Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Extrême-Orient’

Seules les religions judéo-chrétiennes…

21/06/2010
Age de l'empathieOn ne nous reprochera pas de coller des étiquettes au comportement humain mais lorsqu’il s’agit des animaux nous sommes censés réprimer cette habitude. Ce qui nous est presque impossible, car les humains mentalisent automatiquement. La mentalisation nous offre un raccourci vers les comportements qui nous entourent. Au lieu de fractionner nos observations sur la façon dont notre patron réagit à notre retard (des sourcils se froncent, son visage rougit, il tape du poing sur la table etc.) nous intégrons toutes ces informations en une seule évaluation (il est furieux). Nous structurons le comportement des autres en fonction des buts, désirs, besoins et émotions que nous percevons. Cette stratégie donne d’excellents résultats avec le patron et elle se révèle tout aussi efficace avec un chien qui se précipite sur nous, la queue frétillante, par opposition à un autre chien qui gronde en nous voyant, tête baissée et poil hérissé. Nous disons que l’un est ‘heureux’ et l’autre en ‘colère’ même si de nombreux scientifiques méprisent ces allusions à un état mental. Ils préfèrent dire que le premier est ‘joueur’ et le second ‘agressif’.
Les malheureux chiens font tout pour nous instruire sur leurs sentiments mais la science se livre à des acrobaties linguistiques pour éviter de les mentionner. Je n’approuve pas cette prudence.
Pour le darwiniste, il n’y a rien de plus logique que postuler l’existence d’une continuité émotionnelle. Je crois en fin de compte que la répugnance à parler d’émotions animales est moins liée à la science qu’à la religion. Et pas n’importe quelle religion, mais celles qui prirent forme dans des régions caractérisées par une absence d’animaux qui nous ressemblent. 

Lord HanumanAvec des petits singes et des grands singes à chaque tournant, aucune culture de forêt tropicale n’a donné naissance à une religion dissociant les humains de la nature. En Extrême-Orient – comme en Inde, en Chine et au Japon –où elles sont entourées de primates indigènes, les religions ne tracent pas de démarcation entre les humains et les autres animaux. La réincarnation prend des formes nombreuses et diverses. Un homme peut devenir un poisson et un poisson un Dieu. Les Dieux-singes comme Hanuman n’ont rien d’inhabituel.
Seules les religions judéo-chrétiennes placent les humains sur un piédestal faisant d’eux la seule espèce dotée d’une âme. On comprend aisément comment cette conception a pu voir le jour chez les nomades vivant dans le désert. Sans animaux pour leur tendre un miroir, l’idée que nous sommes seuls leur est venue naturellement. Ils se sont vus créés à l’image de Dieu et représentant l’unique forme de vie intelligente sur terre. Cette conviction demeure si ancrée qu’aujourd’hui encore ils recherchent la même forme de vie en braquant de puissants télescopes sur des galaxies lointaines.

Frans de Waal. L’Âge de l’empathie, LLL, Les liens qui libèrent, p 299-300


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