Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘Dominique Lestel’

L’intelligence du vivre avec

20/03/2010

Il est toujours surprenant et fâchant de constater ô combien les propriétaires d’animaux de compagnie en savent plus sur leur animal que n’importe quelle étude empirique ne pourra jamais le démontrer et qu’il y a un gouffre entre ces deux savoirs, un Rubicon infranchissable. Fâchant car ce que s’évertuent à dire les humains qui vivent au quotidien avec un animal et qui témoignent de leur présence et de leur conscience et de leurs droits, c’est que l’étude de l’intelligence animale ne peut être abordée sous un angle intellectuel. Comme disait le philosophe Dominique Lestel, auteur du livre ‘Les origines animales de la culture’ , « les intelligences de l’animal (comme celles de la plupart des humains d’ailleurs) sont plutôt pratiques et concrètes ».  (Pour plus de détails: http://fredericjoignot.blogspirit.com/archive/2010/01/26/le-philosophe-domini.html)
Le maître de conférences à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm insiste : « Les travaux les plus intéressants sur ce qu’on pourrait appeler ‘la pensée animale’ sont d’ailleurs faits par des éthologues de terrain qui acquièrent une longue familiarité avec les animaux qu’ils observent, et qui finissent par en faire l’ethnologie plus que l’éthologie stricto sensu ». En gros c’est ce que font les propriétaires d’animaux de compagnie sans avoir un PhD dans la poche. Ces années de cohabitation ne sont pas valables aux yeux de la science qui préfère mesurer, peser, reproduire de manière mécanique. Ce que dit le terrain de la quotidienneté c’est qu’il y a une mine de renseignements d’une incroyable richesse et d’une très grande profondeur dans la relation humain-poilu au jour le jour. Au lieu de pourchasser des variables dans les recherches et autres analyses statistiques multivariées, les scientifiques devraient certainement descendre sur le terrain, là où un « certain nombre de nos distinctions culturelles les plus fortes deviennent en effet vite obsolètes ».
Ainsi au lieu de s’acharner à prouver la réalité thérapeutique de la présence d’un chien par exemple, on pourrait s’interroger et approfondir les significations de ladite réalité. Là se niche la problématique de  la « grandeur » d’une pratique de soin : elle ne se situe pas au même endroit pour tout le monde. Pour certains, l’utilisation de l’animal a de la valeur à partir du moment où elle est bénéfique à au moins une personne ; alors que pour d’autres, tant qu’elle n’est pas instituée, standardisée, et légitimée, elle perd toute valeur et est renvoyée à l’anecdotique. (Ref : Jérôme Michalon).

De l’anthropomorphisme

17/02/2010

Si les humains ont eu une vision anthropomorphique des animaux, c’est bien parce que ces deux espèces se ressemblent. Et les points qu’ils ont en commun sont évidents. Jusqu’à récemment, les humains voyaient l’univers avec leurs idées plutôt qu’avec leurs yeux. Aveuglés par leur hantise de n’être pas l’espèce la plus évoluée, avec tous les droits que cela leur conférait, ils ont, pendant des millénaires, effectué une coupure idéologique entre eux et les animaux.

Dominique Lestel. L’animal singulier, Seuil, 2004 p. 139

Washoe, Koko et les autres nous en parlent

04/01/2010

Pour comprendre ce qui se passe entre l’homme et l’animal nous sommes constamment gênés par l’inadéquation et la pauvreté de la langue pour en parler. Aussi les singes – les chiens aussi, mais les études auprès des singes sont documentées depuis plus longtemps – ont décidé d’utiliser notre langage pour entrer en relation. Ils démontent aux gens de science ce que tout propriétaire d’animal sait, à savoir qu’une association particulière et unique se crée entre un homme donné et un animal, dans laquelle se partagent non seulement des intérêts bien compris, mais également des affects et du sens.
L’une des aventures scientifiques homme/animal les plus étonnantes du XXe siècle commence en 1966 avec Washoe, une très jeune chimpanzée femelle, qui apprend le langage des signes : l’ASL (The ASL Manual AlphabetAmerican Sign Language) auprès d’Alan et Beatrix Gardner. À 4 ans, Washoe a un vocabulaire qui dépasse les 140 mots. C’est le début de recherches passionnantes et ininterrompues auprès de primates – citons Koko, le jeune gorille… – qui mettent en évidence la merveilleuse complicité interspécifique.
On sait que le chien qui peut apprendre au moins 300 mots/codes différents, pourtant les expériences scientifiques mettant en relief ces capacités canines sont encore peu nombreuses. Il est essentiel de défricher ces espaces pour mettre en évidence ces communautés hybrides. Pourquoi ? Parce que ces études signifient que les animaux ne répondent pas de manière instinctive et stéréotypée et robotisée aux présences, requêtes, commandements humains …. Leur réponse comporte visiblement une bonne part de pensée rationnelle. Dominique Lestel indique :

