Billets étiquettés ‘Dominique Lestel’
01/09/2011
Comment faire comprendre aux humains que Sapi parle et qu’il ne cherche – certes par une conduite pour le moment inadaptée – qu’un équilibre nouveau?
Chaque jour, à chaque interaction, l’univers de Sapi se reconstruit et du même coup le mien aussi.
Pour comprendre la vie de mon chien, il me faut savoir ce qui a du sens pour lui.
- Que perçoit Sapi? Que ces dernières semaines ont charrié leur lot de changements. Il a été chahuté émotionnellement. Que ces aventures ont un retentissement plus ou moins fort sur son équilibre psycho comportemental.
- Que voit-il? Qu’entend-il? Que sent-il? Qu’il doit ré-apprendre les bruits inconnus du voisinage, les odeurs environnantes nouvelles, les rythmes de vie quotidienne bousculés…
- Quel impact a-t-il sur le monde? Que dans son incessant va-et-vient entre son monde et le monde humain, Sapi doit s’adapter, cela peut s’exprimer à travers des conduites inattendues autant que gênantes parfois. Ainsi, Sapi a compris qu’en manifestant de façon bruyante et frappante – il jappe et lèche et saute – son affection et son désir de comprendre le monde dans lequel, désormais, il évolue, il avait un certain pouvoir. Or, ce rituel de salutation ne fait évidemment pas l’unanimité et surtout il n’est pas compris.
Les rencontres de voisinage entre Sapi et les humains créent des conflits entre Umwelt qui ont pour conséquence une mauvaise interprétation par les humains des actions du canin.
Sapi doit sentir, tout, c’est important pour re-créer son environnement et y trouver des repères. Il communique avec sa petite queue, son nez, ses oreilles et dans la moindre de ses postures. L’humain n’y voit qu’une intrusion doublée d’une agression sonore. Or aboyer est pour lui pertinent : l’autre voisin fait peur tant qu’il reste debout là à le regarder; cet aboiement d’avertissement met les choses au clair… mais juste pour Sapi et pour moi…. L’aboiement fait beaucoup de bruit (en nombre de décibels), surtout dans les couloirs ou dans l’ascenseur et donc est désagréable.
Alors, il me faut m’adapter aux difficultés de mon chien. Le TTouch l’aide beaucoup et le click-bonbon fait des merveilles.
Alors, il me faut m’adapter aux difficultés des humains. Leur expliquer que Sapi se trouve, pour le moment, abruptement confronté à une rupture des repères de son quotidien, qu’il est bien éduqué et que … La patience et l’indulgence sont requis face à certains comportements gênants pour ne pas ajouter encore un peu plus à sa maladresse ou à son possible désarroi.
Et leur partager l’unique merveilleux de ma relation à mon chien par des morceaux de ce que je crois savoir de lui…. Que d’ailleurs Sapi leur démontre une fois la connexion établie. Et ils y gagnent de prendre mon chien au sérieux, leur regard change. Entrent-ils pour autant dans notre communauté hybride?
C’est dans cet interstice que l’on voit surgir l’immense gouffre qui sépare le monde en deux blocs (au moins); ceux qui vivent avec un chien et pour lesquels le centre du monde est décentré et ceux qui placent l’homme au centre du tout et qui rejettent dans la marge tout ce qui est différent, autre, dérangeant, méconnu, incompris et qui assènent des petites horreurs anthropocanines qui ne sont que l’expression d’une incommunicabilité radicale entre êtres vivants.
Tags: aboyer, agression sonore, communauté hybride, décibels, Dominique Lestel, essai sur le statut de l’humain, êtres vivants, incommunicabilité radicale, L’animalité, TTouch, Umwelt, voisin
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Jappons, Le chien social | 4 commentaires »
28/03/2011
Entre l’animal et l’humain, il y a donc, bel et bien, une difficulté. D’abord dans la manière de penser l’un, donc l’autre. Parler de et sur les animaux et leur animalité, ça a toujours été une entreprise strictement humano-humaine. Définir l’animal reste une affaire d’hommes. Or, la définition de l’homme ne peut décemment se passer de la référence à l’animal. Quelle horreur! L’humain ne peut rester sur cette entame narcissique, trop bestiale comme définition, aussi se nomme-t-il vite vite ‘animal raisonnable ou l’animal politique’, comme pour mieux oublier la référence. L’humain c’est toujours l’animal c’est-à-dire étymologiquement le vivant ou encore ‘l’animé’ avec un quelque chose de plus… Et ce quelque chose en plus, c’est raison, logos, justice, âme, langage, conscience, liberté, parole, sens de la mort, sens de l’histoire, sens de l’éternité, sens du sens… L’honneur est sauf. L’animal reste à sa place, lui, il est virtuellement toujours représenté en manque.
