de la structure de la société a modifié la génétique humaine et celle du chien. L’homme a supprimé ses prédateurs, il a domestiqué ses anciennes proies, il a altéré le mode de vie de nombreuses espèces autour de lui, il a modifié les paysages et le climat de sa planète. L’homme occidental s’est distancié des processus de sélection naturelle, et il a fait de même pour les animaux domestiques, le chien inclus.
La culture coopère avec la génétique pour fabriquer le nouvel humain, le nouveau chien. L’homme est incapable désormais d’échapper à sa culture, à sa société et le chien est incapable d’échapper à l’homme. L’être humain est symbiotique d’une entité virtuelle (une croyance, une illusion) : la société occidentale. Le chien est emporté par cette même vague qui transforme l’être humain libre en une fourmi d’une fourmilière, en pion impersonnel. C’est de l’amensalisme de la part de la société qui empêche le développement de l’être, dans un système gagnant-perdant, l’homme étant le perdant. C’est aussi un esclavagisme, la société utilisant l’être à son profit afin de croître à ses dépens. L’homme fait de même avec le chien. Rares sont les humains qui permettent à leur chien de créer pleinement leur vie, de vivre intensément, de développer tous leurs potentiels, la plupart des chiens sont maltraités (passivement) par l’irrespect de leurs besoins éthologiques minimaux d’activité et d’interaction sociale.
La coévolution coopérative existe cependant chez quelques êtres. L’expérience est vécue ensemble dans le respect et l’enrichissement mutuels; cela nécessite de prendre conscience des messages engendrés par l’expérience. On y retrouve très peu de chiens de famille, mais bien certains chiens de travail, de sport, de danse (free style) ou encore quelques chiens d’assistance
.
Pour arriver à une coévolution coopérative, la question à se poser devrait être : ‘Qu’est-ce que je possède qui puisse améliorer la vie de mon chien et réciproquement, que possède-t-il pour améliorer la mienne?’. Dans le modèle d’autoresponsabilité, le chien nous apporte à chaque instant un miroir de conscience, s’il n’améliore pas nos capacités de survie biologique, ni notre apparent bien-être psychologique, il nous donne des messages de réalisation de soi et de développement spirituel.
Tags: 10 000 ans, amensalisme, animaux domestiques, besoins éthologique, chien, Coévolution coopérative, esclavagisme, évolution, génétique humaine, homme occidental, Joel dehasse, maltraitance, prédateurs, sélection naturelle, société, symbiotique, système gagnant-perdant
Publié dans
Jappons, Le chien et l'éthologue | Aucun commentaire »
08/10/2009
L’homme occidental du 21e siècle est en rupture sauvage. Souvent, trop souvent, il s’interdit d’accueillir le chien comme membre d’une autre espèce. De là son arrogance et son divorce d’avec la vie.
L’être humain n’existe que parce qu’il est en relation avec d’autres congénères. Il trouverait à se compléter s’il était en relation avec d’autres espèces. Le chien appartient à une autre espèce. La science ne sait d’ailleurs toujours pas quelle hypothèse retenir quant à son origine. Qu’importe, le doyen des animaux de compagnie n’en reste pas moins un animal carnivore captif d’une autre groupe que le sien et rejeté dans sa différence par ceux qui s’y intéressent.
Cette négation prend non seulement la forme de l’anthropomorphisme, cette violence faite aux chiens de les humaniser pour les rendre disponible aux besoins humains. Le chien est entré sous nos toits. Fait-il pour autant partie de la famille… humaine ? Non, le chien n’est pas un être humain. Comme l’homme n’apprend pas l’autre race, il camoufle la sienne et le chien se trouve confronté à des situations auxquelles il ne peut trouver de réponses adaptées. Par méconnaissance, inconscience et plus sournoisement par exclusion de ce qui n’entre pas dans ce qui peut être contrôlé par lui-même, l’homme n’accepte pas ce fait : son plus fidèle ami appartient à un autre monde. C’est ce qui a fait dire à l’anthropologue Claude Levi-Strauss, dont on fêtait en 2008 le centième anniversaire de naissance, qu’en « s’arrogeant le droit de séparer radicalement humanité et animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, l’homme occidental a ouvert un cycle maudit »[1] dans lequel il a oublié d’entrer en relation avec la part différente de l’autre différent. Il a renoncé à lui-même en se plaçant en haut de l’échelle de l’évolution. Cet être vivant s’est exclu lui-même du règne de la nature. L’homme s’est trompé pendant des siècles, il s’est voilé la face.
Sa malfaisance à traiter les animaux comme des sous-humains, des objets ou des choses (un propriétaire dispose d’une chose) n’a plus sa raison d’être. Il suffirait au seigneur absolu de la création d’accueillir la différence interspécifique. Et la rencontre fabuleuse avec Canis familiaris aurait lieu. Être compagnon de route d’un autre que soi, un autrui différent et unique, c’est paver la voie à un vrai humanisme. En observant son chien, en développant avec lui une relation privilégiée de compréhension mutuelle, on intègre la partie animale de son humanité. On ne parle pas de communauté hybride mais bel et bien d’humanisation franche de l’homme au contact d’un individu aux besoins, comportements, instincts naturels et canins. Dans un rapprochement respectueux de l’animalité de son chien, Je suis ce que je suis car IL est ce qu’il est.
L’homme a nié ceux de l’espèce canine en les dominant, en les asservissant, en les folklorisant. Cet « humanisme totalement coupé de la nature, perverti et destructeur » disait Claude Levi-Strauss, docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, a duré. Désormais, il se sent seul. Bien lui en prend s’il pouvait avoir l’audace d’accepter recevoir l’attention altruiste et la mansuétude patiente du chien pour apprendre à retrouver sa place dans la nature et dans la société.
[1] Levi-Strauss, Claude.
Anthropologie structurale deux, Plon, 1973, p. 49-55
Tags: 21e siècle, animal carnivore captif, Anthropologie structurale, anthropologue, anthropomorphisme, attention altruiste, autre espèce, besoins, besoins humains, canins, Canis familiaris, chien, Claude Levi-Strauss, communauté hybride, compagnon de route, comportements, compréhension mutuelle, cycle maudit, développer une relation privilégiée, différence, différence interspécifique, docteur honoris causa de l’Université de Montréal, doyen des animaux de compagnie, échelle, évolution, fidèle ami, groupe, homme occidental, humanisation franche, humaniser, humanité et animalité, instincts naturels, mansuétude patiente, membre, nature, observer son chien, partie animale de son humanité, race, règne de la nature, rupture sauvage, société, sous-humains, Université Laval, violence, voilé la face, vrai humanisme
Publié dans
Histoires de chien, Réflexions anthropocanines | Aucun commentaire »