Washoe-le portraitLe chimpanzé devient une personne à la suite de ses relations avec l’humain, mais cette transformation ne peut se faire que parce que l’animal concerné est déjà un sujet autonome faible.(L’animal singulier, p. 57)

 

 

Un animal à mes côtés depuis l’aube de l’humanité

21/11/2009

Chien des tourbières ou canis familiaris palustris, 2000 ans avant la première grande civilisation égyptiennePosséder un animal familier constitue un trait qui est très profondément enraciné dans l’espèce humaine. La possession d’un ou plusieurs animaux familiers se retrouve dans toutes les populations humaines et cette pratique est loin d’être réservée aux femmes ou aux enfants. L’extrême  diversité des animaux impliqués dans ces associations est remarquable, dit Dominique Lestel (1). the Year of The Dog
Ca va du chien, en passant par le bison, le singe…. Certains de ces animaux sont même nourris au sein par les femmes lorsqu’ils sont recueillis très jeunes dans les villages….
Pour Desmond Morris (Des animaux et des hommes), éthologue anglais, l’association avec certains animaux est une pratique tellement répandue chez l’humain qu’on peut comparer son extension à celle de la religion.
L’histoire du chien s’est donc écrite avec celle des civilisations humaines. Certaines lui attribuaient des vertus de guérisseur, des statuts d’auxiliaire de chasse, de gardien et de compagnon d’agrément (2).
Représentation rupestre du chien des tourbières ou canis familiaris palustris De nos jours, le chien est un membre de la famille à part entière. Au point que l’on se bat pour sa garde au cours d’un divorce. « L’animal remplit des fonctions ou rôles d’agent de sécurité, de substitut, de médiateur, de béquille physique ou affective, tout en étant le réceptacle des émotions, affects, fantasmes, projets du possesseur et de ses proches, souligne Hubert Montagner.
Ce qu’on appelle prosaïquement un rôle de Prozac.

 

[1]Dominique Lestel. L’animal singulier, Seuil, 2004, p .18-19
[2] Matignon, Karine-Lou. Sans les animaux, le monde ne serait pas humain. Albin Michel 2003, p101-102

On ne sait pas avec qui on vit!

11/11/2009

Le mal-être animal est le fruit de l’ignorance.Regard chien
Qu’est-ce qu’un chien?
Un chien c’est un chien; il doit obéir, s’asseoir et pas bouger…
Ceci est la description d’un automate mais pas d’un chien familier.
Les cruautés infligées aux chiens, le nombre exponentiel d’abandon et d’euthanasie, les cours de dressage qui étranglent les chiens pour les faire obéir, les législations municipales qui contrôlent les animaux (ne contrôle-t-on pas ce dont on a peur et qu’on ne connaît pas?) et tout le cirque quotidien des élucubrations des propriétaires dans les parcs à chiens et sur les trottoirs, tout ceci et bien d’autres comportements aberrants et dictés par des croyances hallucinantes participent de la violence faite aux chiens.
Or, en tant qu’êtres susceptibles d’éprouver de la douleur, les chiens doivent être protégés de la cruauté intentionnelle ou non intentionnelle, qu’ils aient ou non un rapport de propriété avec quelqu’un.
60% des foyers québécois vivent avec un animal de compagnie sans savoir ce qu’est un animal de compagnie, quelles sont ses réactions, ses besoins, ses comportements, ses gestes d’apaisement, ses compréhensions…. Or, les avancées scientifiques concluent à la sensibilité des animaux, à leurs capacités d’émotions, de représentation, d’innovation…
Un chien est un être conscient. En sa présence, je suis avec un être sensible qui éprouve. Je ne suis pas en interaction avec un être vide, sans vie, que je peux modeler selon mes délires. Je me trouve par conséquent dans un rapport moral. J’ai des droits ET des devoirs vis-à-vis de cet être.
« Cette responsabilité est une modalité éthique: je suis différent si je protège l’animal», dit Dominique Lestel (1). Le chien a une existence qui doit être respectée et qui devrait être respectable. Or on vend un animal comme on vend une tondeuse : t’en as besoin, tu l’achètes, tu t’en sers, quand c’est un peu usagé, tu jettes… L’avantage avec  une tondeuse, c’est qu’au moins, elle vient avec un mode d’emploi!

[1] Lestel. Dominique. L’animal singulier, Seuil, 2004, p.27


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