Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘comportement’

Le chien, cette indéchiffrable énigme de l’évolution anthropocanine

11/01/2011

L’animal singulierPour comprendre ce qui se passe entre l’homme et l’animal nous sommes constamment gênés  par l’inadéquation et la pauvreté de la langue pour en parler. Comprendre ces phénomènes encore mal perçus et encore plus mal conceptualisés requiert l’invention d’une langue ad hoc avec son vocabulaire, ses expressions et sa syntaxe.
Dominique Lestel. L’animal singulier, p 23-24

 

L’être humain a le devoir de comprendre le comportement des espèces animales. Cette connaissance est essentielle pour éviter que les animaux qu’il prend pour compagnons (ou dont il se nourrit) ne souffrent inutilement, que ce soit pour une satisfaction affective, esthétique, intellectuelle ou bien à des fins simplement récréatives ou alimentaires. ….. L’éthologie est une science de l’observation, de l’étude du comportement dans toutes ses manifestations et à tous les niveaux, de la cellule à l’organisme entier et aux sociétés animales, des causes qui le déterminent et de ses fonctions (Campan et Scapini dans Ethologie: Approche systémique du comportement). Elle n’a jamais été une technique d’intervention sur le sujet, ce qui d’ailleurs ruinerait toute tentative d’observation.
(référence) anthropologie de l'animal de compagnie

En dépit des travaux des psychologues et d’éthologistes, le comportement de l’animal familier demeure énigmatique et mystérieux à beaucoup d’entre nous, non-spécialistes du monde animal.
Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, p 8

Se demander: Les-animaux-et-nous‘Quelles sont, de leur point de vue, les bonnes raisons de faire des choses en apparence aussi extravagantes ? ouvre une toute autre histoire qui donne raison aux animaux.  ‘Comment depuis la perspective de l’animal, peut-on traduire la situation ? Qu’est-ce qui importe pour lui quand il agit de cette manière ?’ Ces questions indiquent le véritable sens du changement : la perspective ouvre l’interprétation non seulement à ce que la situation signifie pour un animal, mais surtout à ce qui compte pour lui.
 Vincianne Despret ‘Pourquoi les perroquets ne parlent pas aux philosophes’, Dossier Sciences Humaines ‘Les animaux et nous’, juin 2008

Il semble qu’un vent souffle sur les études en éthologie, en sciences sociales, sur la manière d’interroger depuis la perspective animale qui laisse apercevoir un renouveau dans les relations hommes-animaux. Vincianne Despret dit que ‘ce renouveau traduit l’extension du souci que nous éprouvons à l’égard de certains d’entre eux et qui témoigne, aussi, du sentiment de proximité inédite entre des espèces qu’une longue tradition de hiérarchisation avait pensées comme irrémédiablement séparées’.

Certaines espèces dit-elle avec justesse….. Le chien reste le grand incompris, comme une indéchiffrable énigme de l’évolution anthropocanine.

Le souci compatissant des chiens

27/07/2010

Les témoignages de personnes réconfortées par leur chien en période de détresse abondent. Besoin est-il de démontrer scientifiquement le penchant canin à l’empathie? Des études sérieuses existent.
Laissons la parole à Frans de Waal. L’Âge de l’empathie, LLL – Les liens qui libèrent – p 140-141

Quand la psychologue américaine Carolyn Zahn-Waxler voulut déterminer à quel âge les enfants commencent à réconforter des membres de leur famille ayant reçu l’instruction de sangloter ou de crier ‘aïe’. Il s’avère que les enfants le font déjà à 1 an bien avant que le langage n’interfère dans leurs réactions. Dans cette étude les chercheurs découvrirent incidemment que les animaux de la maison réagissaient de la même façon que les enfants. Paraissant aussi perturbés par cette détresse feinte, ils tournaient autour des membres de la famille et posaient la tête sage de l'empathieur leurs genoux avec les signes d’une vive inquiétude. Mais peut-être que les animaux de compagnie réservent-ils ce comportement aux seuls humains –qui les nourrissent et leur donnent des ordres – à l’exclusion de leurs semblables? La réponse fut apportée par une étude conçue sur le modèle de celles portant sur les primates. Elle mesurait les suites des bagarres entre chiens. Des biologistes belges observèrent près de 2000 altercations spontanées chez des chiens qu’une société d’aliments pour animaux de compagnie lâchait tous les jours dans un pré. Après des manifestations d’agressivité, des chiens s’approchaient d’un combattant – en général le perdant – pour le lécher, lui donner des coups de museau, s’asseoir ou jouer avec lui. Leur initiative semblait calmer le groupe qui revenait à ses activités coutumières.

Que faut-il comprendre de ces recherches? Que le chien a dans sa biologie le penchant empathique développé. Le réconfort semble ainsi faire partie de la gamme canine d’émotions intra et inter-espèce. Mais dites voir, quand on a le souci compatissant de l’autre dans le corps, n’est-on pas dans une position physique de relation morale avec les autres?

