Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Enrique Utria’

Les animaux raisonnent, la mentaphobie* les tue

07/02/2011

Partage de cet extrait issu du livre ‘La raison des plus forts’, sous la direction de Pierre Jouventin, David Chauvet et Enrique UtriLa raison des plus forts sous la direction de Pierre Jouventina

Dalida Bovet évoque les différentes formes de raisonnement rencontrées chez les animaux. Sa synthèse a la mérite d’ordonner les observations scientifiques selon le type de rationalité auxquelles elles correspondent, ce qui témoigne de la diversité des manières d’être de la raison, loin de la vision appauvrie que beaucoup s’en font lorsqu’ils la réduisent à la seule idée de rationalité intersubjective. Elle recense:

  • Le raisonnement inductif: construction d’une propriété générale à partir de cas particuliers, la catégorisation en constitue l’exemple typique
    • Ex: le pigeon qui distingue entre autres des photos représentants diverses figures humaines de celles représentant objets, plantes ou animaux ou….. qui distingue des peintures de différentes écoles!
    • Ex: la carpe capable de distinguer différents compositeurs musicaux
  • Le raisonnement par analogie: qui explique une situation inconnue par une situation connue, le concept identique/différent étant ici le plus couramment étudié
    • Le singe-écureuilEx: le singe-écureuil a pu correctement faire correspondre des paires d’objets à des symboles signifiant ‘identique’ et ‘différent’
  • Le raisonnement déductif: de type transitif fondé sur les relations d’inclusion, telle que: si A contient B et B contient C alors A contient C
    • Poisson Astatotilapia burtoni Ex: le poisson Astatotilapia burtoni détermine le rang social de ses adversaires en observant un affrontement entre deux congénères et choisir d’affronter le perdant pour augmenter ses chances de l’emporter
  • Le raisonnement social: faisant référence aux inférences faites dans des situations d’interactions sociales
    • Ex: le coq capable de dissimulation lorsqu’il informe par des cris les poules de la présence de nourriture, ce qui lui permet de les courtiser
  • Le raisonnement causal: distinguer la cause de l’effet
  • Le raisonnement spatial et temporel
    • chien et corbeauEx: le chien qui choisit entre deux chemins qu’on lui a fait pratiquer préalablement, le plus court pour accéder à une source de nourriture
    • Ex: le corbeau à qui l’on montre une scène anormale car physiquement impossible (un oeuf qui flotte dans les airs), son regard s’attarde plus longuement que celui des jeunes enfants ou des chimpanzés
  • Le raisonnement mathématique et la compétence numérique

Chacun de ces modes de raisonnement a été mis en évidence chez une ou plusieurs espèces animales.  Les capacités cognitives des différentes espèces animales sont bien entendu très variables suivant les espèces et les domaines de raisonnement… comme pour l’homme et il  serait absurde de subordonner l’accès à la raison à la capacité à pouvoir tenir tout type de raisonnement.

La rationalité animale ne peut se voir disqualifiée par le simple fait qu’elle ne recouvrerait pas exactement TOUTE l’étendue de la raison humaine. Et pourtant c’est ce qui se passe actuellement : la raison reste le propre de l’homme.
Dans nos quotidiens, on dénie aux animaux toute capacité déductive, toute pensée, toute possibilité même d’émettre une pensée. Ne serait-ce qu’au niveau du droit, par ex. ils restent des objets….. Ou on peut les abattre par centaine, parce que devenus vieux et inutiles (ref).

*mentaphobie est l’attitude de dénégation de l’existence d’une pensée animale. Donald Griffin a inventé le terme pour désigner la pratique purement idéologique consistant à censurer toute interprétation du comportement animal pour le priver de la possibilité d’avoir une conscience propre.

Pour aller plus loin:

La mentaphobie tue les animaux par David Chauvet

Les animaux sont les ‘sauvages’ d’hier

31/01/2011

Ne pas de tomber dans le biocentrisme, le rejet de l’humanité ou l’adoration animale, l’objectif est de réfléchir ensemble à l’idéologie qui nous gouverne et qui induit nos actions, nos règlements, nos positionnements sur les animaux….
Il sera question tout au long de l’année d’aller-retour entre des situations du passé, donc historiques, et des situations présentes que sandraetlechien.com juge très similaires dans la pensée. Il s’agit ici d’un angle de discussions pas d’une position doctrinale. Bref on ne compare pas dans un coin l’humain dans l’autre l’animal. Par contre, l’humain a l’obligation de considérer les animaux comme des fins, non comme des objets, ce qui n’implique pas nécessairement de leur offrir une liberté de choix illimitée.

La raison des plus forts sous la direction de Pierre JouventinLes animaux n’effectuant pas d’équations, on en conclut qu’ils ne sont pas doués de raison, de même qu’on leur dénie toute culture parce qu’ils n’écrivent pas de romans. Autrefois, certains groupes humains n’avaient pas échappé à ce schéma de pensée. Les ‘cultures primitives’ ne pouvaient pas rivaliser avec la culture des Occidentaux, seule digne de ce nom. On ne trouvera pas non plus d’Einstein ou de Proust chez les ‘sauvages’. L’ethnocentrisme fut réprouvé par Lévi-Strauss dans Race et Histoire (1952) : Cela consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. Bref à voir sa culture comme LA culture.

Ce travers subsiste aujourd’hui à propos des animaux.

Ainsi, le langage n’est pas une condition de la pensée. Les singes, tout comme les humains élevé en isolement et n’ayant pas appris le langage, sont capables d’accomplir beaucoup de choses nécessitant un raisonnement abstrait (ref) et pourtant cela reste l’étendard. Les animaux ne parlent pas. Comme les ‘sauvages’ d’antan ne parlaient pas ils baragouinaient. les animaux n’ont pas de culture, comme les ’sauvages’ n’en n’avaient pas.

Noam Chomsky non plus ne pense pas que les animaux dont les grandes signes puissent disposer d’aptitudes au langage, ce sont les humains qui le leur montrent à parler. Et pourtant, les études se multiplient. En 2004, Juliane Kaminski et ses collègues de Leipzig ont étudié Rico le chien qui connaissait les noms de plus de 200 objets, et il était capable de retenir de nouveaux mots par le fast mapping. Quand on le compare aux chimpanzés, le chien s’en sort remarquablement bien dès qu’on lui confie des tâches permettant d’évaluer sa

Image tirée de l'article de Clyve DL Winne: Does Your Dog Understand You?

Image tirée de l'article de Clyve DL Winne: Does Your Dog Understand You?

compréhension des ordres et des signaux humains. Il montre une bonne compréhension du vocabulaire et une capacité à fixer son attention sur les actions humaines, deux types de comportements qui nous paraissent intelligents, à nous humains.

L’intelligence du chien est le résultat d’une adaptation à la niche anthropogénique.

Références
Clive Wynne Does your Dog Understance You?
Dominique Guillo ’Des chiens et des humains’
Intelligence animale, Page wikipédia


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