Ne voilà-t-il pas que les sciences animales – pas toutes mais celles qui hébergent des chercheurs qui ont saisi que l’existence était une tâche à accomplir. ‘Dans ex-sister (littéralement tendre vers), il y a entre le ex et le sisterea à déployer la sensibilité, la liberté et l’imagination. (Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, p. 127), donc ces sciences ont regardé l’animal autrement, elles y ont vu une incitation stimulante à la recherche de nos origines. La conviction depuis plusieurs siècles partagée – encore de nos jours, reste à admirer les réglementations municipales au Québec– que l’animal est une espèce de robot perfectionné ne tient plus face aux flots de leurs découvertes. Les scientifiques ont de bonnes raisons de penser que l’animal-robot de Descartes est loin d’aller de soi et que cette conviction est vraisemblablement fausse.
Mais elle est tellement confortable pour la vie inauthentique de l’existence factice de la bourgeoisie, du conformisme, de la bêtise (Christian Talin), de celles et ceux qui sous couvert d’une bonne moralité placent l’homme en haut de l’échelon de la perfection. Ce n’est pas parce qu’il y a une différence de nature entre l’homme et l’animal que cela doit nous faire nous reposer sur nos lauriers ou nous planquer de toute réflexion ontologique.

L’honnêteté minimale nous enjoint de reconnaître que l’homme est confronté à la plus grande crise d’identité de son histoire. Il a, certes, acquis une maîtrise exceptionnelle de sa biologie, dans le contexte d’une représentation infirme de ce qu’il est, de qui il est. (Dominique Lestel dans Origines animales de la culture).
Face aux intelligences de l’animal, il y urgence de repenser l’identité humaine à l’aune des relations de l’homme avec l’animal, et donc de repenser ce dernier.
Tags: âme, animalité, animaux, Anthropologie de l’animal de compagnie, Christian Talin, conscience, définition de l'homme, Dominique Lestel, entame narcissique, ex-sister, justice, langage, liberté, logos, l’animal-robot, parole, raison, sens de la mort, sens de l’éternité, sens de l’histoire, sens du sens
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Jappons, Réflexions anthropocanines | Aucun commentaire »
26/12/2010
L’animal constitue pour beaucoup l’ultime possibilité de trouver un sens à l’humain. ‘Cette quête prend en particulier la forme d’une sauvegarde du vivant comme devoir majeur de l’humanité’ (Dominique Lestel, Les amis de mes amis, p. 182). La reconnaissance de l’homme par l’homme passe par la reconnaissance de l’animal par l’homme. Et ici il n’est pas question d’humaniser l’animal ou naturaliser l’homme.
‘Aucun maître ne me contredira, je pense, si je dis que ma chienne n’était pas comme les autres. La raison affirme pourtant le contraire. Par définition, si chaque chien est unique, alors l’unique devient l’ordinaire. Mais la raison se trompe : ce qui est unique, c’est l’histoire que chaque maître crée avec son animal et tout ce qu’il sait de lui’ (Alexandra Horowitz, Dans la peau d’un chien, p. 280). Ainsi mon chien devient une personne à mes yeux. La personne n’est pas la condition de l’ami mais bien sa conséquence, ‘c’est en particulier parce que nous sommes si attachés à nos animaux familiers qu’ils deviennent parfois des personnes, et non l’inverse’ (Dominique Lestel).
Voilà le chemin que l’Occident urbain et politique doit parcourir : le chien plus souvent qu’autrement n’est rien. Il n’est pas, il ne nait pas comme personne, comme compagnon, comme rien ou si peu, il n’existe pas; ainsi est-il tout juste toléré rarement accepté. C’est en changeant les émotions humaines à l’encontre de l’animal qu’il y aura transformation sociale : celle d’une prise en compte du non-humain.
