Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Être bête’

Tout est dans la question

04/06/2010

Nous avons constaté que la question de la différence entre l’homme et l’animal est une question sur laquelle de très nombreux philosophes, psychologues, anthropologues, sociologues se sont penchés. Visiblement cette question les intéresse. Par ailleurs, de toute évidence, les réponses qu’ils ont apportées sont différentes de celle qu’on obtiendrait si on interrogeait d’autres personnes, qui ont d’autres rapports aux animaux, et ce contraste nous intéresse. Or, si cette question mobilise les universitaires, nous ne pouvons pas être sûres qu’elles puissent avoir un intérêt pour les éleveurs, ni que ce soit une question pertinente. Alors, selon vous, en tant qu’éleveur, comment devrions-nous la construire et la poser pour qu’elle ait une chance d’intéresser ceux auxquels nous la posons et qu’elle ait une chance de recevoir des réponses intéressantes ? (p. 26)

Vincianne Despret et Jocelyne Porcher ont inversé la méthodologie de leur enquête-terrain en demandant à leur public-cible, en l’occurrence des éleveurs de vaches et de cochons, ce qui serait intéressant de savoir sur la relation qui les unit à leurs bêtes. D’ou le titre de l’ouvrage: Être bête. Actes Sud.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase ci-dessus, éleveurs par médecins? Ainsi selon les praticiens, et selon les contextes, la question changerait, évoluerait, se modulerait donc serait plus près de la réalité.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase précitée, éleveurs par patients? Ainsi selon les bénéficiaires qui sont différents selon chaque établissement, et dans chaque établissement, qui sont particuliers aux différents contextes, les humains et les canins seraient différents.
… rendant la TAC unique. Unique, la posture intellectuelle de travail : demander aux gens (médecins et patients) de penser avec les chercheurs de TAC.

Ce n’était pas juste un animal

22/03/2010

S’il est un terrain sur lequel la relation anthropocanine prend tout son sens et le perdre aussitôt, c’est le douloureux moment du décès du compagnon à quatre pattes. La relation tissée au fil des ans,  la complicité de tous les instants, les émotions vraies et les affects sont renversés.  Et…  Déniés. Combien de gens ne peuvent vivre le deuil de leur animal de compagnie sans recourir au regard ahuri des proches : ‘bah voyons ce n’était qu’un chien’.
Rappelons-nous ce que Vinciane Despret et Jocelyne Porcher écrivaient dans Être bête (Actes Sud)

Pour quoi ils parlaient à leurs animaux c’est pour ne jamais oublier qu’il y a quelqu’un à l’intérieur…. Constituer un espace ‘devenir avec’… comment parler conduit à peupler…

‘ Perdre un compagnon ou une compagne de vie qui a été près de soi quotidiennement, qui a été là Deuil animalier -France Carlosquoique l’on fasse et qu’on lui fasse subir. Perdre une forme d’amour inconditionnel. Ce qui mettait de la joie dans son foyer. Ce qui parfois devenait une raison de vivre. Ce qui nous a éveillé au sens de la responsabilité. Perdre notre animal de compagnie, c’est bien souvent perdre une partie de notre cœur ‘, dit France Carlos dans son ouvrage Deuil animalier.   

Diplômée du Centre de Relation de Montréal depuis 1997, elle exerce en pratique privée en relation d’aide depuis. Mais c’est en voyant comment ses clients devenaient complètement désemparés lorsqu’ils perdaient leur animal de compagnie qu’elle a compris qu’ils avaient besoin d’une aide plus spécialisée. ‘J’ai ajouté à ma pratique le deuil animalier depuis 4 ans maintenant. Au Québec c’est très peu connu, contrairement au États-Unis où il y a plusieurs livres sur le sujet, des hôpitaux vétérinaires ont sur place leur thérapeutes, des écoles de médecines vétérinaires offrent des services de ligne d’écoute.  Ici au départ les gens ont de la difficulté à consulter à plus forte raison lorsqu’il s’agit du décès de leur animal. Certains de mes clients cachent à leur entourage qu’ils consultent’ témoigne-t-elle. 

- Le deuil d’un animal c’est quoi?

Je résumerais en disant que c’est la perte d’une forme d’amour inconditionnel et c’est ce qui nous manquera le plus, ne plus avoir près de nous cette présence d’un être vivant toujours content de nous voir, qui ne porte aucun jugement sur nous.  

- Quand on regarde les étapes du deuil de votre livre et les sujets abordés lors de vos consultations, on se demande si le deuil d’un animal aimé est si différent de celui d’un être humain aimé?

