Sandra Friedrich
    Blogueuse sans frontière ni censure, Sandra Friedrich multiplie les thèmes.

    Forte d’une scolarité de doctorat en anthropologie et journaliste pigiste, elle a choisi l’Internet pour partager ses idées. Sandra Friedrich se spécialise dans la relation entre l’homme et l’animal de compagnie, plus précisément le phénomène anthropo-canin. Comme elle le dit si bien : « pour moi l'important reste l'humain en contact avec une autre espèce et le fait que dans notre société, le chien est encore vu comme une mécanique, un outil. On ne peut plus penser l'animal comme ça. C'est contre-productif et contraire aux expériences scientifiques du monde éthologique ».

    Elle concrétise également sa passion du contenu à titre de journaliste humanitaire par le biais de ses articles, dossiers et collaborations sur la zoothérapie, les médias communautaires, l’Afghanistan, l’Afrique, l’eau, les soins palliatifs, le prématuré en croisement avec ses critiques littéraires, enquêtes et essais. [+]
Manifesto
    Est-ce qu’un blogue peut changer le cours des choses? Est-ce qu’écrire et découvrir peuvent nous aider à mieux vivre? Est-ce que partager une opinion et multiplier la différence peuvent nous aider à mieux être? Avec ce blogue à la ligne éditoriale forte assurée par Sandra Friedrich, elle nous fait la démonstration qu’on peut bloguer pour aider, éveiller, partager et pourquoi pas éduquer. L’opinion peut devenir quelque chose de collectif, la prise de position est donc de mise et permise sur ce blogue. [+]

Billets étiquettés ‘communication’

Voir réveille l’empathie

05/11/2010

Jeffrey MogilJeffrey Mogil, Titulaire de la chaire E. P. Taylor d’études sur la douleur au Département de psychologie de McGill, est certain que ‘ses’ souris se parlent entre elles de leurs souffrances.  Il en a fait une étude : ‘La modulation sociale de la douleur comme preuve d’empathie chez les souris’.
Le chercheur est parvenu à la conclusion que: quand les souris voient la souffrance de l’autre, cela intensifie leur propre réaction à la douleur. Ces résultats ajoutent une dimension psychologique à la gestion de la douleur, selon Mogil. « Le simple fait d’observer un animal qui éprouve un type de douleur nous rend plus sensible à d’autres types de douleurs; cette manipulation sociale de la douleur sensibilise l’ensemble du système de la douleur. » Bref voir souffrir autrui, qui plus est autrui avec qui on a coopéré, active les zones du cerveau liées à la douleur.
Ça c’est proche de l’empathie. Mais il ne s’agit manifestement pas de l’empathie imaginative qui nous fait vraiment comprendre ce qu’un autre ressent, Age de l'empathiemême quelqu’un que nous ne voyons pas. « Rappelons-nous que ce n’est pas l’imagination qui mobilise l’empathie. Imaginer la situation d’autrui peut se faire en toute indifférence. L’empathie exige d’abord et avant tout un engagement émotionnel. Voir les émotions d’autrui éveille nos propres émotions, et à partir de là nous construisons une compréhension plus avancée de sa situation. La communication au niveau corporel vient d’abord la compréhension suit, dit Frans de Waal, L’Âge de l’empathie, p 110 et 113.
Une des spécificités de la thérapie assistée par le chien est précisément de permettre un échange se situant en dehors de l’artifice verbal. Pour les gens avec des acuités sensorielles dysfonctionnelles, la communication non verbale peut revêtir plus d’importance que la communication verbale. « Les animaux vivent dans un monde plus sensoriel, alors que les hommes vivent dans le monde de l’artifice verbal et technique », dit Cyrulnik  dans La plus belle histoire des animaux. Préserver les habiletés sociales résiduelles en fournissant des occasions d’interaction (communication, verbalisations, intégration du client dans son milieu…) permet « à l’individu de reprendre le contact perdu avec le monde. Dans tous les cas, il s’agit de communication, de mise au monde, de connexion ou plutôt de travail de cohérence entre divers ordres de réel », Francine Saillant et Éric GagnonSoins, corps et altérité. Anthropologie et sociétés. 1999, 23 :2

Pour aller plus loin:
http://francais.mcgill.ca/campaign/historymakers/mogil/

Construire de nouvelles réalités

28/05/2010

À force de vouloir soigner et de « savoir soigner, c’est pouvoir guérir » (Didier Fassin, Entre politiques du vivant et politiques de la vie, pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24, 1 : 95-116) et s’ouvrir à des approches complémentaires, alternatives, autres, on ne peut passer à côté d’une des plus grandes découvertes récentes qui fut sans doute de