‘Il ne s’agit plus en effet de définir l’homme mais de le changer, au profit de purs possibles qui n’ont d’autres référents que notre pouvoir de les réaliser, d’œuvrer non plus à l’émergence d’une nouvelle humanité mais à la production d’êtres autres que l’homme’, dit Élisabeth de Fontenay Sans offenser le genre humain (p 60).
La science a le courage d’entreprendre cette réflexion, elle qui multiplie les recherches. Elle remet en question les fondements mêmes de l’identité humaine et démontre les proximités amicales inter-espèces. Ainsi, le canidé est conscient de ce que voit l’homme: par ex. le chien comprend un geste tel que pointé du doigt vers un objet ou suivre un regard ou un mouvement de la tête. Il déchiffre la communication humaine comme un enfant. Et mieux que le chimpanzé ! Pourquoi dans ces conditions le chien n’a-t-il pas d’identité? N’a-t-il pas de présence effective? De présence élective? Il semblerait que l’aptitude du chien à communiquer avec l’homme soit innée, c’est ce que défendent Brian Hare et Michael Tomasello dans l’article ‘Human-like social skills in dogs’ : l’homme en domestiquant le chien l’a contraint à évoluer en s’humanisant…. L’homme au cours du processus de domestication a sélectionné chez le chien une aptitude à la communication humaine qui fait partie du patrimoine héréditaire de l’espèce canine. (Nouvel Observateur janvier 2007 : Quand les animaux pensent, les dernières découvertes scientifiques).
L’appartenance à l’espèce humaine ne confère aucune dignité particulière, ni ne donne en soi de droits particuliers. En effet, toutes les problématiques du propre de l’homme sont fondées sur cette conviction fondamentale qu’il existe au moins une caractéristique de l’humain qu’on ne retrouve chez aucun animal. À la lumière des résultats scientifiques actuels et de tous ceux qui viendront, il semble bien plus fécond de penser les points d’agencement entre l’humain et l’animal.
Il faut modifier nos récits culturels de façon à ce que les comportements, les débats, les idées…. cessent d’être aberrants et que l’humain cesse de se comporter ave cruauté.
En 2011, ce blogue continuera d’apporter sa pierre à l’édification de….. cette utopie?
* Boris Cylrunik, Mourir de dire: la honte, Odile Jacob, p. 244
Tags: Alexandra Horowitz, Boris Cyrulnik, Brian Hare et Michael Tomasello, dans la peau d’un chien, Dominique Lestel, Élisabeth de Fontenay - 'Sans offenser le genre humain, Human-like social skills in dogs’, Les amis de mes amis, les dernières découvertes scientifiques, Mourir de dire: la honte, Nouvel Observateur janvier 2007 : Quand les animaux pensent, personne
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Jappons | 1 commentaire »
07/12/2010
L’une des caractéristiques les plus violentes de l’esprit occidental, c’est cette attirance incroyable et puissante pour le contrôle pur, y compris émotionnel et affectif. C’est particulièrement magnifier dans la robotique actuelle.
Il est peu probable contrairement à ce qu’affirme le ShopWiki Blog qu’un robot puisse permettre à l’enfant de s’éveiller et d’apprendre. Apprendre des logiciels ludo-éducatifs, c’est assez évident on parle de robot mais apprendre un chien, absolument pas, ces petites machines ne remplaceront jamais l’interaction avec un chien. Car interagir avec un animal apporte la satisfaction de besoins émotionnels fondamentaux comme le toucher et l’intimité d’une relation enveloppante, dans une relation qui est sans danger sur le plan des complications émotionnelles (Jérôme Michalon).
En quoi ces produits issus de la technologie peuvent attendrir les enfants ? Le mode de vie réglé qu’implique le fait de partager sa vie avec un animal en chair et en os ; ou encore le caractère non ambiguë des sentiments exprimés par l’animal comme une source de confort émotionnel pour l’humain ; ça ne se retrouve pas avec un animal-robot.
