Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘France Carlos’

11e SYMPOSIUM sur la thérapie assistée par l’animal

26/04/2010

Mercredi, l’Hôpital Rivière-des-Prairies et son module de thérapie assistée par l’animal tiennent leur 11e Symposium sur la thérapie assistée par l’animal.
Plus d’une centaine de personnes issues des milieux de la santé et des services sociaux et de l’éducation sont attendues à cette 11e édition présentant des conférenciers renommés en provenance des quatre coins de la province et de divers secteurs d’intervention ayant tous un lien commun : l’animal.
Le Symposium sur la thérapie assistée par l’animal met l’accent sur les bienfaits de la thérapie assistée par l’animal dans diverses interventions cliniques, mais également au sein de la collectivité.  Au fil des ans, l’événement biannuel est devenu une activité de réseautage permettant aux personnes qui s’intéressent à la relation entre l’humain et l’animal d’échanger et de découvrir les innovations ainsi que les nouvelles pratiques dans ce domaine. 
Le module TAPA de l’Hôpital Rivière-des-Prairies offre des services à une clientèle d’enfant et d’adolescents présentant des problèmes de santé mentale. Il offre également des services à une clientèle d’enfants, d’adolescents et d’adultes présentant des pathologies psychiatriques ou de sévères problèmes adaptatifs associés à une déficience intellectuelle, à un trouble envahissant du développement ou à un autre trouble neurodéveloppemental complexe.

Parmis les invités: André Masse, M.D, psychaitre, directeur clinique, Programme des troubles neurodéveloppementaux (Hôpital rivières des prairies), Jean Lessard, éducateur canin, Programme de formation professionnelle en zoothérapie, France Carlos, spécialiste en accompagnement de deul animalier

Ce n’était pas juste un animal… suite 2

25/03/2010

France Carlos nous parle du deuil de l’animal de compagnie, un deuil mal compris.

- Les personnes endeuillées remettent en question leurs émotions, les croyant déraisonnables parce que la relation à l’animal n’est pas jugée ‘unique’, ‘valable’, ‘aimante’ comme avec un humain?

Certaines personnes vont développer un lien très fusionnel et même parfois vont devenir dépendant affectif de leur animal.  C’est bien souvent ces personnes qui vont venir me consulter afin de remettre de l’ordre dans leurs émotions. 
Il est essentiel d’accorder toute l’importance qu’il revient au lien que nous avons pu développer avec notre animal.  Il est inconcevable de croire que la perte de notre animal devrait nous laisser froid et qu’une des choses raisonnables à faire est d’aller en acheter un autre rapidement. 
Un animal qui a été auprès de nous pendant plusieurs années nous a placé en contact avec l’amour inconditionnel, avec l’aspect ludique aussi d’avoir un animal,  avec la responsabilité que nous avons envers lui.  Il est donc illogique de penser que le décès de l’animal ne viendra pas nous chercher dans la douleur du manque. 

La peur d’être juger empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent

La peur d’être juger empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent

Certaines personnes me consultent aussi parce qu’elles sont dépassées par leur réaction suite au décès.  Elles ont besoin de se faire confirmer qu’il est normal d’avoir de la peine, d’avoir mal.  Même si nous n’avons pas développé une relation de dépendance envers notre animal, lorsqu’il quittera notre vie nous aurons à affronter une réalité qui est la douleur du manque.

- Ce déni des émotions de la personne endeuillée a-t-il des conséquences pour elle? Dans votre pratique, qu’avez-vous observé ?

La principale conséquence est que le deuil ne sera jamais complété et qu’il pourra refaire surface n’importe quand dans leur vie et pourra être déclenché par n’importe quel événement.  Bien souvent cette réaction de vouloir nier une réalité provient d’une blessure émotionnelle non réglée, le deuil de l’animal ne sera qu’une couche de plus ajoutée à la souffrance non-exprimée et non-réglée. 
Mais très peu de personnes vont nier leurs émotions, par contre elles ne les exprimeront pas, elles vont les banaliser, elles vont les vivre renfermer sur elles-mêmes bien souvent par la peur d’être juger par leur entourage.

- Pourquoi vous croyez justifier de mettre en place une thérapie axée sur le deuil animalier ?

Dans ma pratique de thérapie relationnelle j’avais des clients réguliers qui progressaient de façon très satisfaisante dans l’expression de leurs émotions, de leurs besoins relationnels et qui apprenaient à développer une bonne communication.  Mais lorsque ces personnes étaient confrontées au décès de leur animal nous avions le sentiment de revenir au point de départ; incapacité à nommer l’émotion présente, difficulté à la vivre en ma présence, sentiment de culpabilité  disproportionné.  J’ai alors constaté à ce moment là que la mort d’un animal nous plaçait dans un état émotionnel difficile à gérer seul, principalement à cause de notre peur d’en parler et d’être jugé.  Mais comme la meilleure façon de s’en sortir et de vivre notre deuil, est d’en parler, il devient essentiel d’avoir des ressources adéquates pour le faire.

Il est essentiel d’accorder toute l’importance qu’il revient au lien que nous avons pu développer avec notre animal

Il est essentiel d’accorder toute l’importance qu’il revient au lien que nous avons pu développer avec notre animal

- Vous offrez des services de consultation individuelle et de groupe? Est-ce important de partager?