Constater que le cerveau chez les mammifères et d’autres espèces est en constante évolution. Si bien que nous devons reconnaître aujourd’hui que si les animaux changent, nous devons aussi changer notre la plus belle histoire des animauxperception d’eux ! À cet effet, on s’est rendu compte, entre autre chose, que plusieurs animaux pouvaient se représenter mentalement des images ou des concepts, c’est-à-dire faire appel à un symbole hors de la réalité du moment présent. En ce qui concerne le chien, celui-ci possède comme nous un lobe préfrontal connecté à la mémoire, qui lui permet d’éprouver ce qu’il se représente.
Cyrulnik, Digard, Picq. La plus belle histoire des animaux, Points-Seuil, p.344

Sandraetlechien.com n’a de cesse de soumettre à votre réflexion la relation thérapeutique à l’animal (au chien en particulier). Recherches, statistiques, comptes-rendus de colloque, lectures, ils sont nombreux les scientifiques à envisager la relation avec l’animal autrement que comme instrumentale. Il est un point essentiel:

est thérapeutique ce qui engendre des apprentissages (des changements) permettant à la personne de mieux surmonter les problèmes (quels qu’ils soient) que lui pose l’existence. Si la présence de l’animal, pour gratifiante qu’elle soit, n’entraîne aucun changement dans la manière dont la personne gère ses difficultés, on ne peut parler de thérapie (*)

Dans l’entretien thérapeutique, ou dans un lieu de vie thérapeutique, l’animal peut jouer un rôle à quantité de niveaux : il est celui qui apporte un potentiel de changement important dans une relation thérapeutique. Il ouvre de nouvelles perspectives sur la base de modalités de communication différentes.

Sources :
(*) Michalon, J., L. Langlade, and C. Gauthier, Points de vue sur la recherche autour des Interactions avec l’Animal à but Thérapeutique et/ou Educatif. Note de synthèse. A. Micoud and F. Charvolin, Editors. 2008, Modys (UMR 5264 – CNRS) / Fondation Adrienne & Pierre Sommer

Éducation réciproque

25/05/2010

Finalement de nos jours, il est question de réinvestir la relation. Peut-on parler de véritable lien quand il est question d’un lien avec un animal non humain ?
Cette question n’est pas pure rhétorique comme le précise Véronique Servais ‘ car les sociologues considèrent que, l’animal n’étant pas un vrai sujet, il ne peut y avoir dans la relation avec lui cette intersubjectivité indispensable à tout véritable lien social. Pour eux, donc, la relation à l’animal s’apparente à une relation avec un objet, et c’est sur cette base que l’on qualifiera d’anthropomorphique toute imputation de qualités mentales à un animal’.
Pour avoir un lien avec un animal il faut aussi le considérer comme une personne. Or, interaction, regard, contact, émotion, communication sont autant de comportements qui permettent de former avec un animal des interactions significatives. Suffisamment pour créer un lien avec l’animal et le prendre pour ‘un pareil’ tout en étant différent car ‘il n’est pas humain’.  Soit dit en passant, le statut de personne est éminemment social (les génocides nous indiquent que ce n’est pas parce qu’on est humain qu’on est une personne).
Ainsi, ce flou entre ‘mon chien se souvient, il a une personnalité et c’est comme mon enfant’- bref ‘il est comme moi’ et ‘il est différent car c’est un chien, je ne sais pas ce qu’il veut me dire’ est l’ingrédient essentiel et nécessaire à une bonne relation. Mais, une relation vivante repose avant tout sur une transformation complexe des acteurs et non sur l’échange mécanique de messages, d’objets ou de sentiments. La qualité détermine notre mode de relation à l’animal.
Pour, Christian Talin, ’La relation unique entre l’homme et son animal de compagnie se manifeste par un échange qualitatif d’affects. Elle fait évidemment appel à nos cinq sens, mais également à ce qu’on appelle communément la sensibilité et à notre intelligence’ (Anthropologie de l’animal de compagnie, Atelier de l’Archer, p. 28).
Le chien est un Autre, un Autre signifiant non humain avec qui la relation est possible si et seulement si l’humain est capable de découvrir son animal dans sa différence, sa spécificité et s’en émerveiller : ‘ce qui réactive des émotions d’enfance quelque fois oubliées chez les personnes de tout âge’ (p. 126 C. Talin). anthropologie de l'animal de compagnieCes interactions hors normes permettent à l’humain de faire l’expérience de modalités relationnelles nouvelles donc d’apprendre des choses sur lui-même.
Une relation anthropocanine (anthropo-animale) correspond à un apprentissage grâce auquel chacun des acteurs (humain et animal) se transforme d’une manière progressive et irréversible.
Cheminer aux côtés d’un animal, c’est promouvoir, recevoir, s’offrir une éducation réciproque.

