Le chien outil de la mémoire autobiographique
07/03/2011La mémoire autobiographique c’est la capacité des personnes souffrant de dépression de récupérer des informations personnelles concernant des événements autobiographiques (comme une rencontre) et des faits autobiographiques (un lieu de naissance ou le nom de collègues). Chez les dépressifs, les souvenirs positifs s’estompent et cette distanciation perdure même en rémission. Or la mémoire autobiographique contribue à la construction de l’identité personnelle. …
En 2000, Martin Conway de l’université de Leeds et Kit Pleydell-Pearce de l’université de Bristol (dans Les dossiers de la recherche, ‘La dépression nous rend spectateurs de nos souvenirs’ par Philippe Fossati, professeur à l’université ParisVI) ont postulé que le rappel d’un souvenir autobiographique passe par un processus actif de reconstruction. Les souvenirs ne sont pas stockés tel quels dans la mémoire à long terme mais recomposés au moment de l’évocation. Or, il est désormais bien documenté que la présence d’un chien dans une thérapie crée un environnement enrichi. Le chien est une combinaison de stimuli sociaux et inanimés qui va rassurer et apaiser le patient. Souvent, le patient souffre de ce qu’il voit de lui dans le regard des autres, or par son effet relaxant, le chien va également favoriser le contact et la conversation. Il y a plus : il est un véritable médiateur entre un patient très retiré et un thérapeute parfois désemparé.
Ainsi, le patient dépressif peut reconstruire en toute sécurité sa mémoire en se servant des infos disponibles pour recréer un souvenir qui intègre ces différentes parties de l’expérience initiale. La présence de l’animal aide à structurer l’interaction sur le plan spatial et temporel, en orientant l’attention et favorisant tout naturellement le développement d’une attention conjointe. (référence)
Ces processus de reconstruction de la mémoire sont très complexes et dépendent de l’état émotionnel des personnes, de leurs motivations lors du rappel du contexte d’évocation du souvenir. Or, il semble acquis que le chien induit le calme chez le patient, ce calme qui permettrait la réminiscence?
Le chien est dans l’ici et maintenant. D’une manière générale, la présence d’un animal permet de construire de « nouvelles réalités ».

L’honnêteté scientifique nous oblige néanmoins à mentionner que les résultats de ces travaux sont extrêmement variables, et leurs méthodologies pas toujours très rigoureuses. On peut toutefois, et en dépit de l’incertitude quant à la « réalité » des effets thérapeutiques des animaux sur les humains, réfléchir à « ce qui », dans la communication et l’interaction avec des animaux non humains, pourra être une base pour construire une relation thérapeutique.
6– La présence d’un animal permet au patient d’évoluer sur base de modalités de communication où il est aussi compétent (et parfois plus) que le thérapeute. En effet, tout le monde se met au niveau de fonctionnement de la communication non verbale (comportement, émotion). C’est la base de l’interaction avec un animal. Ici le patient n’est pas déficient, et la relation reste significative pour chacun.
Ceci est peu considéré dans les comptes-rendus de recherches. Autre point, les infirmières, comme ‘pros de la relation de soin’, ont été les premières à mettre en place des initiatives de soin incluant les animaux. Comme femmes, elles ont beaucoup fait pour faire entrer la thérapie assistée par l’animal dans les établissements. Et elles se sont beaucoup battues pour faire reconnaitre l’apport de l’animal. Est-ce une simple coïncidence? Certains articles suggèrent même que les infirmières devraient avoir plus de place dans la décision et la conduite de ce type d’initiative.
D’une séance à l’autre, l’enfant extrêmement introverti a fini par s’ouvrir à une relation avec le professionnel de la santé. 15 ans plus tard, le couple Corson faisait des recherches sur les comportements des chiens quand ceux-ci se sont mis à aboyer attirant les patients psychiatrisés de l’enceinte hospitalière. Les patients voulaient caresser les chiens et les voir. Dès lors, les chercheurs proposèrent de tester la Pet-Facilited psychotherapy (PFP) aux patients. À la même époque mais dans un autre état américain, un oiseau se blesse au Lima Hospital (institution qui traite des criminels malades psychiatriques). Recueilli par les patients, ils le soignent. C’était bien la première fois que les patients s’intéressaient à quelque chose. C’est le début de 8 années de recherches menées par David Lee.