Ce qui est essentiel c’est de pouvoir parler de ce que nous vivons.  Mais nous sommes confrontés à notre peur, alors d’où l’importance de choisir à qui nous allons en parler. Personnellement je crois en l’importance de pouvoir partager avec des gens qui ont vécues la même chose que nous.  Mais à cause de leur peur les personnes endeuillées hésitent à participer à des groupes de soutien, il est donc difficile d’avoir un nombre suffisant de participant.

Pour en savoir plus:

France sera présente au 11e symposium sur la thérapie assistée par l’animal qui se tiendra le 28 avril à l’hôpital Rivière-des-Prairies.

Ce n’était pas juste un animal

22/03/2010

S’il est un terrain sur lequel la relation anthropocanine prend tout son sens et le perdre aussitôt, c’est le douloureux moment du décès du compagnon à quatre pattes. La relation tissée au fil des ans,  la complicité de tous les instants, les émotions vraies et les affects sont renversés.  Et…  Déniés. Combien de gens ne peuvent vivre le deuil de leur animal de compagnie sans recourir au regard ahuri des proches : ‘bah voyons ce n’était qu’un chien’.
Rappelons-nous ce que Vinciane Despret et Jocelyne Porcher écrivaient dans Être bête (Actes Sud)

Pour quoi ils parlaient à leurs animaux c’est pour ne jamais oublier qu’il y a quelqu’un à l’intérieur…. Constituer un espace ‘devenir avec’… comment parler conduit à peupler…

‘ Perdre un compagnon ou une compagne de vie qui a été près de soi quotidiennement, qui a été là Deuil animalier -France Carlosquoique l’on fasse et qu’on lui fasse subir. Perdre une forme d’amour inconditionnel. Ce qui mettait de la joie dans son foyer. Ce qui parfois devenait une raison de vivre. Ce qui nous a éveillé au sens de la responsabilité. Perdre notre animal de compagnie, c’est bien souvent perdre une partie de notre cœur ‘, dit France Carlos dans son ouvrage Deuil animalier.   

Diplômée du Centre de Relation de Montréal depuis 1997, elle exerce en pratique privée en relation d’aide depuis. Mais c’est en voyant comment ses clients devenaient complètement désemparés lorsqu’ils perdaient leur animal de compagnie qu’elle a compris qu’ils avaient besoin d’une aide plus spécialisée. ‘J’ai ajouté à ma pratique le deuil animalier depuis 4 ans maintenant. Au Québec c’est très peu connu, contrairement au États-Unis où il y a plusieurs livres sur le sujet, des hôpitaux vétérinaires ont sur place leur thérapeutes, des écoles de médecines vétérinaires offrent des services de ligne d’écoute.  Ici au départ les gens ont de la difficulté à consulter à plus forte raison lorsqu’il s’agit du décès de leur animal. Certains de mes clients cachent à leur entourage qu’ils consultent’ témoigne-t-elle. 

- Le deuil d’un animal c’est quoi?

Je résumerais en disant que c’est la perte d’une forme d’amour inconditionnel et c’est ce qui nous manquera le plus, ne plus avoir près de nous cette présence d’un être vivant toujours content de nous voir, qui ne porte aucun jugement sur nous.  

- Quand on regarde les étapes du deuil de votre livre et les sujets abordés lors de vos consultations, on se demande si le deuil d’un animal aimé est si différent de celui d’un être humain aimé?

Où il y a une différence, je dirais c’est au niveau des conséquences.  Perdre un parent, perdre un conjoint n’aura pas le même impact sur notre vie que de perdre notre animal de compagnie.  Par exemple perdre un parent en bas âge nous laissera dans le manque de ce que ce parent aurait pu avoir comme influence sur notre développement.  Perdre un animal c’est perdre un compagnon de vie qui était près de nous depuis parfois plusieurs années, plusieurs heures par jour.  C’est perdre un être vivant pratiquement entièrement dépendant de nous, c’est un changement important dans nos habitudes de vie.
Mais au niveau émotif c’est sensiblement la même chose.  Les mêmes émotions seront présentes, la peine, la colère, l’impuissance, la culpabilité, la douleur du manque.  Le deuil se vivra de la même façon. 

- Il est si difficile de vivre ce deuil, parce que notre société n’en favorise pas l’expression, en quoi? Pour quoi? Pourquoi?

compagnon de route de France Carlos

L’assistant en thérapie de France : N’Stein, Yorkshire de 6 ans

La dernière chose que les personnes endeuillées veulent entendre c’est « c’était juste un animal ».  Pour eux leur animal était plus que « juste un animal ».  J’attribue ce genre de maladresse verbale à la difficulté et parfois même à l’incapacité d’accueillir une personne souffrante émotivement.  Les larmes nous rendent mal à l’aise et bien souvent la réaction est de mettre fin à l’expression des émotions de l’autre afin de ne pas être confronté aux nôtres. 
Il est aussi difficile pour certaines personnes de comprendre que le lien relationnel soit aussi fort entre le propriétaire et l’animal.  Pour les gens par exemple qui considèrent que le chien est un bien à leur service, ils comprendront difficilement que la personne ait l’impression d’avoir perdu l’équivalent d’un enfant. 
Dans notre société nous avons de plus en plus de personnes seules, sans conjoint, sans enfants, sans de réels amis, alors pour certaines de ces personnes l’animal devient un compagnon de vie qui prend une énorme place au niveau relationnel.  Perdre leur animal c’est perdre une partie de leur vie.
La peur d’être jugé empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent.


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