La conscience de soi passe par la peau*

19/04/2010

Le toucher est un indicateur de relation. Comme tous les modes de communication, le toucher fait l’objet d’interdits et de recommandations socialement codifiés. Toucher un inconnu est très souvent considéré comme une violation (d’où le fait qu’un tel acte, même accidentel, est suivi d’excuses ou d’échanges réparateurs), en même temps qu’accepter de se laisser toucher c’est accepter la pénétration d’un autre dans sa sphère intime (Cf. Véronique Servais).
caresser un chienOr, ces tabous sociaux sautent lorsqu’il est question de caresser un animal. Le toucher est un sens privilégié dans l’interaction entre humains et chiens. Ils sont rares les patients qui ne demandent pas de voir et caresser un chien. Ils sont rares aussi ceux qui caressent sans mot dire. Comment interpréter l’effet de cette caresse?
Il y a plusieurs formes de toucher et le psychiatre Aaron Katcher a observé, dans les cliniques vétérinaires, une forme de toucher particulière : c’est un jeu distrait (Idle play) de la main dans la fourrure de l’animal (gratter, chatouiller, jouer dans les poils). Ce qui reste très proche du grooming (épouillage ou toilettage social) des primates à fourrure. Ce toilettage social est une conduite instinctive réciproque qui a notamment pour fonction de créer des liens et d’apaiser les tensions dans un groupe. Véronique Servais relate :

singe_epouillageQuand un animal en toilette un autre (à la recherche de parasites), il se détend, tout comme son partenaire. Quand les conflits sont fréquents dans un groupe de primates, par exemple en cas de changements dans la hiérarchie, la fréquence de toilettage social augmente également, car les animaux éprouvent le besoin de se rassurer et de s’apaiser en toilettant leurs amis, alliés, parents.

Certains auteurs ont avancé (1) que le contact avec la fourrure d’un animal de compagnie pouvait avoir ce même effet apaisant, rassurant et relaxant qu’avait le toilettage social chez les ancêtres primates. Ainsi, pouvoir toucher la fourrure d’un animal permet la satisfaction de ce besoin essentiel. En tant que focalisateur de l’observation sans nécessairement passer par l’usage de la parole, la caresse est communication anthropocanine. L’interaction avec l’animal est, dès lors, significative. Ce sont autant d’éléments sur lesquels une démarche thérapeutique peut s’appuyer.
Des expériences animales nous ne comprenons celles-ci que dans la mesure où elles correspondent aux nôtres. Pour l’être humain, les effets physiologiques du contact avec l’animal sont corrélés. Mais pour le chien?
Tout sur la psycho du chienLe corps du chien est plein de récepteurs tactiles dans l’épiderme, explique le Dr Joel Dehasse. Toutefois, la tolérance au toucher varie d’un chien à l’autre. Les zones les plus tolérantes au contact son la poitrine, le contact avec le dessus de la tête et la nuque sont acceptés par les familiers, pas par les inconnus…. Rares sont les chiens familiers qui ne cherchent pas le contact intime peau contre peau avec l’être humain ou au moins sa proximité en se couchant contre lui à quelques centimètres.
Animal et humain « font système », il y a contagion des émotions. Toutefois il est crucial de respecter l’espace personnel du chien avant que la main qui fourrage n’aille trop loin. Comme le précise le vétérinaire comportemenaliste dans son dernier ouvrage ‘Tout sur la psychologie du chien’:

Dans l’interface de la caresse et de la douleur, il faut savoir que les voies nerveuses du contact et de la douleur sont globalement les mêmes et que, dès lors, un contact prolongé et répété peut devenir désagréable et douloureux. p 291

*http://www.larecherche.fr/content/actualite-sapiens/article?id=27180

1/ Bernard, Philippe et Demaret, Albert. 1997. Pourquoi possède-t-on des animaux de compagnie ? Raisons d’aujourd’hui, raisons de toujours. In Bodson, Liliane (Ed.) L’animal de compagnie : ses rôles et leurs motivations au regard de l’histoire. Liège, Université de Liège, pp 119-130

2/  Tout sur la psychologie du chien, Joel Dehasse, Odile Jacob, 513 p

Le chien voit ce que je veux dire

10/10/2009

Le visage que possède chaque personne n’est pas une intuition que l’humain découvre en observant ses traits. « Lorsque deux hommes communiquent, ce sont leurs apprentissages inconscients, leurs automatismes culturels qu’ils expriment » , disait Henri Laborit. Le chien, lui, parvient à décrypter sur le visage de son maître ses moindres intentions. Serait-il plausible qu’il apprenne le sens de son maître, que le chien soit apte à saisir la présence qui parle en l’humain, la présence que le chien voit passant outre la constitution de la personne, en allant à l’essentiel.
Par-delà les préjugés et les présavoirs, le chien nous lit. Il entend et voit différemment d’un humain. Il va jusqu’à des niveaux que le moi n’imaginerait pas tout seul, il entend des mots, des instructions que le moi ne peut entendre et il suit ce qu’il a entendu…..  L’ouïe du canidé va au-delà de ce qu’entend l’oreille humaine.
Il entend intuitivement le travail en profondeur, la musique profonde, les mystères profonds de la psyché humaine.
Le chien représenterait-il la psyché instinctive, lui qui entend au-delà des mots ? Or, lire le monde et ses signes, c’est atteindre à la compréhension c’est-à-dire au ‘prendre avec’.


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