Par contre un robot a ceci de simple : il ne nous force pas à réfléchir à notre comportement, à compenser notre handicap dans la compréhension de l’Umwelt canin, il ne nous renvoie pas nos biais de communication. Aussi sophistiqué soit-il, un robot animal ne peut faire ressentir les effets physiologiques du contact avec l’animal.
Dominique Lestel va plus loin : ‘la robotique autonome actuelle constitue la forme pure de la domestication – sans l’animal et pure parce que précisément sans animal’. (Animal singulier, p. 99)
Offrir un robot animal à votre enfant pour Noël c’est lui offrir les clés de la violence.
Tags: Animal singulier, animal-robot, Dominique Lestel, Michalon, ShopWiki Blog, Umwelt
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Jappons | 1 commentaire »
26/11/2010
Observer les animaux c’est forcément se placer à la croisée des sciences, sciences ‘dures’ et sciences humaines.
Dominique Lestel, philosophe enseigne l’éthologie cognitive et la philosophie à l’École normale supérieure aborde la question de l’anthropomorphisme et fait référence à Jane Goodall qui a choqué la communauté scientifique en donnant un nom à chaque chimpanzé qu’elle
étudiait afin de les identifier individuellement.
Question Télérama : N’était-ce pas en effet projeter sur l’animal des catégories humaines, autrement dit faire de l’anthropomorphisme ?
Réponse de Dominique Lestel
En ce qui oncerne l’article intitulé : ‘L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, certainement et c’est ce qu’on lui a violemment reproché. Bien sûr qu’en donnant un prénom à un animal vous allez lui accorder une signification individuelle qu’il n’a pas forcément, ce qui risque de vous conduire à voir chez lui des sentiments, des désirs, des attentes, que vous ne verriez peut-être pas si vous lui donniez un numéro. Mais je crois préférable d’assumer cet anthropomorphisme tout simplement par ce qu’on ne peut pas l’éviter. Et ce n’est peut-être pas souhaitable. Après tout, nous sommes de fait très proches de ces animaux, voir chez eux des comportements que l’on peut analyser avec des grilles d’analyse humaines n’est pas scandaleux. Il faut être prudent dans l’interprétation, mais je préfère cette attitude au refus par principe de tout signe d’anthropomorphisme, qui, au fond, repose sur la certitude d’une rupture radicale entre l’humain et l’animal, autrement dit se rapproche du créationnisme.
…..
Quand vous étudiez l’intelligence animale, vous êtes confronté à une concurrence sauvage, celle des ‘professionnels’ de l’animal (chasseurs, pêcheurs, éleveurs, dresseurs…) qui en savent souvent plus que vous, mais qui transmettent justement leur savoir sous forme d’anecdotes nimbées d’anthropomorphisme. L’un des défis majeurs de l’éthologie à venir sera précisément de tenir compte de ces observations presque ethnographiques d’une incroyable richesse. La question n’est pas de rejeter l’anthropomorphisme ou l’usage des anecdotes mais d’en mobiliser l’usage de façon rigoureuse.
Pour aller plus loin:
- Télérama Hors série : Bêtes et hommes, je t’aime, moi non plus, 2007, P43
- Quand Darwin et Kropotkine dialoguent
Tags: anecdotes, anthropomorphisme, communauté scientifique, darwin et kropotkine dialoguent, Dominique Lestel, Eco-éthologie et éthologie cognitive, intelligence animale, Jane Goodall, je t’aime, L’éléphante qui va devenir chef de clan est un individu’, moi non plus, observations ethnographiques, Observer les animaux, Télérama Hors série : Bêtes et hommes
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20/10/2010
Le Kididog de la marque Vtech est un petit chien mécanique dont la tête est un petit écran, ce qui lui permet d’exprimer certaines expressions. Les expressions sont la clé pour attendrir les enfants, ajouté à cela le fait qu’il soit un produit issu de la technologie. AIBO est le chien robot commercialisé par Sony, qui peut se déplacer, voir l’environnement et reconnaître des commandes vocales. Autonome, il peut apprendre et mûrir sous la conduite de son propriétaire, de stimuli provenant de l’environnement ou grâce à d’autres robots.
