Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Gérard Lenclud’

Le chien au secours d’une médecine de l’ignorance

06/01/2011

Et les animaux sont peut-être moins déstabilisants lorsqu’il est question de jauger leurs valeurs thérapeutiques à l’aune des connaissances des sciences médicales, mais insidieusement, ils n’en sont pas moins interrogeants : «  À trop vouloir limiter les animaux à de purs corps mécaniques, ne risque-t-on pas de reconnaître à cette machinerie des capacités telles que l’on est conduit à se demander si notre propre machine corporelle n’est pas à elle seule capable d’expliquer l’ensemble de nos actes, et donc à faire l’économie d’une âme chez l’homme ? » (Florence Burgat, 2006). L’anthropologie a ainsi été conduite à emprunter des théories, des concepts et des méthodes à de nombreuses disciplines « la biologie, à la sociologie, à l’histoire, aux sciences de l’environnement, à la linguistique, à la sémiologie et plus largement aux humanités, emprunts qu’elle a intégrés dans des proportions variables et selon des scénarios diversifiés » (Gilles Bibeau, 2001, L’anthropologie : une discipline carrefour?). Il serait temps d’aller voir du côté de l’animal « enfin évadé des enclos disciplinaires où il était parqué pour venir imposer sa présence muette dans des espaces théoriques à l’intérieur desquels il n’était qu’exceptionnellement convié » (Gérard Lenclud, Si un lion pouvait parler, 1998).
Le corps médical n’en reviendrait-il pas, avec la thérapie assistée par le chien (TAC), au savoir hippocratique, dans le sens où « la médecine hippocratique n’est pas seulement une médecine ignorante de ce que la science lui permettra d’apprendre par la suite, c’est une médecine qui, de ce fait, ne pouvait faire autrement que de compter avec l’ignorance. Compter avec l’ignorance voulait alors dire être obligé de tenir compte du patient et de son discours car c’est lui seul qui pouvait renseigner la médecine de son état. La médecine hippocratique était une médecine déductive, basée sur l’observation et sur le patient » ? (Christian Morel, 2001).
Les animaux ne peuvent pas être considérés comme une panacée, ils ne peuvent pas guérir le cancer, l’hypertension artérielle ou l’incontinence urinaire. Cependant, ils induisent de petits effets qui, répétés fréquemment, peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie et atténuer les effets stressants des contrariétés de tous les jours. À l’instar de Michel Foucault, la TAC c’est un peu l’aménagement de la prévention. Mais c’est surtout « par l’intermédiaire des soins, formes variées d’attention à l’autre, il y aurait cette possibilité d’un travail effectué autour de l’individu, de son corps, de son histoire, de sa parole. Par ce travail s’exprime aussi bien la quête du sens […], que la quête des sens […] et les chemins de l’embodiment et d’une nature corporéisée. C’est un travail par lequel s’exprime aussi parfois la recherche d’un ultime ailleurs, un monde autre et surnaturel ouvrant au salut. Par le travail de connection, les soins se veulent ainsi la réunification des dimensions de l’être et, dans leur version moderne, du soi individuel» (Soins, corps, altérité, Volume 23, numéro 2, Anthropologie et Sociétés, 1999).
En ce sens, la TAC ne dépersonnalise pas le patient mais renforce la compréhension de l’Autre (patient) grâce à une décision médicale (pouvoir du médecin) basée sur des présomptions de bien-être pour le patient.

Réhumanisation par le chien

05/07/2010

Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis  « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.

Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2). 
L’animal singulier La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).

 

Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud,  Et si un lion pouvait parler


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