Les animaux raisonnent, la mentaphobie* les tue
07/02/2011Partage de cet extrait issu du livre ‘La raison des plus forts’, sous la direction de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique Utri
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Dalida Bovet évoque les différentes formes de raisonnement rencontrées chez les animaux. Sa synthèse a la mérite d’ordonner les observations scientifiques selon le type de rationalité auxquelles elles correspondent, ce qui témoigne de la diversité des manières d’être de la raison, loin de la vision appauvrie que beaucoup s’en font lorsqu’ils la réduisent à la seule idée de rationalité intersubjective. Elle recense:
- Le raisonnement inductif: construction d’une propriété générale à partir de cas particuliers, la catégorisation en constitue l’exemple typique
- Ex: le pigeon qui distingue entre autres des photos représentants diverses figures humaines de celles représentant objets, plantes ou animaux ou….. qui distingue des peintures de différentes écoles!
- Ex: la carpe capable de distinguer différents compositeurs musicaux
- Le raisonnement par analogie: qui explique une situation inconnue par une situation connue, le concept identique/différent étant ici le plus couramment étudié
Ex: le singe-écureuil a pu correctement faire correspondre des paires d’objets à des symboles signifiant ‘identique’ et ‘différent’
- Le raisonnement déductif: de type transitif fondé sur les relations d’inclusion, telle que: si A contient B et B contient C alors A contient C
Ex: le poisson Astatotilapia burtoni détermine le rang social de ses adversaires en observant un affrontement entre deux congénères et choisir d’affronter le perdant pour augmenter ses chances de l’emporter
- Le raisonnement social: faisant référence aux inférences faites dans des situations d’interactions sociales
- Ex: le coq capable de dissimulation lorsqu’il informe par des cris les poules de la présence de nourriture, ce qui lui permet de les courtiser
- Le raisonnement causal: distinguer la cause de l’effet
- Le raisonnement spatial et temporel
Ex: le chien qui choisit entre deux chemins qu’on lui a fait pratiquer préalablement, le plus court pour accéder à une source de nourriture- Ex: le corbeau à qui l’on montre une scène anormale car physiquement impossible (un oeuf qui flotte dans les airs), son regard s’attarde plus longuement que celui des jeunes enfants ou des chimpanzés
- Le raisonnement mathématique et la compétence numérique
- Ex: le perroquet gris du Gabon qui sait calculer le nombre d’objets
Chacun de ces modes de raisonnement a été mis en évidence chez une ou plusieurs espèces animales. Les capacités cognitives des différentes espèces animales sont bien entendu très variables suivant les espèces et les domaines de raisonnement… comme pour l’homme et il serait absurde de subordonner l’accès à la raison à la capacité à pouvoir tenir tout type de raisonnement.
La rationalité animale ne peut se voir disqualifiée par le simple fait qu’elle ne recouvrerait pas exactement TOUTE l’étendue de la raison humaine. Et pourtant c’est ce qui se passe actuellement : la raison reste le propre de l’homme.
Dans nos quotidiens, on dénie aux animaux toute capacité déductive, toute pensée, toute possibilité même d’émettre une pensée. Ne serait-ce qu’au niveau du droit, par ex. ils restent des objets….. Ou on peut les abattre par centaine, parce que devenus vieux et inutiles (ref).
*mentaphobie est l’attitude de dénégation de l’existence d’une pensée animale. Donald Griffin a inventé le terme pour désigner la pratique purement idéologique consistant à censurer toute interprétation du comportement animal pour le priver de la possibilité d’avoir une conscience propre.
Pour aller plus loin:
La mentaphobie tue les animaux par David Chauvet

Les animaux n’effectuant pas d’équations, on en conclut qu’ils ne sont pas doués de raison, de même qu’on leur dénie toute culture parce qu’ils n’écrivent pas de romans. Autrefois, certains groupes humains n’avaient pas échappé à ce schéma de pensée. Les ‘cultures primitives’ ne pouvaient pas rivaliser avec la culture des Occidentaux, seule digne de ce nom. On ne trouvera pas non plus d’Einstein ou de Proust chez les ‘sauvages’. L’ethnocentrisme fut réprouvé par Lévi-Strauss dans 