N’est-il pas exact de dire que ces robots renvoient à l’archétype historiquement puissant : considérer l’animal comme un outil, si le chien robot est cassé, on le jette. Il est facile de considérer simplement comme une machine des robots animalisés, mais n’ouvre-t-on insidieusement les portes à appliquer ce même raisonnement avec cette fois des êtres vivants ? Comment ces artefacts jouent sur la représentation qu’on se fait de l’animal ? Sur le statut particulier qu’on lui confère? Comment finalement, cela engendre certains (parmi les plus violents) de nos comportements sur les animaux?
Il ne s’agit pas de rejeter ces machines mais de se comporter différemment avec elles, or ce n’est résolument pas l’objectif de l’industrie qui veut donner à vivre le presque comme-si c’était un vrai. Et c’est là qu’on peut dire avec David Thoreau :
Les hommes sont devenus les instruments de leurs instruments
(Walden ou la vie dans les bois, p. 35)
La fin de l’année approchant, pourquoi ne pas s’interroger sur le besoin qu’a l’humain de s’entourer de ces amitiés artificielles (Dominique Lestel, Les amis de mes amis) et se demander : comme l’animal est un miroir, quelle image de soi renvoie ces machines génératrices d’émotions?
Pour des achats responsables:
Guide annuel Jouets 2010 de Protégez-vous
Tags: AIBO, archétype, artefact, David Thoreau, Dominique Lestel, Kididog, Les amis de mes amis, robot, Sony, Vtech, Walden ou la vie dans les bois
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Jappons, Le chien social | Aucun commentaire »
02/08/2010
Tant que l’homme et les animaux sont regardés comme des créations indépendantes, un sérieux obstacle s’oppose à notre désir naturel de pousser aussi loin que possible notre recherche des causes de l’expression. Cette conception peut expliquer tout et n’importe quoi; et elle s’est révélée pernicieuse autant pour l’étude de l’expression que pour toute autre branche de l’histoire naturelle. Certaines expressions de l’homme, par exemple lorsque les cheveux se hérissent sous l’influence d’une terreur extrême ou que les dents se découvrent par l’effet d’une colère furieuse, ne sont guère compréhensibles sauf si l’on se convainc que l’homme a connu jadis un état bien inférieur et semblable à l’animalité. Le fait que certaines expressions soient communes à des espèces distinctes quoiqu’apparentées, comme les mouvements des mêmes muscles faciaux pendant le rire chez l’homme et chez divers singes, devient un peu plus compréhensible si nous croyons qu’ils descendent d’un ancêtre commun. Celui qui admet d’une façon générale que la structure corporelle et les habitudes de tous les animaux ont évolué graduellement considérera l’ensemble de la question de l’expression sous un jour nouveau et plein d’intérêt. Charles Darwin, Expression des émotions chez l’homme et les animaux, Rivages Poche, p 20-21
À quelques siècles de distance, deux conclusions similaires. Ce n’est qu’en étudiant la proximité spatiale et la continuité temporelle entre l’homme et les animaux/chiens que nous découvrirons ces communautés hybrides et qu’il sera ainsi plus facile d’appréhender la thérapie assistée par le chien.
Une communauté hybride homme/animal est une association d‘hommes et d’animaux dans une culture donnée qui c
onstitue un espace de vie pour les uns et pour les autres, dans lequel sont partagés des intérêts, des affects et du sens. Il ne s’agit pas d’associations générales mais d’associations particulières….. S’il s’agit d’associations polyspécifiques, il s’agit avant tout d’agencements chargés de sens et d’émotions entre des individus qui appartiennent à des espèces différentes, et l’individualité des protagonistes compte plus que les espèces impliquées… .