Où il y a une différence, je dirais c’est au niveau des conséquences.  Perdre un parent, perdre un conjoint n’aura pas le même impact sur notre vie que de perdre notre animal de compagnie.  Par exemple perdre un parent en bas âge nous laissera dans le manque de ce que ce parent aurait pu avoir comme influence sur notre développement.  Perdre un animal c’est perdre un compagnon de vie qui était près de nous depuis parfois plusieurs années, plusieurs heures par jour.  C’est perdre un être vivant pratiquement entièrement dépendant de nous, c’est un changement important dans nos habitudes de vie.
Mais au niveau émotif c’est sensiblement la même chose.  Les mêmes émotions seront présentes, la peine, la colère, l’impuissance, la culpabilité, la douleur du manque.  Le deuil se vivra de la même façon. 

- Il est si difficile de vivre ce deuil, parce que notre société n’en favorise pas l’expression, en quoi? Pour quoi? Pourquoi?

compagnon de route de France Carlos

L’assistant en thérapie de France : N’Stein, Yorkshire de 6 ans

La dernière chose que les personnes endeuillées veulent entendre c’est « c’était juste un animal ».  Pour eux leur animal était plus que « juste un animal ».  J’attribue ce genre de maladresse verbale à la difficulté et parfois même à l’incapacité d’accueillir une personne souffrante émotivement.  Les larmes nous rendent mal à l’aise et bien souvent la réaction est de mettre fin à l’expression des émotions de l’autre afin de ne pas être confronté aux nôtres. 
Il est aussi difficile pour certaines personnes de comprendre que le lien relationnel soit aussi fort entre le propriétaire et l’animal.  Pour les gens par exemple qui considèrent que le chien est un bien à leur service, ils comprendront difficilement que la personne ait l’impression d’avoir perdu l’équivalent d’un enfant. 
Dans notre société nous avons de plus en plus de personnes seules, sans conjoint, sans enfants, sans de réels amis, alors pour certaines de ces personnes l’animal devient un compagnon de vie qui prend une énorme place au niveau relationnel.  Perdre leur animal c’est perdre une partie de leur vie.
La peur d’être jugé empêche les personnes endeuillées de parler librement de ce qu’elles vivent.

Et l’unique proximité?

18/02/2010

En 1997, Dr David T. Allen, mettait en doute les bienfaits de la thérapie assistée par le chien (TAC) suite à son analyse d’études qui ont servi à populariser la TAC. Pour l’épidémiologiste américain il y a de sérieuses lacunes scientifiques dans les recherches réalisées :

Ayant passé en revue plus de 1000 études, je n’ai pas trouvé une seule étude [étude de type II] qui décrit les gains en comparaison des pertes sur l’état de santé général de la société, en relation avec l’interaction entre les humains et les animaux. En d’autres mots, je n’ai pas trouvé un seul article [étude de type II] qui compare la magnitude des effets des cas cités avec un groupe témoin ou avec le public en général. Sur l’échelle des critères de validité scientifique, ces études [étude de type I] sont à ranger sur l’échelon le plus bas. Les rapports qui vantent les mérites de la relation des êtres humains avec les animaux sont fondés sur des études descriptives et sur l’opinion des experts, et les études de ce genre [étude de type I] sont les moins valides de toutes. (Charles Danten)

Somme toute cela n’a pas d’importance, car on ne peut pas parler des animaux sans connaître la façon dont les gens vivent ensemble. Nonobstant les règles de la science qui sont sujettes à caution – vous savez avec leurs « bons objets indifférents répondant  ‘machinalement’ à des causes permettant d’établir des lois », p. 38, Vinciane Despret et Jocelyne PorcherÊtre bête, chez Actes Sud - l’important dans la TAC, ce n’est pas que ça marche c’est la diversité des contextes possibles, des manières dont les humains et les animaux se conduisent dans un environnement spécifique pour un moment donné. Aussi conclure que tous les animaux procurent tout le temps partout auprès de tout le monde des bienfaits c’est se leurrer et surtout ce n’est pas adapté aux canons de la science. C’est là que les fameuses anecdotes sont importantes, en fait un animal est différent selon les contextes, parce que les humains sont différents dans ces mêmes contextes.
Ce qui fait sens comme le disaient Vinciane Despret et Jocelyne Porcher, ce qui compte ce sont « les petites différences locales, contextualisées, vivantes, articulées» (p.29), et surtout la compétence de tel animal à tel moment auprès de telle personne.
Vinciane Despret et Jocelyne Porcher- Être bêteLa personnalité c’est ce qui fait qu’un animal ne ressemble à aucun autre… « La personnalité n’existe que dans le champ des relations qui la favorisent tout autant qu’elle en ouvre les possibilités », p 32.


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