04/06/2010
Nous avons constaté que la question de la différence entre l’homme et l’animal est une question sur laquelle de très nombreux philosophes, psychologues, anthropologues, sociologues se sont penchés. Visiblement cette question les intéresse. Par ailleurs, de toute évidence, les réponses qu’ils ont apportées sont différentes de celle qu’on obtiendrait si on interrogeait d’autres personnes, qui ont d’autres rapports aux animaux, et ce contraste nous intéresse. Or, si cette question mobilise les universitaires, nous ne pouvons pas être sûres qu’elles puissent avoir un intérêt pour les éleveurs, ni que ce soit une question pertinente. Alors, selon vous, en tant qu’éleveur, comment devrions-nous la construire et la poser pour qu’elle ait une chance d’intéresser ceux auxquels nous la posons et qu’elle ait une chance de recevoir des réponses intéressantes ? (p. 26)
Vincianne Despret et Jocelyne Porcher ont inversé la méthodologie de leur enquête-terrain en demandant à leur public-cible, en l’occurrence des éleveurs de vaches et de cochons, ce qui serait intéressant de savoir sur la relation qui les unit à leurs bêtes. D’ou le titre de l’ouvrage: Être bête. Actes Sud.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase ci-dessus, éleveurs par médecins? Ainsi selon les praticiens, et selon les contextes, la question changerait, évoluerait, se modulerait donc serait plus près de la réalité.
Serait-il absurde d’emprunter cette approche de travail pour la thérapie assistée par le chien et de remplacer dans la phrase précitée, éleveurs par patients? Ainsi selon les bénéficiaires qui sont différents selon chaque établissement, et dans chaque établissement, qui sont particuliers aux différents contextes, les humains et les canins seraient différents.
… rendant la TAC unique. Unique, la posture intellectuelle de travail : demander aux gens (médecins et patients) de penser avec les chercheurs de TAC.
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En se promenant, Thérapie assistée par le chien | Aucun commentaire »
08/10/2009
L’homme occidental du 21e siècle est en rupture sauvage. Souvent, trop souvent, il s’interdit d’accueillir le chien comme membre d’une autre espèce. De là son arrogance et son divorce d’avec la vie.
L’être humain n’existe que parce qu’il est en relation avec d’autres congénères. Il trouverait à se compléter s’il était en relation avec d’autres espèces. Le chien appartient à une autre espèce. La science ne sait d’ailleurs toujours pas quelle hypothèse retenir quant à son origine. Qu’importe, le doyen des animaux de compagnie n’en reste pas moins un animal carnivore captif d’une autre groupe que le sien et rejeté dans sa différence par ceux qui s’y intéressent.
Cette négation prend non seulement la forme de l’anthropomorphisme, cette violence faite aux chiens de les humaniser pour les rendre disponible aux besoins humains. Le chien est entré sous nos toits. Fait-il pour autant partie de la famille… humaine ? Non, le chien n’est pas un être humain. Comme l’homme n’apprend pas l’autre race, il camoufle la sienne et le chien se trouve confronté à des situations auxquelles il ne peut trouver de réponses adaptées. Par méconnaissance, inconscience et plus sournoisement par exclusion de ce qui n’entre pas dans ce qui peut être contrôlé par lui-même, l’homme n’accepte pas ce fait : son plus fidèle ami appartient à un autre monde. C’est ce qui a fait dire à l’anthropologue Claude Levi-Strauss, dont on fêtait en 2008 le centième anniversaire de naissance, qu’en « s’arrogeant le droit de séparer radicalement humanité et animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, l’homme occidental a ouvert un cycle maudit »[1] dans lequel il a oublié d’entrer en relation avec la part différente de l’autre différent. Il a renoncé à lui-même en se plaçant en haut de l’échelle de l’évolution. Cet être vivant s’est exclu lui-même du règne de la nature. L’homme s’est trompé pendant des siècles, il s’est voilé la face.
Sa malfaisance à traiter les animaux comme des sous-humains, des objets ou des choses (un propriétaire dispose d’une chose) n’a plus sa raison d’être. Il suffirait au seigneur absolu de la création d’accueillir la différence interspécifique. Et la rencontre fabuleuse avec Canis familiaris aurait lieu. Être compagnon de route d’un autre que soi, un autrui différent et unique, c’est paver la voie à un vrai humanisme. En observant son chien, en développant avec lui une relation privilégiée de compréhension mutuelle, on intègre la partie animale de son humanité. On ne parle pas de communauté hybride mais bel et bien d’humanisation franche de l’homme au contact d’un individu aux besoins, comportements, instincts naturels et canins. Dans un rapprochement respectueux de l’animalité de son chien, Je suis ce que je suis car IL est ce qu’il est.
L’homme a nié ceux de l’espèce canine en les dominant, en les asservissant, en les folklorisant. Cet « humanisme totalement coupé de la nature, perverti et destructeur » disait Claude Levi-Strauss, docteur honoris causa de l’Université de Montréal et de l’Université Laval, a duré. Désormais, il se sent seul. Bien lui en prend s’il pouvait avoir l’audace d’accepter recevoir l’attention altruiste et la mansuétude patiente du chien pour apprendre à retrouver sa place dans la nature et dans la société.
[1] Levi-Strauss, Claude.
Anthropologie structurale deux, Plon, 1973, p. 49-55
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