Dominique Lestel. L’animal singulier, Seuil, p 19-20
Tags: ancêtre commun, animalité, charles darwin, créations indépendantes, Dominique Lestel, expression, Expression des émotions chez l’homme et les animaux, L’animal singulier
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Le chien et l'éthologue, Réflexions anthropocanines | Aucun commentaire »
22/07/2010
Où en sont les scientifiques dans cette difficile définition de l’humanité et de l’animalité? Qu’est-ce qui nous différencie? La culture? Le langage? L’apprentissage? Est-ce là ce qui nous sépare de la bête? La solution viendra peut-être des efforts conjugués des anthropologues et des éthologues? Les premiers s’intéressent à l’histoire de l’homme (l’anthropologie évolutionniste est entrain de prendre forme, tenant compte de toutes les découvertes récentes dans de nombreuses disciplines (paléoanthropologie, préhistoire, génétique, éthologie, sciences cognitives, linguistique). Bien sûr le séquençage du génome de l’homme en 2003 et celui du chimpanzé en 2005 incitent à repenser l’origine de l’homme et de son évolution. Les seconds se penchent sur les comportements des animaux surtout en milieu naturel mais n’est-ce pas finalement le même objectif : dessiner avec plus de précision la frontière censée séparer l’homme de l’animal, voire la déplacer en fonction des nouvelles découvertes? – Pourquoi cette volonté de mieux comprendre les sociétés animales complexes? Selon Dominique Lestel, ‘pour mieux connaître nos propres sociétés’.
On est déjà entrain de faire sauter la frontière jusqu’à présent immuable qui séparait nature et culture,
l’homme s’arrogeant seul le droit de sortir des limites de la biologie pour accéder à la culture. Les chercheurs parlent maintenant de ‘cultures animales’ certains ne considérant que les grands signes, d’autres comme Dominique Lestel ou Hal Whitehead et Luke Rendall (université Dalhousie à Halifax) incluant dans leurs observations cétacés et oiseaux, corbeaux et corneilles en particulier….
Et le chien?
Il est désormais bien attesté que de nombreuses espèces animales peuvent apprendre, mémoriser, résoudre des problèmes et même forger des représentations mentales.
Janick Auberger et Peter Keating. Histoire humaine des animaux de l’antiquité à nos jours. Éllipses, 2009, p .88
Tags: 'cultures animales’, animalité, anthropologie évolutionniste, anthropologues, apprentissage, Auberger Janick et Keating Peter, bête, comportements des animaux, culture, Dominique Lestel, éthologie, éthologues, évolution, frontière entre l’homme et l’animal, génétique, Hal Whitehead et Luke Rendall, histoire de l’homme, humanité, langage, linguistique, paléoanthropologie, préhistoire, sciences cognitives, scientifiques, séquençage du génome, sociétés animales complexes, université Dalhousie
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05/07/2010
Le programme de zoothérapie du CHUQ a permis « d’innover sur le plan de l’humanisation des soins en réservant un espace pour la zoothérapie pour les enfants traités en hématologie-oncologie pédiatrique L’enfant malade se recroqueville souvent sur sa douleur, ses angoisses, sa peur et sa détresse d’où l’importance et le sens accordé à la zoothérapie. La présence du chien, sa sensibilité au contact humain, ses besoins élémentaires donnent à l’enfant un sentiment de sécurité émotionnelle dans un monde instable où tout évolue en accéléré ». Plus on découvre les animaux en thérapie, plus on souligne la condition humaine. L’utilitarisme de la thérapie assistée par le chien (TAC) ouvre sur ‘le care’, car « l’animal se retrouve maintenant exclusivement investi, voire surinvesti d’une valeur affective. Cette valeur est très élevée. C’est l’animal enfant dont le maître se considère comme le parent adoptif, l’animal compagnon de vie, l’animal ami, membre de la famille. On lui prête des sentiments, des raisonnements, une personnalité ; il est traité comme un alter ego » (1). En ce sens, cet Autre devant est un accompagnant sous forme de chien qui cherche à comprendre ce que ces patients ressentent, les devine, l’imagine au besoin, car on ne vit que dans le regard de l’autre.
Ainsi, la TAC permet de renouer la nature et la culture au cœur du soin. L’animal n’est plus ce miroir « tantôt menaçant, tantôt rassurant, dans lequel Homo culturalis, dans sa version occidentale tout au moins, se mirait et se trouvait unique en son genre, délivré de ses origines, libéré de son corps, soustrait à la nature » (2).
La TAC n’a pas répondu à toutes les exigences spécifiques de la biomédecine, les médecins semblent lucides sur l’incertitude qui entoure cette approche thérapeutique très confrontante surtout pour leurs rôles et responsabilités au vue de la foi des patients. L’homme ne trône plus en solitaire dans son règne, son laboratoire, son unité de soins… Désormais l’animal entre dans l’antique interdit et les équipes médicales valorisent la notion de « communauté hybride » pour désigner l’association interspécifique entre les hommes et les animaux, fondé « sur des intérêts réciproques et des échanges mutuels » (Dominique Lestel, Animal singulier).