Une structure interactionnelle simplifiée

22/05/2010

Avec les animaux, on se trouve au niveau des structures élémentaires des relations : peur, approche, retrait, confiance, stress, détente… Grâce à cette simplicité de l’interaction, je peux aussi voir l’effet que mon comportement a sur l’animal, ce qui est à la base du lien social. Ces structures élémentaires de la relation qui sont mises en oeuvre dans les relations avec les animaux se trouvent bien sûr aussi dans les relations avec les êtres humains.
Mais elles sont là obscurcies par le langage, et par une quantité d’autres informations qui ne sont pas nécessairement significatives sur le plan de la relation, d’ailleurs. Relation anthropocanine - http://coeurdartichien.fr/wp-content/uploads/2010/03/chien1.jpg
Il y  a une autre dimension de l’interaction sociale qui est simplifiée dans les interactions avec les animaux : c’est la structure temporelle et spatiale de l’interaction. Celle-ci est en réalité assez complexe. Une simple conversation par exemple exige de la part de tous les participants une collaboration étroite pour maintenir l’organisation spatiale, les tours de paroles, la gestion de l’attention et de l’engagement. Or il se peut que certaines personnes éprouvent des difficultés à s’insérer dans une interaction comme une conversation, en raison de sa structure temporelle et spatiale trop compliquée. Avec un animal, c’est beaucoup plus simple. On peut être déficient sur le plan de l’organisation d’une conversation humaine et être capable de développer une interaction bien structurée avec un animal. En favorisant l’attention et la concentration, l’animal peut aussi aider à structurer une interaction. Il est sensible mais peu exigeant quant au respect des normes sociales humaines.

Pour aller plus loin

« La relation homme/animal : limites et possibilités d’application de ses effets positifs dans le traitement des maladies psychiques » – Véronique Servais

Smith, Sharon L., 1983 – Interactions between pet dog and familiy members : an ethological study. In New perspectives on our lives with companion animals, A.H. Katcher et A.M. Beck (Eds.) University of Pennsylvania Press: Philadelphie, 29-36

Toc-toc, y’a-t-il quelqu’un là-dedans?

08/03/2010

Votre chien a-t-il une conscience? A-t-il conscience de lui? De son corps? De son impact dans le monde? « Démontrer l’existence d’une conscience chez un individu est très difficile : le concept de la conscience est fondamentalement réflexif ; on ne peut en effet être sûr d’être conscient d’un moment ou d’une action que lorsque l’on est, à l’instant présent, « conscient d’être conscient », expliquent Fabienne Delfour & Pascal Carlier .
Il y a différents outils pour parvenir à savoir ‘s’il y a quelqu’un là-dedans’. Les chercheurs utilisent plusieurs tests différents et Alexandra Horowitz s’est particulièrement intéressée aux interactions de chiens dans le jeu. Elle indique que le « comportement des chiens semble très proche de la théorie de l’esprit… Les statistiques montrent que la plupart des chiens agissent de façon sensée mais les exceptions sont légion…. Leurs appels à l’attention et le recours aux signaux de jeu semblent indiquer qu’ils possèdent une théorie de l’esprit rudimentaire… Pour rudimentaire que soit l’aptitude, elle fait peut-être partie d’un système d’équité naissant chez ces quadrupèdes » (1).
Votre chien n’a peut-être pas conscience de vos pensées, par contre il sait éminemment « que votre comportement reflète vos pensées. Dans le cadre de la communication chien-homme c’est même ce qui vaut à l’animal sa quasi-humanité ».
C’est pourquoi lorsque l’on met en évidence des phénomènes aussi importants, il devient plus coûteux au plan scientifique de ne pas postuler l’existence de la conscience animale que de la postuler.

1/Horowitz, Alexandra. Dans la peau d’un chien. Flammarion, 2009, p. 195

L’affect nous invite à penser

22/10/2009

L’être humain a le devoir de comprendre le comportement des espèces animales. C’est un essentiel pour éviter que les animaux compagnons ne souffrent inutilement.
Pour la majorité des gens, un être moral c’est un humain. D’où le ‘on ne tuera pas son prochain’ et pourquoi? Parce que c’est normalement un être de moralité. Quand il est question des chiens, on parle au mieux de devoirs comme celui de s’abstenir de mauvais traitements. Et encore cette notion est élastique, car si ce traitement sert l’intérêt humain, il n’y a plus de mauvais traitement, qu’on pense aux habitudes alimentaires, aux objectifs de la science ou aux activités de loisirs. C’est donc d’une morale à deux vitesses qui dirige les actions humaines envers les chiens. « Et elle s’appuie sur la conviction qu’humains et animaux appartiennent à des ordres radicalement distincts. Pourtant, depuis Darwin on sait que cette conviction est dénuée de fondement »[1].
Depuis, l’éthologie a démontré que le chien adopte une conduite propre à son espèce quand il est avec les siens et une autre adaptée à la relation avec l’humain. Cette adaptation à tel ou tel mode de communication favorise, par conséquent, l’échange affectif avec l’homme[2].
Donc favorise la relation. Une relation faite d’observations, de perceptions et d’échanges entre l’Autre poilu et l’Autre nu. En ce sens, l’affect permet d’interpréter et de découvrir des postures, des signes, des actions. On peut donc parler d’empathie d’affects avec son animal. Ca veut dire que ça se comprend et s’interprète. Donc que la relation anthropocanine existe. C’est loin d’être une évidence pour la majorité d’entre nous, repliés furieusement en nous-mêmes, dans notre petit univers limité et clos, finalement autodestructeur.
En entrant en relation avec l’Autre poilu, « nous sortons de nous-mêmes pour rencontrer des intensités »[3] . Alors se tisse un lien entre l’éthologie et l’ontologie.

[1] Reus Estiva, ‘Le scandale de la généalogie darwinienne’, p 25, in L’animal dans nos sociétés, La documentation française, janvier 2004
[2] Talin Christian. Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, 2000, p 79
[3] Op cit.  p 88


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