Un humain c’est quoi?
12/01/2010
L’exposition « Espèce d’humain »
L’exposition « Espèce d’humain »
L’adaptation à l’être humain est inscrite dans la nature même du chien qui a été le sujet d’expériences génétiques menées par la cupidité humaine.
Les races de chiens ont été inventées. 
Ce n’est pas parce que deux chiens ont des traits extérieurs différents (couleurs de la robe, longueur du nez…) qu’ils appartiennent à un type particulier. Lorsqu’un humain choisit un chiot et qu’il lui est présenté comme étant un chien de race pure, c’est omettre le phénomène de brassage génétique et surtout, surtout, c’est renforcer la vision d’un chien, produit de consommation.
L’origine des races remonte à la seconde moitié XIXe siècle. À cette époque, la manière de concevoir le vivant et l’hérédité est issue des théories des races humaines, de l’eugénisme en particulier. Autant de thèses qui pousseront les nazis au pouvoir! Le tout s’appuyait – s’appuie encore – sur une conception de l’espèce ou de la race comme « type morphologique et comportemental obéissant à un principe de corrélation et transmis héréditairement à la descendance » (1). Ce qu’on appelle ‘le délit de sale gueule’. À l’époque donc – de nos jours encore – on répertorie les chiens selon des types mesurables extérieurement qu’on tente de préserver par une reproduction sélectionnée (à l’interne). Ensuite on cherche une généalogie la plus ancienne possible pour fixer les traits ancestraux du chien et surtout sa valeur aux yeux de l’humain. Chien de race pure, çà veut dire de lignée royale, l’humain n’achète pas à prix d’or un roturier ! C’est oublier qu’avant le XIXe siècle, l’idée de race – race canine – n’existait pas.
Aussi est-il préférable d’avoir un minimum de recul historique pour apprécier les origines idéologiques de l’idée de race.
[1] Guillo, Dominique. Des chiens et des humains, Paris : Le Pommier, 2009, p. 95
Pour pas en savoir beaucoup plus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_races_de_chiens
Pour aller plus loin, le livre d’André Pichot :

Le chien a envahi en nombre les foyers québécois, 21 % des foyers vivent avec un chien (ou plus), ce qui représente 940 000 citoyens canins (référence). Dans le monde, ce ne sont pas moins d’un milliard de chiens et de chats qui sont entrés dans les maisons. Ce qui induit de les nourrir, de leur faire faire de l’activité, de leur installer un espace, de les éduquer, de les soigner, d’être en relation d’une quelconque manière, d’en prendre soin, de dépenser des fortunes, d’être en partage etc. Pourquoi l’homme s’occupe d’une autre espèce ? Qu’est-ce que ça lui procure ? Pourquoi le fait-il ? Pourquoi est-ce un phénomène si répandu, qui dure? C’est un terrain passionnant de compréhension de l’humain en interaction avec un Autre et d’apprentissages pour les anthropologues.
« Il serait tout de même paradoxal que les anthropologues « disciplinaires » ne contribuent pas, pour leur part, à la réalisation de ce projet en mettant en évidence ce que les hommes, au-delà des différences de culture, partagent et qui n’est pas forcément trivial ni, malgré ce qu’on en croit à tort, toujours déjà su »[1]. Or, il est encore possible, aujourd’hui, pour certains anthropologues d’ignorer méthodiquement les enquêtes menées dans les domaines de la neurophysiologie, de la biologie du développement, de la psychologie expérimentale ou de l’éthologie cognitive. Au déni du projet anthropologique qui est de découvrir ce que les hommes ont en commun et en propre.
Tout le monde a entendu parler du chien de Pavlov mais personne n’a rien retenu.
Non le chien de Pavlov ne salivait pas comme une bête parce qu’une cloche se mettait à sonner dans le laboratoire. Certes, çà arrangeait les behavioristes purs de dur – une espèce en voie d’extinction, fort heureusement – qui pensaient tout pouvoir contrôler de leur environnement même et surtout l’interaction avec le chien. Le chien de Pavlov, c’est le serpent de mer des recherches scientifiques et désormais la sauce facile qu’on badigeonne partout sous couvert de se donner un cautionnement moral réfléchi. Quand on veut parler de réflexe conditionné et de renforcement positif, on en appelle au physiologiste russe, çà fait sérieux. Pour preuve, le récent article intitulé ‘Clicker Training, beaucoup plus qu’une petite boîte plastique’ paru cet été dans la revue Passionnément Chien.
Pour la petite histoire, Ivan Pavlov est un savant russe du début XXe siècle qui travaillait sur les processus de salivation chez le chien. Il avait remarqué que le chien salivait quand on lui présentait à manger (étonnant non?) de là il étudia les réactions salivaires du chien à différents signaux (cloche, lumière…). Il s’est aperçu que lorsque l’opération était reproduite souvent (par ex : sonner la cloche), le chien se mettait par avance à saliver. D’où la conclusion infaillible à laquelle il est parvenu : apprenez au chien à saliver sur un air de clochette, reprenez plusieurs fois l‘expérience, vous obtenez un stimulus conditionné : le chien salive en entendant la cloche. C’est du renforcement, le chien est une machine, il réagit sur mesure aux commandes du scientifique en blouse blanche. Désormais, il sera facile de ‘dresser’ un chien : conditionnez-le.
Or voilà, çà a tout l’air scientifique cette histoire-là, çà veut dire vrai, authentique, irréfutable : une expérience reproduite de nombreuses fois donnant les mêmes résultats, avec tout le setting d’objectivité qu’un laboratoire peut donner, les instruments techniques de mesure, des chercheurs impartiaux.
Or voilà, « Il y a toujours une idéologie scientifique avant une science dans le champ où la science viendra s’instituer; il y a toujours une science avant une idéologie, dans le champ latéral que cette idéologie vise obliquement » [1]. Ce n’est surtout pas parce que c’est scientifique que c’est « bien fondé, bien documenté, avéré »[2].
Ces expériences ont omis une donnée essentielle : le chercheur n’est pas un être insensible, sorti d’un monde a-sensoriel : le chercheur a bien malgré lui développé une relation avec le chien, le chien a évidemment – et en dépit de l’espace restreint qui était le sien – développé une relation avec ‘son’ chercheur. Ca veut dire quoi ? Les conclusions auxquelles est parvenu Pavlov ne sont pas complètes car le savant russe a oublié l’essentiel : le chien est un être social pour qui la force du lien avec l’humain prime avant tout.
Donc en entendant la cloche, le chien salivait de revoir ‘son humain’.
[2] Hacking, Ian. Huit impératifs des sciences de l’homme aujourd’hui. Cours au Collège de France, 2004-2005