Bibliographie:
(1) Nicole Laurin, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours
(2) Gérard Lenclud, Et si un lion pouvait parler
Tags: alter ego, animal ami, animal compagnon de vie, Animal singulier, approche thérapeutique, Biomedecine, chuq, Dominique Lestel, Et si un lion pouvait parler, Gérard Lenclud, Homo culturalis, Les animaux dans la conscience humaine. Questions d’aujourd’hui et de toujours, membre de la famille, Nicole Laurin, parent adoptif, terrain, Utilitarisme, valeur affective
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Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
13/04/2010
La thérapie assistée par le chien (TAC) a pris son envol (littéraire et scientifique) au milieu du XXè siècle à la faveur des années 1960 et de leur vent de révolution (même si historiquement elle date d’un peu plus longtemps, voire carrément plus longtemps dans le temps). Ce qui semblerait dire que la TAC est issue d’un contexte politique particulier – l’Occident blanc – qui voit l’émergence d’un climat de bienveillance envers les animaux, et plus largement envers l’environnement, comme l’explique Jérôme Michalon.
Face à l’omnipotence des industries pharmaceutique, les pratiques de soin et d’assistance de l’époque re-découvrent des pratiques millénaires et tentent de leur trouver des justifications. Est-ce que la TAC a bénéficié de la diffusion des idées écologistes, de la prise de conscience que d’autres êtres peuplent le monde et que le sort de l’humain dépend aussi de celui de ces êtres, que l’humain est un être violent, bref la TAC est-elle portée par une idéologie – laquelle? L’écologisme? Le libéralisme? L’anarchisme? – qui sévit depuis des décennies? Vinciane Despret et Jocelyne Porcher ne disent pas autre chose quand elles avancent que : « L’homme en perdant ses instincts a rompu avec la sagesse; il s’agit d’utiliser l’animal pour stigmatiser les malaises de la société » (p. 79. Être bête. Actes Sud).
Sur quelle idéologie la TAC a-t-elle fait son lit? Ainsi, le contexte historico-politique permettrait de comprendre en partie pourquoi il semble difficile pour la TAC de se faire reconnaitre une quelconque légitimité scientifique. Si tel est le cas, la prochaine idéologie chassera l’actuelle et la TAC disparaîtra.
Il est possible de prendre la réflexion à rebours. L’émergence de la TAC coïncide avec la période historique mouvementée des décolonisations et de la redécouverte par l’Occident de l’immense réservoir de connaissances sur le comportement et la psychologie animale des peuples non occidentaux et celui de ceux des professionnels de l’animal : chasseur, dresseur, pêcheur, dompteur, soigneur, etc (ref. Dominique Lestel).
Il devient dès lors plus évident de comprendre pourquoi la TAC peine tant à se faire une niche au soleil ethnocentriste. Elle rejoint « les pratiques des naturalistes du XIXè siècle qui font de l’animal un acteur, un compagnon, un être sensible doté de volonté. Et d’intentions. Cette forme de savoir qui caractérisait le XIXè siècle est aujourd’hui la marque des ‘amateurs’ et quand elle subsiste ou réapparait dans l’éthologie ou la primatologie, elle reste cantonnée et relativement tolérée, dans les marges des pratiques officielles voire dans les livres ou les documentaires de vulgarisation » (Vinciane Despret et Jocelyne Porcher. Être bête. p 115).
La posture du naturaliste se cultive comme un art de vivre avec les animaux, comme la marque d’identité professionnelle, et comme une façon de faire le contraste avec d’autres pratiques, disent les deux auteures (p. 45)… c’est étonnant cette similitude des zoothérapeutes ou intervenants en thérapie assistée par l’animal avec les anciens naturalistes.
Tags: anarchisme, années 1960, contexte politique, Dominique Lestel, écologisme, idées écologistes, idéologie, jerome michalon, libéralisme, naturalistes, pratiques de soin et d’assistance, Vinciane Despret et Jocelyne Porcher, zoothérapeutes
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Le chien et l'Histoire, Réflexions anthropocanines | Aucun commentaire »